© Corentin Fohlen/ Divergence. Paris, France. 24 juin 2016. Portrait des createurs de la marque equitable, Veja: Francois-Ghislain Morillion, et Sebastien Kopp. Veja est une marque francaise de baskets, de sacs et d'accessoires ecologiques et issus du commerce equitable.

Il y a 15 ans, Sébastien Kopp et François-Ghislain Morillion ont fait le choix de quitter leurs jobs dans la finance pour un tour du monde. Pendant un an, ils ont étudié le commerce équitable et découvert une autre façon de produire, plus juste pour l’homme et l’environnement. Quelques mois plus tard, ils lançaient la première collection de baskets Veja fabriquée dans la pampa brésilienne. En fêtant cette année le dixième anniversaire de la marque ils prouvent aujourd’hui que produire équitable et vendre sans publicité, c’est possible.

Sébastien, où as-tu grandi ?

Je suis né à Marseille puis j’ai grandi entre Paris, Bruxelles, et San Francisco. Mes parents travaillaient chez IBM et étaient régulièrement mutés aux quatre coins du monde, ça m’a permis de voyager très jeune.

Comment as-tu rencontré François-Ghislain ?

On s’est rencontrés au collège, à 14 ans. On est devenus meilleurs potes et on ne s’est plus quittés. Après le bac, on a tous les deux fait le choix d’étudier l’économie, François-Ghislain à HEC et moi à la fac (à New York puis Paris-Dauphine) en management et économie. Nos études étaient plutôt portées vers l’international dans le but de travailler dans la finance ou le marketing. Après nos diplômes, on a intégré des banques d’affaires : j’étais chez Morgan Stanley à Washington et François-Ghislain travaillait à la Société Générale à New York. C’est à ce moment-là qu’on s’est rendu compte qu’on n’avait pas envie de ces vies-là.

Qu’est-ce qui vous gênait dans le fait de mener « ces vies-là » ?

On n’avait pas envie de devenir notre boss. On n’avait pas envie de devenir ceux que l’on voyait au-dessus de nous. C’était le début des années 2000, de la folie de la finance un peu « sans tête ». On pouvait gagner beaucoup d’argent mais sans y trouver aucun sens. L’argent était le début, le moyen et la fin et on ne se voyait pas évoluer là-dedans, ça n’avait aucune consistance. On a donc décidé de monter un projet autour d’une thématique qui nous intéressait déjà depuis plusieurs années : le développement durable

L’argent était le début, le moyen et la fin et on ne se voyait pas évoluer là-dedans, ça n’avait aucune consistance.

Quel était ce projet ?

C’était un projet associatif à travers lequel on proposait aux grandes entreprises de partir pendant un an analyser leurs initiatives liées au développement durable sur le terrain en évaluant le rapport entre les entreprises, les populations locales et les ONG. On n’avait pas besoin de beaucoup d’argent – 10 000 euros – il fallait juste que l’on soit défrayés. On a réussi à les convaincre et on est partis avec nos sacs à dos pour des groupes comme PPR, EDF, Carrefour, Accor… On a voyagé en Chine, en Inde, au Viêtnam, en Afrique du Sud […] et on a étudié des projets économiques, environnementaux, sociaux, des projets d’orphelinats, de panneaux solaires… C’était très vaste et donc super intéressant, ça nous a permis d’acquérir une vraie connaissance terrain.

Vous aviez déjà une vision à long terme de ce que vous vouliez faire ? Un projet déjà concret ?

Pas du tout, on voulait juste s’intéresser à ça. Et en fait, pour reprendre Nietzsche, on est devenus ce qu’on était. On a vu qu’il était possible de penser que l’écologie et le social passeraient par les entreprises. Aujourd’hui tout le monde le sait mais à l’époque c’était le début de cette réflexion.

On a vu qu’il était possible de penser que l’écologie et le social passeraient par les entreprises.

Comment en êtes-vous arrivés à l’idée de Veja ?

En rentrant de notre voyage, on a travaillé avec Tristan Lecomte qui développait AlterEco, une entreprise française de commerce équitable, c’est-à-dire un commerce un peu plus équilibré entre les fournisseurs et la marque. Il produisait et vendait différents produits comme le riz, le thé, le jus d’orange ou le chocolat dans des conditions complètement différentes des autres. On a réalisé des audits sociaux pour lui et c’est un peu ce qui nous a donné l’idée de Veja. On trouvait tellement cool de rapprocher des producteurs défavorisés des pays du Sud et des consommateurs des pays du Nord qu’on a voulu faire ça nous aussi.

Vous avez lancé la marque Veja en 2004. Pourquoi avoir choisi de commercialiser des baskets plutôt que n’importe quel autre produit ?

Ce qui nous intéresse dans les baskets c’est que c’est un produit du quotidien portable par tout le monde, c’est un produit de notre génération. Et d’un point de vue économique, c’est l’un des produits qui cristallise le plus de dépenses marketing. Les grands groupes écrasent les dépenses de fabrication pour faire un maximum de publicité. Donc on s’est dit que si on décidait de lancer une marque sans publicité, on pourrait fabriquer une basket pour un coût six à sept fois supérieur aux autres mais en la vendant au même prix. L’idée était juste de vendre par le bouche-à-oreille.

La suite de l’interview dans le numéro 2 de Encore disponible sur clubencore.fr !

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Portraits de Corentin Fohlen pour Encore.

© Corentin Fohlen/ Divergence. Paris, France. 24 juin 2016. Portrait des createurs de la marque equitable, Veja: Francois-Ghislain Morillion, et Sebastien Kopp. Veja est une marque francaise de baskets, de sacs et d'accessoires ecologiques et issus du commerce equitable.

 

On s’est dit que si on décidait de lancer une marque sans publicité, on pourrait fabriquer une basket pour un coût six à sept fois supérieur aux autres mais en la vendant au même prix.

 

© Corentin Fohlen/ Divergence. Paris, France. 24 juin 2016. Portrait des createurs de la marque equitable, Veja: Francois-Ghislain Morillion, et Sebastien Kopp. Veja est une marque francaise de baskets, de sacs et d'accessoires ecologiques et issus du commerce equitable.

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On a souvent été en rupture de stock mais c’est aussi ce qui nous a permis de poser des bases fortes plutôt que de grandir trop vite en faisant n’importe quoi.

 

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On est 100% indépendants financièrement. Veja est un projet autofinancé contrairement à beaucoup d’entrepreneurs qui lèvent des fonds aujourd’hui. On a construit une entreprise « from scratch » et aujourd’hui on est 50.

 

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Tout ce qu’on a à dire sur le monde on l’a mis dans un projet, dans une entreprise et dans une marque.

 

© Corentin Fohlen/ Divergence. Paris, France. 24 juin 2016. Portrait des createurs de la marque equitable, Veja: Francois-Ghislain Morillion, et Sebastien Kopp. Veja est une marque francaise de baskets, de sacs et d'accessoires ecologiques et issus du commerce equitable.