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« L’idée c’est juste d’avoir la tête dans les nuages mais les pieds sur terre. »

Théo Gosselin aime, voyage, vit et photographie. Chaque occasion est prétexte à la découverte et aux rencontres et quand il part en road-trip avec sa bande de potes ou son amoureuse Maud Chalard, il shoote. A 24 ans, il a déjà développé une esthétique, une vision et une solide expérience. Son livre « Avec le coeur » et le documentaire « Goodbye Horses » ont confirmé le talent de ce photographe aux 100 000 fans, aujourd’hui très convoité…

D’où viens-tu ?

Je viens du Havre en Normandie, j’ai grandi dans la cambrousse. Quand j’ai eu mon bac, je suis parti vivre à Amiens où j’ai fait une école de design.

Comment t’est venu ce goût pour l’art et plus particulièrement la photographie ?

Quand j’étais au collège puis au lycée, je dessinais beaucoup, je touchais à plein de trucs… Avec des copains, on s’amusait à faire des films un peu nuls, des trucs de skate ou des petits courts-métrages.

Parallèlement à ça, je faisais des photos avec l’appareil de mon père. Il râlait pas mal car je ne savais absolument pas faire de photo. Je bidouillais et je testais plein de trucs. Au début, tu es un peu esclave de la machine parce que tu ne sais pas comment ça marche, alors tu galères et tu passes des jours et des nuits à essayer de faire ce que tu veux. Au fur et à mesure, j’ai compris comment ça fonctionnait et j’ai vraiment pu prendre du plaisir avec l’appareil. A partir de là, j’ai fait des photos partout, partout, partout. J’ai passé mon BAFA pour travailler l’été et m’acheter mon propre matériel.

maud de mon coeur

Qu’est-ce que tu aimais prendre en photo ?

Ça a toujours été la même chose : le monde qui gravite autour de moi et les gens que j’aime énormément. À l’époque, c’était tous les mecs qui faisaient du skate ou du punk. En grandissant j’ai changé de milieu, mais ça a toujours été mes copains, mes amours et nos aventures. C’est tout bête : il suffit de rigoler, picoler, voyager, rencontrer des gens, puis de photographier tout ça. À la base, je faisais ces photos pour moi, mais à force de documenter ma vie, je me suis perfectionné en photo et j’ai décidé de les montrer. Comme ça a plu, j’ai continué à faire la même chose.

À la base, je faisais ces photos pour moi, mais à force de documenter ma vie, je me suis perfectionné en photo et j’ai décidé de les montrer.

Quelles études as-tu suivies ?

Après avoir eu mon bac en luttant un peu, j’ai passé plein de concours d’école d’art mais je n’ai jamais été pris nulle part parce que mon dossier scolaire était un peu pourri. Finalement, j’ai été pris à l’ESAD (École Supérieure d’Art et de Design) à Amiens, où ils sélectionnaient par concours de technique. Pendant cette période-là, j’ai fait beaucoup de photos et au final très peu de graphisme. J’ai rencontré là-bas la plupart des copains que j’ai maintenant et avec qui je voyage. C’est là-bas que toute l’équipe s’est montée et qu’on a commencé à faire n’importe quoi.

Tu as commencé à gagner ta vie avec la photo alors que tu étais encore à l’école, comment as-tu réussi à te faire connaître ?

Facebook a explosé en 2006 et je m’en suis servi pour montrer mes photos. A l’époque, ça se faisait moins couramment qu’aujourd’hui. Pas mal de gens ont commencé à me suivre et ça m’a laissé une petite longueur d’avance. J’ai alors été contacté par des marques qui aimaient mes photos et surtout le fait que je sois toujours avec ma bande de potes. Souvent on me contacte pour mes images mais aussi pour mes copains ! Ils portent les fringues et moi je les photographie. J’ai eu de grosses commandes : des campagnes pour les magasins Jules, Adidas, les Galeries Lafayette, ou Citadium cette année.

Tu as aussi développé un travail personnel en réalisant notamment un film lors d’un voyage aux Etats-Unis, n’est-ce pas ?

Oui, j’étais allé plusieurs fois aux Etats-Unis seul puis avec des copains. Et au bout d’un moment, je me suis dit que ce serait bien d’y retourner en ayant un projet pour y faire quelque chose de constructif. J’ai essayé de rameuter 3 copains que je trouvais intéressants humainement et créativement parlant. En 2012, on est partis plusieurs mois. On était 4 français et on a rejoint un mec à New-York que l’on connaissait à peine mais qui semblait très cool.

On s’est tous cotisés pour acheter un van tout pourri à 1500 dollars. On est partis du New Jersey, direction Los Angeles ! Traversée des Etats-Unis. On en a fait un documentaire qui s’appelle « Goodbye Horses ». C’était vraiment notre premier gros projet collectif un peu construit, même si au départ ça n’était pas très précis !

On s’est tous cotisés pour acheter un van tout pourri à 1500 dollars. On est partis du New Jersey, direction Los Angeles !

Qu’est-ce que vous vouliez raconter ?

L’idée était de montrer comment 5 personnes qui ne se connaissent pas très bien peuvent cohabiter pendant plusieurs semaines dans un van ou un espace réduit, et finir par devenir des frangins. Et ce qui est marrant dans le documentaire, c’est de voir l’évolution. Quand on arrive à New-York, on est un peu les français qui pensent avoir tout compris et on crâne comme des zozos. Au fur et à mesure du voyage, on est devenus de plus en plus discrets et beaucoup plus respectueux et matures.

GOODBYE HORSES / OFFICIAL TRAILER from GoodbyeHorses.movie on Vimeo.

Comment vous avez financé tout ça ?

Moi je gagnais déjà un peu d’argent avec des photos et les autres bossaient à droite à gauche. On avait tous mis un peu de sous de côté et nos parents nous ont aussi aidés. De toute façon, on n’avait pas besoin d’avoir des millions. On a pris nos billets d’avion à l’avance, on ne dormait pas à l’hôtel, on ne faisait pas vraiment de trucs qui coûtent cher. Il fallait juste payer l’essence, la nourriture et quelques bières.

Je pense qu’il faut se faire plaisir au maximum parce qu’on n’a pas de temps à perdre. On est jeunes, c’est maintenant, après on pourra se poser ou faire autre chose.

C’est ça la liberté ?

Oui… C’est une sorte de choix de vie aussi. Je n’aime pas trop qu’on me dise ce que je dois faire même si je ne suis pas un méchant du tout !

J’aime bien avoir mon rythme et le fait de pouvoir me dire, « C’est ta vie, fais en ce que tu veux, fais ce qui te plaît ». Je pense qu’il faut se faire plaisir au maximum parce qu’on n’a pas de temps à perdre. On est jeunes, c’est maintenant, après on pourra se poser ou faire autre chose. L’idée c’est juste d’avoir la tête dans les nuages mais les pieds sur terre… Être heureux tout le temps, rencontrer plein de gens et voyager, ça fait grandir, ça fait changer et devenir plus responsables.

Tu as aussi publié un livre « Avec le cœur », qui a même été réédité après avoir été en rupture de stock…

Oui, ce livre réunit des photos du voyage aux Etats-Unis en grande partie et d’autres photos prises quelques années auparavant. Le bouquin est sorti il y a un peu plus d’un an et ça a très bien marché. Je suis même parti à Tokyo pour faire des signatures ! J’en ressors un nouveau en janvier qui va être un peu plus grand, un peu plus gros et peut-être avec des photos un peu plus fortes et plus matures.

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Aujourd’hui comment travailles-tu ?

J’essaye de beaucoup voyager avec des gens différents mais je garde toujours à peu près la même équipe. Quand je suis amené à me déplacer pour un boulot ou une expo, je propose à deux copains et on y va en voiture. Chaque déplacement est l’occasion d’un voyage pour créer des photos parce que sur la route on rencontre toujours des gens et il se passe toujours quelque chose. Je fais aussi beaucoup de photos en France, chez moi ou chez les gens que j’aime. Je continue à documenter tout ça.

Parallèlement à cette activité, je travaille aussi un peu dans la mode, je fais des éditos et de la pub. Mais même quand je fais ça, c’est toujours hyper cool car les gens qui m’appellent savent comment je fonctionne et ne vont pas me demander de faire des trucs hyper carrés ou de travailler en costard ! En général, les équipes sont géniales et c’est toujours des moments excellents.

Ça rythme ma vie et j’ai fait le choix de le montrer parce que je prône des valeurs qui sont l’amour et l’amitié.

Sur les réseaux sociaux, tu dévoiles beaucoup de choses qui peuvent paraître très intimes. Pourquoi donner autant de chose, par exemple, sur ton histoire d’amour avec la photographe Maud Chalard ?

Ça rythme ma vie et j’ai fait le choix de le montrer parce que je prône des valeurs qui sont l’amour et l’amitié. Ce sont des choses hyper importantes qu’on peut avoir tendance à oublier. Si tu es cool avec une nana et que la nana est cool avec toi, et qu’en plus tu fais des trucs motivants, c’est trop bien !

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Tu as seulement 24 ans, tes parents t’ont toujours laissé libre de faire tout ça ?

Oui, mes amis et moi avons tous un peu les mêmes parents : ils sont assez cools, ils nous soutiennent et ils croient en nous. La seule condition est qu’on le fasse à fond et qu’on le fasse vraiment. Mes parents m’ont dit : « Tu peux devenir photographe, tu peux devenir dessinateur, mais il faut que tu le fasses à fond. On te soutiendra et on sera toujours là derrière toi si tu le fais vraiment, en y croyant sincèrement, en ayant des valeurs respectables tout en étant sympa avec les gens. » Ils sont hyper ouverts, c’est une grande chance.

http://theo-gosselin.blogspot.fr & http://theo-gosselin.tumblr.com

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