F66A9145

 » Je n’en pouvais plus des émissions qui n’en finissaient pas, des pubs non-stop et des morceaux qui passent 15 fois par jour. »

Il y a 2 ans, Stéphanie a eu l’idée folle de créer la radio de ses rêves : Faubourg Simone. Une webradio sans pub, ni playlist, qu’elle pilote d’une voix de maître. Aujourd’hui, on parle de Simone à New York, à la boulangerie du coin ou dans la salle d’attente du médecin. Stéphanie, elle, écoute…  

D’ou viens-tu ?

J’ai grandi à Paris où j’ai étudié le piano au conservatoire pendant des années. Je suivais aussi des études de communication en parallèle. A 20 ans, j’ai arrêté la musique et je suis rentrée en agence de pub où je suis restée 12 ans.

Quel était ton rêve d’enfant ?

Toute petite, je rêvais de faire de la radio. Dès 8 ans, je m’enregistrais sur des cassettes, j’étais très attirée par la voix. Ca m’a suivi toute l’adolescence… J’écoutais la radio avec un casque dans mon lit jusqu’à 4h du matin.

Tu écoutais quoi ?

Quand j’étais ado, j’écoutais Radio Nova, et plus jeune, j’écoutais Fun radio et Skyrock. J’adorais les émissions de Super Nana, elle avait une voix incroyable.

Quel était ton activité avant de créer Faubourg Simone ?

Je travaillais en agence de pub. En parallèle, je mixais dans quelques endroits à Paris puis je suis devenue résidente. Je testais une programmation un peu différente. Au lieu d’un tunnel électro, je passais un vieux Dutronc et j’enchainais sur Bowie ou Peaches.

[awesome-gallery id=765]

 

Comment t’es venue cette idée de web radio ?

En 2011, j’ai eu un espèce de ras le bol. J’avais 34 ans et toujours le même rêve de la radio. Je n’en pouvais plus des émissions qui n’en finissaient pas, des pubs non-stop et des morceaux qui passent 15 fois par jour.

Professionnellement je ne m’épanouissais plus dans mon travail. Donc un soir en rentrant chez moi, je me suis dit que ce que je faisais ne m’intéressait pas. La couleur du packaging, qu’elle soit bleue ou magenta, ça ne m’intéressait pas. Moi, je voulais partager du son. Donc j’ai tout plaqué et j’ai déposé ma démission avec l’idée de faire une nouvelle radio.

J’avais la chance de ne pas être seule dans ma vie, donc je me suis donné 2 ans pour réaliser mon projet : faire des émissions, des jingles, de la programmation… Même si je n’y connaissais absolument rien et que je ne connaissais personne dans ce milieu.

Comment a réagi ton entourage ?

Ce projet de radio, j’en parlais énormément, même inconsciemment. Pour mon entourage c’était une évidence, ils m’ont dit «arrête d’en parler et fais-le ».

Pourquoi avoir choisi le web ?

Je me suis dis qu’aujourd’hui avec le numérique il y avait une autre façon de faire de la radio. Je ne voulais pas de FM, je voulais quelque chose de nomade : téléphone, tablette et internet. Et puis, une web radio, tu peux la gérer de chez toi !

Quelle était l’idée de départ ?

L’idée était de proposer une radio locale au centre de Paris donc il fallait pouvoir toucher un maximum de gens. La condition sine qua non était qu’il n’y ait pas de pub à l’antenne, ni sur le site internet.

Faubourg Simone est vraiment la radio que j’avais envie d’entendre. Une radio éclectique où l’on peut entendre une vieille bande originale de Michel Legrand enchainée avec de l’électro, de l’alternatif, de la vieille soul ou parfois un peu de jazz. Le plus important étant de garder « le ton Simone », à l’antenne et lorsque l’on communique.

F66A9256

D’ailleurs, qui est cette Simone ?

Simone c’est ta grand mère, ta gardienne, Simone de Beauvoir…. Je voulais une radio avec un prénom, parce que la radio est un média affectif et je voulais que les gens s’approprient Faubourg Simone. Cette radio a tellement une gueule bizarre que soit on l’aime soit on ne l’aime pas. C’est comme un personnage, avec une personnalité, un ton, une voix qui plait ou qui déplait.

Par quoi as-tu commencé ?

Le gros travail était de créer quelque chose de différent avec une vraie identité. Il fallait trouver les bons sons et le ton de Faubourg Simone. C’est ce qui m’a pris le plus de temps, j’ai travaillé là-dessus pendant un an et demi.

Sinon pour la partie plus « concrète », j’ai fait les choses dans l’ordre. Je viens de la pub, donc j’ai commencé par une étude de marché. Ensuite, je suis passée à la partie technique ! C’était vraiment de la bidouille parce que je n’avais pas de fonds.

J’ai commencé par apprendre le B.A.BA et comprendre ce qu’était le streaming. J’ai cherché la définition du broadcast sur Wikipédia (rires) ! Ensuite, j’ai acheté et testé des logiciels de programmation.

J’ai aussi appelé Philippe, un super mec qui fait partie de Radio Meuh. On a longtemps discuté et il m’a beaucoup conseillé.

En parallèle il fallait créer le site internet et le logo, sans trop de moyens. Heureusement, des potes m’ont aidé pour cette partie-là.

A quel moment as-tu su que tu étais prête ?

Avant le lancement, j’ai fait tester la radio pendant un mois à des personnes susceptibles d’écouter Faubourg Simone. Ils m’ont donné leurs retours sur la programmation et sur la technique. Du coup des gens ont adhéré au projet de façon bénévole et m’ont soutenue.

F66A9290

Comment s’est passé le lancement ?

Le 4 février 2012, Faubourg Simone a été lancée dans un salon de coiffure rue de Poitou. Au moment de la première connexion, il y avait 4 auditeurs, c’était mes amis ! (rires)

Comment avez-vous fait connaître la radio ?

On n’avait pas d’argent pour faire des plans de com’ et des dossiers de presse donc on a imprimé des flyers que l’on a déposé dans les boîtes aux lettres. Au bout de 3 mois on a eu des articles dans la presse. On a vraiment décollé au bout de 5 mois, quand le magazine ELLE a fait un article génial sur nous. A partir de là, ça a été incroyable.

Et tu as fait tout ça toute seule ?

Oui au début j’étais bien toute seule derrière mon ordinateur ! Au bout de 2 mois j’ai reçu un message d’un mec qui m’a dit «J’adore votre radio, je sais que vous n’avez pas trop de moyens, je vous donne une application». Je l’ai rappelé pour le remercier et aujourd’hui il fait partie de l’équipe ! Puis une agence de production nous a contacté en nous disant qu’ils écoutaient Faubourg Simone et qu’ils adoraient la radio. Ils voulaient nous donner un coup de pouce pour le lancement et ils ont réalisé un court-métrage sur Simone.

Finalement, j’ai été rejointe par d’autres personnes au fil des rencontres, et par des auditeurs qui ont voulu participer au projet. Maintenant on est 5 et il faut bien ça pour gérer Faubourg Simone !

Tu as eu des moments de doute ?

Plein ! Même après le lancement de la radio, à certains moments je me suis dit «on arrête tout, j’en ai marre, mais pourquoi elle pète encore ?». Mais je suis tellement convaincue par ce que l’on propose ! C’est une radio qui n’existait pas, on ne vole la place de personne. Il y a d’autres webradios autour de nous mais il me semble qu’on est la seule à proposer cette singularité, j’en suis convaincue.

F66A9259

Comment est financée la radio ?

Faubourg Simone est une association. Aujourd’hui on se bat pour continuer à se développer car on a des frais, que ce soit la SACEM et autres.

On finance la radio grâce à l’événementiel. On est sollicités par des entreprises qui aiment le ton de Faubourg Simone. On anime des soirées ou des défilés de mode.

On fait aussi de l’habillage sonore au Café Pinson par exemple. C’est un bon moyen de faire vivre la radio sans toucher à son essence.

On a aussi une subvention de la mairie de Paris qui a cru en notre projet.

L’objectif étant que d’ici un an j’arrive à salarier une partie de l’équipe et que l’on puisse continuer à travailler de manière sereine.

Comment a évolué le nombre d’auditeurs depuis le lancement ?

Sur Paris intramuros, on est à 20 000 auditeurs uniques en sachant que Paris représente 40% de notre audimat. On est écouté aussi un peu partout dans le monde ! Tout est numérique donc on sait exactement qui s’est connecté, d’où, combien de temps…On se rend compte qu’il y a un vrai amour de la culture française et comme on a cette touche parisienne ça plait.

Quelles sont les nouvelles pistes ?

Le nouveau site est en ligne et on va lancer une boutique. On a envie aussi de s’engager sur des choses qui nous semblent importantes. Simone veut être éco-responsable, améliorer la vie dans le quartier, on veut être un véritable acteur de Paris. Simone, ce n’est pas que du son et des émissions barrées. J’aimerais surtout que Faubourg Simone soit pérenne, que nos partenaires continuent à nous suivre, que l’on développe l’audimat et que l’on ait de nouveaux locaux. Ça prendra le temps que ça prendra, le but est que l’on continue à faire vivre cette sacrée radio.

F66A9148

Aujourd’hui, quel est ton quotidien ?

Dès le réveil, je mets en ligne «le pola du jour» sur le site. Puis j’écris l’humeur du jour et prépare la programmation jusqu’à midi. J’ai 3-4 jours d’avance en général. L’après midi je cherche les nouveautés, je prépare les émissions et je fais des interviews, je rencontre aussi des partenaires ou des gens du quartier, je fais les expos pour les relayer sur Simone.

Qu’est ce qui te motive et te fait avancer ?

C’est les rencontres. Et là, j’ai vraiment envie de parler des auditeurs. Tous les jours, on reçoit des messages super motivants et très encourageants.

Au début, en faisant de la radio, je pensais que les auditeurs, c’était un chiffre. Mais je me suis rendue compte qu’il s’agit vraiment de gens qui interagissent et qui sont en train de communiquer à tout va, qui nous interpellent dans la rue aussi. Par exemple, l’année dernière, la radio a complément planté, les serveurs étaient vides. A ce moment là, on avait une cagnotte en cours sur KissKissBankBank pour améliorer notre site internet. Il y a eu un énorme élan de solidarité, les auditeurs ont fait exploser la tirelire, on a récolté 6 500 euros. Aussi, un jour quelqu’un a sonné à la porte. C’était une personne qui venait juste nous remercier avec une boîte de bonbons faite à la main ! (rires)

Tu te sens épanouie aujourd’hui ?

Je n’ai jamais si peu gagné ma vie, mais je n’ai jamais été aussi heureuse. Faire de la radio tous les jours, trouver des nouveautés, échanger avec les auditeurs, c’est un vrai bonheur. Je me dis que ça vaut le coup de continuer. J’aurais pu rester dans mon travail et bien gagner ma vie mais non, c’est ça que je veux.

 

Ecoutez Faubourg Simone : http://faubourgsimone.com