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« Je n’ai pas de plan de carrière, j’avance en suivant mes envies »

Séverine était directrice artistique et illustratrice pour des agences ou marques comme Sonia Rykiel avant de se lancer en solo dans le développement d’Oelwein, sa marque d’objets déco. C’est en installant un atelier de sérigraphie dans la cave familiale qu’elle a imprimé ses premières créations pour aujourd’hui être distribuée en France et à l’international. 

Quel a été ton parcours avant de monter Oelwein ?

J’ai fait un bac option art plastique, puis je me suis retrouvée en fac de droit. Ça a été l’enfer, ça ne m’intéressait pas, j’y suis restée 3 semaines… Je n’avais qu’une envie, c’était de dessiner.

Je viens d’un endroit où faire une école d’art, c’est un truc qu’on ne connait pas.

Mais pourquoi avoir choisi de faire du droit ?

Je viens d’un endroit où faire une école d’art, c’est un truc qu’on ne connait pas. Chez moi, tout le monde fait un métier « sérieux ». Le droit, c’était un choix par défaut. Ça a été difficile mais j’ai réussi à convaincre mes parents (je suis hyper têtue) et j’ai pu intégrer l’atelier de Sèvres puis les Arts Décoratifs.

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Tu avais déjà une idée de ce que tu voulais faire ?

Très sincèrement, je ne sais même pas si aujourd’hui j’ai une idée très précise de ce que je vais faire dans deux ans ! J’ai commencé à travailler rapidement en sortant de l’école comme directrice artistique pour une agence évènementielle. Je l’ai quittée pour travailler chez Sonia Rykiel, je m’occupais alors de la communication de la marque. J’ai ensuite travaillé en freelance puis en agence de pub mais je ne m’y plaisais pas. Moi j’avais envie de créer et c’était pas vraiment le meilleur endroit pour ça. Donc je me suis dis que j’allais me remettre un peu à la sérigraphie (j’en avais fait à l’école) en montant un atelier dans la cave de mes parents.

Ayant des origines allemandes et étant une grande fan de tote bags, j’ai commencé par ça.

C’est si simple que ça de monter un atelier de sérigraphie ?

On a l’impression qu’il faut beaucoup de choses mais tu peux en monter un avec 4 bouts de bois, une table de cuisine et peu de matos pour 250 euros si tu es un peu débrouillard, ça reste hyper artisanal. J’ai dit à mon père : « Tu vas pousser un peu tes affaires, je monte un atelier de sérigraphie dans ta cave ». Mes parents n’y connaissaient rien et ont un peu halluciné de cette nouvelle fantaisie mais ils m’ont soutenue. Ayant des origines allemandes et étant une grande fan de tote bags (là-bas on t’en donne quand tu fais des courses depuis des années), j’ai commencé par ça. J’ai créé des motifs et j’en ai imprimé quelques-uns.

Oelwein Tote Bag - Encore Magazine
Tu les as vendus ?

Oui, j’ai ouvert un shop sur Etsy et ils sont tous partis ! Je suis perfectionniste, je pensais que je pouvais faire mieux, j’avais 4 modèles qui se battaient en duel mais des potes m’ont convaincu que c’était bien. Et puis à un moment, il faut se lancer. Ça faisait 2 ans que j’avais ça en tête, que le nom de la marque était déposé, cette fois je me sentais prête. C’est comme ça qu’Oelwein a réellement démarré.

Pour monter une boîte, il faut être prêt à faire le deuil de plusieurs choses

Qu’est-ce qui t’empêchait de développer ce projet auparavant ?

Pour monter une boîte, il faut être prêt à faire le deuil de plusieurs choses – de ton confort matériel, de ton boulot en agence – et être prêt à bosser comme un chien. Je ne devais pas être encore prête à tout ça avant !

Oelwein - Encore Magazine

Comment tu t’es lancée ?

Pendant la semaine, je passais mes journées à l’agence et mes soirées à travailler sur mes créations. Le week-end, je partais chez mes parents pour imprimer mes sérigraphies et développer l’identité de la marque. Je faisais mes trucs un peu en douce.

Puis rapidement j’ai eu le soutien de l’équipe d’Etsy France et  fait la connaissance de l’organisatrice de « Viens dans mon dressing », qui m’a offert un stand sur son salon. Comme je n’avais que 4 tote bags, j’ai dû sortir de nouveaux produits car c’était impossible de débarquer comme ça. J’ai donc fait des sacs en plus, des torchons, des tasses et des cartes et ça a bien marché. Suite à ça, j’ai rencontré l’équipe de JolieBox qui m’a proposé de designer une boîte en me laissant carte blanche ! C’est à ce moment-là que j’ai décidé de quitter mon job.

La box a été largement distribuée, c’était un super tremplin pour lancer ma boîte

Comment s’est passée cette collaboration ?

Super bien. J’avais travaillé sur une créa hyper graphique, fluo, noir et blanc, pour que ce soit tout de suite identifiable et avoir un écho auprès de la presse et ça a bien marché. La box a été largement distribuée, c’était un super tremplin pour lancer ma boîte et j’étais sûre que ça marcherait en travaillant dur.

Oelwein - Encore Magazine

Comment se sont passés les premiers mois ?

J’ai appris beaucoup de choses, toutes les étapes sont hyper intéressantes. Je suis allée voir Pôle Emploi pour monter un business plan car c’est à des années lumières de ma formation aux Arts Déco. J’ai également rencontré Paris Initiative Entreprise qui m’a suivie pendant plusieurs mois et grâce à qui j’ai pu obtenir un financement de départ.

Aujourd’hui comment tu t’organises ?

J’ai deux e-shops et un réseau de distributeurs. Depuis un mois, je travaille avec un ESAT (un centre de réinsertion pour travailleurs handicapés) pour ce qui est de la logistique, ça me permet de me dégager du temps au lieu d’aller à la Poste.

J’essaie de trouver un équilibre mais je ne compte pas mes heures…

Comment trouves-tu ton équilibre entre la gestion et la création ?

Au début, je gérais l’administratif le jour et je dessinais la nuit, mais à un moment, tu finis par craquer. Aujourd’hui, j’ai une assistante qui m’aide pour le côté administratif, ce qui me permet d’avoir plus de temps pour la création. C’est vraiment ce que j’aime faire et il n’est pas question de déléguer cet aspect. Et je continue à bosser en freelance, comme DA et illustratrice. J’essaie de trouver un équilibre mais je ne compte pas mes heures…

Oelwein © Encore magazine

Quelles sont tes influences ? Qu’est-ce qui t’inspire ?

J’adore la photographie et je vois beaucoup d’expositions. Je voyage aussi régulièrement, j’aime aller dans des endroits un peu hostiles et pas trop surpeuplés comme en Irlande par exemple. J’ai besoin de quitter Paris régulièrement et d’avoir juste du vide et de l’air autour de moi. La nature et la matière sont de vraies sources d’inspiration notamment pour tout ce qui est organique, c’est très présent dans mon travail.

J’aime assumer mes responsabilités aussi bien mes réussites que mes plantages

Comment vis-tu cette indépendance ?

Cette indépendance coûte cher ! Je travaille plus que quand j’étais salariée tout en gagnant moins. Mais j’aime assumer mes responsabilités aussi bien mes réussites que mes plantages. Le fait de travailler seule a ses avantages et ses inconvénients. A un moment je bossais chez moi, j’ai fini par me demander si je ne devais pas prendre un chat pour lui demander son avis sur la nouvelle collection, histoire de communiquer avec quelqu’un. .. C’est bien de pouvoir échanger. Ça se passe beaucoup mieux depuis que je partage un bureau avec d’autres indépendants !

Oelwein - Encore Magazine
Il y a des personnes sur qui tu t’appuies ?

Depuis le début ma mère a été une super alliée. C’est ma petite main magique, elle s’est même mise à la sérigraphie ! Aujourd’hui j’ai externalisé ma production mais elle me dit encore « si tu as besoin d’un coup de main, j’arrive ». Après, en vrai, les gens ne comprennent pas vraiment ce que tu fais, ce que tu vis, si ils ne sont pas eux-même entrepreneurs.

Oelwein est un work in progress permanent

Aujourd’hui quels sont tes projets ? Comment aimerais-tu que ta marque évolue ?

En ce moment je travaille les designs de la nouvelle collection. Et j’aimerai développer une équipe autour de moi, de la marque, c’est ce qui me manque de mon boulot en agence. Oelwein est un work in progress permanent.

Comment te vois-tu dans 10 ans ?

Je n’en sais rien. Je n’ai pas de plan de carrière, j’avance en suivant mes envies. Quand un truc devient lourdingue pour moi, je l’abandonne sans aucun scrupule.

www.oelwein.fr

Interview & Photos : Marie Ouvrard

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