Il y a quelques mois, Berlin était qualifiée par plusieurs médias de « future capitale des start-up ». La ville des artistes et de l’underground allait-elle vraiment devenir la nouvelle Silicon Valley de l’Europe ? Intriguée par cette nouvelle énergie, je suis partie quelques jours dans la capitale du cool à la rencontre de jeunes entrepreneurs. Je suis presque rassurée, Berlin n’a rien perdu de son goût pour la fête et la vie y est toujours aussi douce. Capitale des start-up ou pas, il semble que cette ville soit un bon choix pour oser, essayer et faire.

Ricarda Messner

J’ai rendez-vous dans le café K-ollectiv avec Ricarda. Ce matin, le quartier de Neukölln sent le tabac froid et le lendemain de fête. Mais Ricarda est fraîche et… grande. À 28 ans, elle est l’éditrice des magazines Flaneur et SOFA et collaboratrice quotidienne au ZEIT. Berlinoise, elle a grandi ici où elle a entamé des études de communication avant de partir pour New-York. « À ce moment là tout le monde venait vivre à Berlin comme si c’était là où il fallait être et je me demandais bien ce qu’ils pouvaient trouver à cette ville ! » Après quelques mois aux États-Unis, Ricarda rentre en Allemagne un peu mal en point suite à des soucis de santé et se décide alors à devenir son propre patron, « trop instable pour accepter un job en full time. » Elle quitte son master et investit l’argent de sa scolarité dans le lancement de Flaneur. « C’était comme un master mais en mieux. Certainement l’un des meilleurs investissements que j’ai pu faire tant j’ai appris de choses. » À 23 ans, elle rencontre plusieurs amis d’amis et lance le premier numéro de cette revue-city guide un peu barrée. « Flaneur est comme un tour culturel, une méthode pour explorer une ville à travers une communauté, un microcosme. »

Quand je suis partie à New-York, tout le monde venait vivre à Berlin comme si c’était là où il fallait être et je me demandais bien ce qu’ils pouvaient trouver à cette ville !

Flaneur Magazine

En trois ans, Ricarda a appris à financer un média et a migré de son salon vers un bureau partagé. Inspirée aussi bien par la trash culture que par la littérature classique ou les films d’auteurs, elle décide l’année dernière de lancer SOFA, nouveau titre hybride ayant pour vocation de casser les frontières et accessoirement de t’en mettre plein la gueule à coups de typo’ dégoulinantes et de couvertures fluos. « Ces dernières années, de très beaux magazines ont compressé la diversité en une uniformité, mais en réalité la vie est trash et bordélique… C’est ce qu’on veut montrer. » Attirée par le digital, Ricarda est en charge de la newsletter culturelle du ZEIT et avoue prendre un certain plaisir à avoir aussi « un vrai travail ». En pleine restructuration, plein de nouveaux projets se mettent en place chez Publishing Dreams. « Je n’ai pas vraiment de business plan, ni de plan d’ailleurs, je veux rester open à tout projet. Dans une maison d’édition, les possibilités sont infinies… J’adore le fait de commencer quelque chose, de démarrer avec une page blanche et d’exprimer ma vision du monde. Quand les magazines sortent, je suis presque triste ! »

Ces dernières années, de très beaux magazines ont compressé la diversité en une uniformité, mais en réalité la vie est trash et bordélique… C’est ce qu’on veut montrer !

SOFA Magazine
Ricarda Messner

www.editionmessner.com

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Interview & Photos : Marie Ouvrard