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« Il faut savoir être très débrouillard et ne pas avoir peur de mal faire. »

C’est à l’île de Ré que les soeurs Joubert ont lancé Marlette, leur marque de préparations pour gâteaux. À l’époque Margot travaille dans l’agro-alimentaire et souhaite entreprendre dans le bio alors que Scarlette rentre d’un voyage en Australie. Après plusieurs mois à tester des préparations et à cuisiner, elles décident de se lancer dans l’aventure. Avec trois fois rien, une bande de potes et un grand sens de la débrouille, elles trouveront plus de 100 points de vente avant d’envisager un financement. Aujourd’hui distribuées dans toutes la France, elles viennent d’ouvrir leur deuxième café Marlette à Paris. 
D’où venez-vous ?

Margot Caron (à droite sur la photo) : Je suis née aux Antilles mais nos parents se sont installés à l’île de Ré quand j’avais un an. Ils sont venus pour racheter un chantier naval et créer une série de petits bateaux typiques de l’île. On a grandi là-bas.

Scarlette Chavinier (à gauche donc) : Moi j’y suis restée jusqu’à l’âge de 14 ans puis je suis partie à Bordeaux en sport-études. Je montais à cheval et on faisait aussi beaucoup de voile évidemment.

Quel a été votre parcours après le bac ?

M : J’ai passé mon bac à La Rochelle puis j’ai passé une maîtrise de biologie à Paris et Montréal. Après j’ai fait une école d’agroalimentaire à Dijon puis je suis revenue ici où mon mari a commencé à travailler sur le chantier de mes parents.

S : J’ai fait une école de management spécialité hôtellerie-restauration à Bordeaux. Les stages permettaient de voyager, je suis partie six mois à Bora Bora puis j’ai fait ma dernière année de licence à Sydney où j’ai fait mes stages dans des hôtels de luxes. On a lancé Marlette quand je suis rentrée.

J’étais très sensible à l’agriculture bio et j’avais vraiment envie de participer à cette démarche.

Comment est née cette idée de sachets de préparation pour pains et gâteaux ?

M : En arrivant ici, j’ai travaillé un petit peu en recherche et développement dans une société et j’ai rencontré un groupe de producteurs céréaliers bio basés en Charente-Maritime. J’ai découvert ces céréales et toute la richesse de ce qu’on pouvait faire ici. J’étais très sensible à l’agriculture bio et j’avais vraiment envie de participer à cette démarche. J’avais en tête l’idée de créer ma boîte, et cherchais à valoriser un produit local produit selon cette démarche. On a toujours cuisiné à la maison (vite mais avec des produits frais du marché) et comme je venais de travailler sur une gamme de plats cuisinés déshydratés, l’idée est venue tout naturellement de créer des préparations bio de qualité pour pains et gâteaux ! J’ai commencé à tester des recettes dans ma cuisine et Scarlette est rentrée d’Australie et on a continué ensemble !

S : En rentrant j’ai passé l’été à l’île de Ré avec Margot. Je l’ai aidée à faire des recettes, je me suis mise à mixer des tablettes de chocolat pour faire des fondants et je me suis un peu prise au jeu ! Je me suis dit : je reste six mois, un an, pour l’aider à lancer le concept et puis on verra après. Si ça marche je reste, sinon je reprends mes études. Ce qui était intéressant surtout c’est que Margot avait toutes les connaissances sur la partie agro et ingénieur et moi en marketing et communication, et ça me plaisait de travailler là-dessus.

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C’était un enjeu de moderniser le bon vieux sachet de préparation pour gâteau ?

S : Oui mais c’est vraiment ça. On a repositionné un concept existant depuis des années mais qui s’adressait à une cible qui n’était pas du tout la nôtre. À l’origine, les consommateurs des « sachets gâteaux » cherchaient quelque chose de rapide sans avoir l’exigence du « bon produit ». Nous on a décidé de s’adresser à une cible différente, celle des jeunes actifs de 35 à 55 ans qui travaillent et qui sont plus sensibles qu’avant à leur alimentation. Ça leur permet de cuisiner très rapidement des gâteaux bio, sains et bons en trois minutes. Au départ, on s’est dit que l’idée était bonne et au fil du temps, on s’est rendu compte que le marché était énorme.

On a repositionné un concept existant depuis des années mais qui s’adressait à une cible qui n’était pas du tout la nôtre.

Comment avez-vous commencé à vendre vos préparations Marlette ?

M : Au départ, on a imaginé une dizaine de préparations. Pour le packaging on a fait appel à des amis et notre sœur qui est graphiste nous a pas mal aidées. Et on a fait notre pré-série chez notre fournisseur de farines qui nous a prêté un petit local pour lancer notre première production et avoir la certification bio.

S : On ne voulait pas investir trop d’argent car on ne savait pas trop si ça allait marcher donc on a acheté une bétonnière de maçon, on a mis un film alimentaire à l’intérieur et on mettait le chocolat, la farine, le sucre pour faire un mélange qu’on répartissait ensuite dans les sachets avec une petite cuillère, un entonnoir et une petite balance. On a préparé 50 000 sachets comme ça ! On invitait nos amis pour coller les étiquettes. Même notre grand-mère nous a aidées ! Après il fallait souder… C’était vraiment à la chaîne. On a fait ça pendant un an et demi tout en allant présenter nos produits sur des salons. Et parallèlement à ça, on a passé des concours d’entrepreneurs. Comme ça, on a trouvé 100 revendeurs avant d’investir le moindre centime de notre poche.

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Vous avez intégré un incubateur ?

M : Oui l’incubateur de Charente Maritimes nous a bien aidé au début. On a répondu aussi a pas mal d’appels à projets et gagné des concours de création d’entreprise, et on a bénéficié du soutien de la BPI (ex Oseo) qui nous a permis de financer le démarrage.

S :  Le Moovjee que l’on a gagné en 2012 nous a vraiment aidées. On a remporté 10 000 euros, un bon coup de communication, un mentor qui nous a aidées à développer la boîte et surtout un réseau de supers amis entrepreneurs comme nous ! J’y ai rencontré beaucoup de mes très bons amis actuels, les fondateurs de Faguo, Borderline, Dagobear…

Nous, notre rêve c’était d’ouvrir des cafés Marlette.

À ce moment-là, j’imagine que l’enjeu est surtout de se faire connaître. Comment avez-vous communiqué et développé un réseau de points de vente ?

M : Les salons était hyper importants pour nous parce qu’il fallait faire goûter les produits pour convaincre les gens d’acheter nos préparations. Grâce à ça, on a eu aussi pas mal de presse, ce qui nous a permis de nous rendre visibles notamment des revendeurs sans qu’on les ait démarchés. On a eu la chance de rentrer rapidement dans les rayons des grands enseignes de l’épicerie fine comme La Grande Epicerie ou Lafayette Gourmet qui étaient les plus belles références qu’on puisse avoir.

S : C’est aussi sur un salon que l’on a rencontré notre actionnaire. C’était en 2012 on avait un emplacement tout petit de quatre mètres mais très beau et bien aménagé. Et il se trouve qu’un monsieur est arrivé sur le stand et est resté toute la matinée. C’était Sylvain Orebi, le PDG de Kusmi Tea, un exemple de réussite dans l’épicerie fine. Toute la journée il nous a posé beaucoup de questions et notre histoire l’a beaucoup touché. Il nous a expliqué que nos deux marques étaient complémentaires, que l’on procédait de la même manière (avec des ensacheuses et des mélangeuses) et qu’on avait la même cible et la même idée : distribuer en épicerie fine et avoir des boutiques en propre.

 

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 En 2014, vous avez ouvert le premier Café Marlette, pourquoi choisir cette direction ?

S : En fait depuis le début, on sait que pour booster nos produits il faut faire des dégustations grand public car dans l’inconscient collectif, les préparations pour gâteaux ne sont pas associées à du « bon ». Les gens n’ont pas l’habitude de consommer ce type de produits, donc il y a tout un travail de communication à faire pour sensibiliser les gens en leur faisant goûter et en expliquant notre démarche. Donc on a fait beaucoup de pop-up au Bon Marché, des lancements de marques, on a fait une opération au festival du film de Deauville… Mais je devais cuisiner de chez moi ! Heureusement, je vivais en colocation dans un grand appartement et nos voisins de palier étaient des amis donc ils me laissaient les clés de leur appartement. Pendant la journée je courais entre les deux cuisines avec deux fours qui tournaient en même temps. Un jour, j’ai dû cuisiner 400 muffins, il y en avait partout, sur toutes les étagères, les canapés, les tables, on ne pouvait plus marcher. On s’est dit qu’il fallait un endroit où l’on puisse cuisiner et véhiculer en permanence les valeurs de la marque.

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Comment s’est passée l’ouverture en 2014 ?

S : On s’est dit qu’on allait faire des choses simples : des gâteaux, des œufs à la coque, du jambon à l’os, du bon fromage, de la bonne baguette, de la confiture… Le jour de l’ouverture, il y avait deux heures de queue devant la boutique !

Il faut savoir être très débrouillard et ne pas avoir peur de mal faire.

Comment avez-vous vécu ces dernières années ?

M : Je n’ai pas vu le temps passer, j’ai l’impression qu’on a lancé Marlette hier, qu’on est encore en phase de création ! C’est une formidable aventure, un rêve qu’on concrétise jour après jour avec notre équipe et ceux qui nous soutiennent. Même si ces années ont été assez éprouvantes avec des nuits à ne pas dormir à cause de Marlette et de mes autres jeunes enfants… On a beaucoup de chance que nos projets fonctionnent, dans un domaine qui nous passionne et correspond à nos valeurs. Et surtout on réussit petit à petit à créer de l’activité, des emplois, et des débouchés pour l’agriculture bio.

S : J’ai appris mille choses et dans tous les domaines ! Il faut savoir être très débrouillard et ne pas avoir peur de mal faire. L’essentiel est de bien s’entourer et de former une bonne équipe ! C’est génial d’avoir un produit que tu façonnes et crée à ton image et en plus de faire vivre des gens.

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Margot, qu’est-ce qui fait votre succès selon toi ?

M : La sincérité de notre démarche. On n’est pas parties d’un objectif, c’est un projet authentique. Jusqu’à maintenant on l’a bien retranscrit dans nos produits et dans notre communication.

Comment êtes-vous organisées aujourd’hui ?

M : Scarlette vit à Paris, elle s’occupe de l’aspect marketing et communication et des concepts des Cafés Marlette. Moi, je vis à L’Ile de Ré et gère la partie gestion, distribution et production (au pied du pont de l’ile de Ré). On crée toujours nos recettes toutes les deux.

Vos parents sont aussi entrepreneurs, qu’ont-ils pensé de ce projet au départ ?

M : Ils étaient hyper enthousiastes. Dès qu’il y a un nouveau projet ils sont partants, ils adorent la nouveauté. Ils ont été de bon conseil parce qu’eux aussi ont créé un projet qui correspondait à leurs valeurs et à leur passion.

Quelle est votre ambition ?

S : J’aimerais que tout le monde ait des paquets de Marlette dans son placard ! Et que nous aillons des Cafés Marlette dans le monde entier !

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www.marlette.fr

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Interview & Photos : Marie Ouvrard
Illustration : Beaucrew
Correction : Isabelle Quelquejay