Romain ColinRomain Colin a créé le site Fubiz en 2005 alors qu’il était encore étudiant. Aujourd’hui, cette plateforme inspirante, dédiée à la création, compte un million de visiteurs uniques par mois, un programme TV et sa propre cérémonie de récompenses. Et Romain ne compte pas s’arrêter là. 

Qu’est-ce que tu voulais faire quand tu étais petit ?

J’ai toujours voulu faire plusieurs métiers et travailler dans le milieu de la musique, de la culture, du cinéma : dans l’entertainment de manière générale. J’étais également très attiré par le monde des médias. Pourtant mes parents ne travaillaient pas du tout dans ce milieu-là.

Quelles études as-tu suivies ?

J’ai passé un bac ES et j’ai fait l’ISCOM à Paris, une école de communication. C’était une formation assez large dans le domaine de la communication et des médias, ce qui me permettait de rester ouvert à plein de choses.

Je me suis dit que j’allais créer une plateforme qui serait ma carte de visite virtuelle.

Tu as créé Fubiz pendant cette formation, comment t’est venue cette idée de blog ?

Au départ, j’ai décidé de créer un blog pour me démarquer en entrant dans la vie active. Je me disais : « On va se retrouver à 40, 400 ou 4000 sur les mêmes postes, qu’est-ce qui va nous différencier ? »
A l’époque, les CV en ligne, les réseaux sociaux et LinkedIn ou Viadeo n’existaient pas, donc je me suis dit que j’allais créer une plateforme qui serait ma carte de visite virtuelle sans pour autant me mettre en avant. J’ai voulu faire un média très ouvert pour ne pas me fermer de portes et prouver au marché que je pouvais être transversal parce que j’avais envie de travailler dans la plupart des secteurs que j’allais traiter. Je ne l’ai jamais vraiment conceptualisé comme un blog, je l’ai toujours pensé comme un média.

Tu t’es inspiré d’autres sites ou d’autres blogs ?

J’ai pris exemple sur des modèles américains inconsciemment. Il y a dix ans, il y avait BoingBoing.net (un ancêtre de Buzzfeed en quelque sorte) qui était à la mode. C’était un relais de pop culture et de creative content qui réunissait tout ce qu’on pouvait trouver de cool, beau, inspirant, marrant ou sympa, sélectionné par une équipe éditoriale sous un format blog. A l’époque, 90 % des partages de contenus se faisaient par email !

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Tu as lancé Fubiz en 2005, comment as-tu fait connaître le site ?

Je n’avais pas de moyens particuliers mais j’ai rapidement établi une certaine récurrence dans la publication des contenus. Tous les jours, que ce soit un lundi ou un dimanche, de janvier à décembre, on pouvait retrouver quelque chose de différent et plusieurs nouveaux contenus sur le site. Je pense que ça m’a permis de fidéliser une “communauté”. Puis, les gens qui créaient des contenus ont commencé à m’en envoyer spontanément et à parler du site autour d’eux. J’ai aussi eu la chance de me lancer à l’époque où ça commençait à être à la mode de diffuser des clips sur Youtube ou Dailymotion, et il n’y avait pas beaucoup de sites qui faisaient un tri et proposaient une sélection.

Comment s’est organisé le choix des contenus?

Je voulais montrer et diffuser des choses inspirantes, belles et créatives, qui soient intéressantes sur le fond ou sur la forme, le mieux étant les deux. Encore aujourd’hui, l’idée est de choisir des contenus exigeants, qui nous tirent vers le haut, que ce soit dans le sujet traité ou la technique employée. Ensuite, on répond toujours aux mêmes questions : « Qui ? Quand ? Quoi ? Où ? Comment ? » On ne va pas donner notre avis mais renseigner le sujet. C’est ce qui va permettre au public de rentrer plus facilement dans le contenu.

Je devais faire un stage de six mois, j’ai décidé de le faire dans ma propre boîte !

Pendant un an, tu as poursuivi tes études tout en développant le site. Comment t’organisais-tu ?

La formation ne m’imposait pas des horaires de cours trop denses ni une surcharge de travail, donc j’ai eu du temps pour développer Fubiz. Surtout qu’au bout de quelques mois, j’ai commencé à gagner un peu d’argent avec le site… A ce moment-là, je me suis dit qu’il fallait que je continue dans ce sens. La bascule s’est faite à la fin de mes études, dans la dernière année de mon cursus. Je devais faire un stage de six mois, j’ai décidé de le faire dans ma propre boîte ! J’ai créé une structure SARL et déposé ma marque à l’INPI. J’avais six mois pour travailler sur mon business model et développer le projet.

Romain Colin Qu’est-ce qui t’a décidé à vraiment te lancer plutôt que de postuler en agence par exemple ?

Quelques boîtes voulaient m’embaucher et je commençais à avoir un réseau, mais j’ai fait le choix de me dire que mes rêves d’enfants – qui étaient d’entrer dans ces agences ou travailler pour des annonceurs –, je les repoussais à plus tard. C’était un risque de poursuivre ce projet mais je l’ai fait tout en étant protégé par le fait que j’avais attendu de voir si ça pouvait vraiment marcher. Je ne me serais pas lancé juste en me disant : « J’y crois dur comme fer, vous allez voir, je vais avoir des revenus grâce à mon média ». Et les gens autour de moi me disaient : « Si tu ne le fais pas maintenant, tu le regretteras ». Ils avaient raison.

Mon chemin a été jalonné d’étapes mais je n’ai jamais fait de choix risqués, j’ai toujours pris le temps.

Comment s’est développée ton activité ?

Au bout d’un an, j’ai réinvesti l’argent que j’avais gagné pour refaire le site et média. Je voulais être pointu sans être élitiste. En parallèle, j’ai pris des bureaux en colocation avec l’agence Colorz, et ça m’a permis de me développer un peu plus. Mon chemin a été jalonné d’étapes mais je n’ai jamais fait de choix risqués, j’ai toujours pris le temps. Je fais énormément de veille et je me tiens au courant de toutes les dernières nouveautés pour ensuite les appliquer à mon média, que ce soit au niveau du contenu mais aussi sur la forme, l’aspect technique, les options proposées sur le site, la navigation, l’ergonomie…

Aujourd’hui, tu travailles en équipe ?

Oui, on est cinq au bureau, sur des métiers qui sont connexes au mien pour le moment. On choisit les contenus, on répond aux marques, on gère des projets de création de contenus. Le reste des talents est externalisé : la régie publicitaire, la production du programme TV, le développement technique… Mais dans une optique d’accélération et de développement en 2015, on va internaliser une partie de ces activités.

Quel est ton quotidien ? Est-ce qu’il ressemble vraiment à ton Tumblr : voyages, hôtels de luxe, la grande vie ?

(Rires) J’alimente mon Tumblr quand j’estime que le lieu et la photo valent le coup d’être publiés ! Globalement, je passe beaucoup de temps à mon bureau et je travaille beaucoup mais c’est vrai que je me déplace régulièrement. J’assiste à des lancements de produits, d’albums, des concerts et des événements culturels. Je suis invité par des clients ou par des marques avec qui je travaille. Là par exemple, j’ai été invité au siège monde de Nike à Portland (Oregon) pendant quatre jours pour un événement autour du basket. A ce moment là, tu te dis que c’est génial…

Les gens autour de moi me disaient : « Si tu ne le fais pas maintenant, tu le regretteras ». Ils avaient raison.

Qu’est-ce qui te plaît vraiment dans tout ça ?

Au début, c’était de pouvoir lier mes passions les unes aux autres. Aujourd’hui, c’est de pouvoir créer un pont, de manière plus ambitieuse qu’à 20 ans. Je veux développer tout ce que j’ai en tête. C’est excitant de pouvoir mettre en œuvre et réaliser ce qu’on a imaginé. Quand on se dit qu’on va faire un programme TV et qu’on signe quinze à vingt numéros, on est content ! Ça peut prendre un an, parfois il y a des moments de doute, mais quand on arrive au bout on se dit que c’est quand même une bonne idée de l’avoir fait. Et puis j’ai une envie forte de faire plusieurs métiers dans ma carrière donc je m’intéresse à beaucoup de choses… J’ai vraiment envie de développer des projets dans le milieu de la musique, de l’art, du cinéma ou de l’entertainment.

Tu trouves ça frustrant d’être “observateur” ?

Non, car même si je suis un média, je me sens acteur ! Mais parfois j’aimerais penser les choses. Je ne sais pas de quoi demain sera fait et je veux y être préparé. Si je suis amené à travailler pour un constructeur automobile, un festival ou un label, je veux être prêt et pour ça, je reste curieux et je m’inspire de plein de choses au quotidien.

Romain Colin

Quels sont les gens qui t’inspirent ?

Dans la musique, j’aime beaucoup Zane Lowe de BBC Radio 1, c’est un intervieweur que je trouve incroyable. Dans la technologie, Elon Musk ; le cofondateur de Paypal ; l’artiste Kaws, le designer historique d’Apple Jonathan Ive, Mark Zuckerberg, Kanye West qu’on le veuille ou non…Le moindre fait et geste, et les choix de ces personnes-là m’intéressent…

Même si je suis un média, je me sens acteur ! Mais parfois j’aimerais penser les choses.

Quelles sont tes ambitions pour Fubiz ?

Je pense qu’on peut devenir le “Buzzfeed quali”. On peut prendre une place encore vacante : devenir un gros site de contenu viral de qualité. On a la communauté, la plateforme et le goût pour choisir le contenu. Maintenant on a juste besoin de moyens plus forts pour se développer. J’aimerais accélérer mon développement dans les douze à vingt-quatre prochains mois et aller au bout de ce que j’ai en tête pour ensuite, peut-être, passer à autre chose progressivement. J’ai d’autres projets, comme fonder une famille par exemple, qui ne correspondent pas forcément au quotidien que j’ai aujourd’hui donc je vais actionner tout ce que je peux pour pouvoir prendre une passerelle vers la trentaine !

www.fubiz.net

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