Il y a trois ans, nous rencontrions Julien Pham. Il était alors à la tête de Fricote, magazine lancé en 2009. En 2016, il a quitté l’aventure mais n’a pas abandonné sa passion pour les projets food. Aujourd’hui, et en solo, il est à la tête de Phamily First, une agence qui s’attache à rassembler, autour d’évènements conviviaux et familiaux, les amateurs de bonne bouffe. L’idée: bien manger et bien se marrer. 

Que s’est-il passé pour toi depuis notre dernière interview ?

Beaucoup de choses ! Lorsque nous nous étions rencontrés, il y a trois ans, j’étais rédacteur-en-chef de Fricote (magazine papier et agence co-fondés en 2009). J’ai quitté mon petit bébé début 2016 pour développer un autre projet, plus important à mes yeux, Phamily First.

Pourquoi avoir quitté Fricote ?

Ce n’était pas une décision évidente à prendre car j’ai dédié énormément de temps à développer ce projet. J’ai pondu dix-neuf numéros pour lesquels je me suis donné à fond, à chaque fois. C’était aussi un projet assez personnel car, par la force des choses et du système D, ma famille et mon réseau d’amis proches ont participé à l’aventure. J’étais devenu Fricote car ce projet et sa réussite me tenaient à cœur. Après huit années, des hauts et des bas, j’avais le sentiment d’être arrivé au bout de ce que je pouvais faire. La décision de partir était devenue évidente et le résultat d’une équation simple qui plaçait mon épanouissement personnel et mon bien-être avant tout le reste.

La décision de partir était le résultat d’une équation simple qui plaçait mon épanouissement personnel et mon bien-être avant tout le reste.

Quel était ton projet et ton ambition en partant ?

Il y avait d’abord, et simplement, l’ambition très égoïste de penser à moi, et à mon bien-être mental, physique et professionnel. il y avait aussi l’envie d’appliquer mon éthique de travail à tous mes projets, de choisir mes collaborateurs et mes clients. Le tout pour être plus heureux, faire du bien autour de moi et frosting sur le gâteau, mieux gagner ma vie. Je sais que ça peut sonner comme le discours un peu “bisounours” mais je reste persuadé qu’une éthique et une conduite vertueuse dans le monde du business, c’est possible. Je sais que business et « bisounours » c’est compatible et je vais le prouver.

Comment est née l’idée de Phamily First et de quoi s’agit-il ?

J’ai eu envie de continuer dans l’univers « food ». La cuisine et les moments passés à table sont mes passions. Au tout début, de manière très utopiste, je pensais simplement monter une « entité » dans la bouffe, sans trop expliquer ce que je faisais sinon simplement transmettre ma passion pour la cuisine. Le nom “Phamily First” paraît anodin mais il a un sens fort pour moi. Au-delà du jeu de mots avec mon nom, je voulais une affirmation forte. « La famille d’abord », c’est un peu la valeur primaire de mon éthique. C’est un signe de reconnaissance, un socle commun qui fait en sorte que l’on peut démarrer une collaboration en toute confiance.

« La famille d’abord », c’est un peu la valeur primaire de mon éthique. C’est un signe de reconnaissance, un socle commun qui fait en sorte que l’on peut démarrer une collaboration en toute confiance.

Je reviens de Los Angeles où j’ai dû apprendre à résumer rapidement mon activité à mes interlocuteurs. Spontanément je parlais d’une « food agency ». Cette formule est restée. Phamily First est donc une agence tous-risques, tout-terrain, tarte tatin. Nos missions : la production de contenu (vidéo, photo, texte), la stratégie/consulting, la direction artistique et l’identité graphique, l’édition et la production d’événements et catering. Parallèlement à ça, j’organise des événements qui me font rire.

Quels sont les premiers projets mis en place ?

J’ai eu la chance de voir la totalité de mes contacts passés me rester fidèles donc durant la première année j’ai fait pas mal de boulots pour les marques. La philosophie de Phamily First passe d’abord à travers des événements, pour lesquels j’applique vraiment tout ce en quoi je crois : du fun, de la convivialité, de la surprise et le tout, toujours maîtrisé et fait avec beaucoup de sérieux. Aussi, ce qui se trouve dans l’assiette doit être au top du top. Le tout premier événement a été la rencontre entre The Beast, barbecue texan, et Lao Siam, un établissement historique de Belleville, le meilleur restaurant thaïlandais à Paris selon moi. Sur le papier ce n’était pas évident mais dans ma tête c’était clair comme de l’eau de coco. Je savais que ça marcherait et ça a marché. Pour mon dernier événement en date j’ai fait se rencontrer les trois frères du Lao Siam et les deux sœurs du Servan pour « Family Business ». On a fait cinq services en une journée et servis trois-cents menus d’une cuisine gastronomique, fusion entre les univers des deux familles. C’était français, philippin, laotien et thaïlandais. C’était le feu.

                                         

Tu travailles avec des collaborateurs ou associés ?

Mes expériences passées m’ont incité à être prudent, je suis donc seul à la tête de l’agence, mais je monte la dream team la plus efficace possible pour chaque nouveau projet, pour chaque mission. J’ai la chance d’être entouré de gens très talentueux et compétents.  

 
Quel est ton ambition ? Les valeurs que tu veux transmettre ?

Ça va paraître bizarre mais mon ambition première est de me faire plaisir. C’est le point de départ selon moi pour faire plaisir aux gens par la suite. Je ne veux pas transmettre de valeurs car je ne suis le papa de personne, mais je veux véhiculer des ondes positives, enthousiasmer les gens, les connecter les uns les autres, susciter la curiosité, fédérer, pousser les gens à goûter, passer au-delà de leurs préjugés. Mon ambition est d’être le début, ou le maillon, d’une chaîne positive qui fonctionnerait grâce au bouche-à-oreille. J’adore les gens positifs et j’essaie de ne fréquenter exclusivement que cette espèce. Je n’ai plus le temps de glisser sur le dos des gens négatifs.  

Avec ce projet, je veux véhiculer des ondes positives, enthousiasmer les gens, les connecter les uns les autres, susciter la curiosité, fédérer, pousser les gens à goûter, passer au-delà de leurs préjugés.

Quel est ton quotidien aujourd’hui ?

Chaque jour est différent mais la base inamovible de chaque journée c’est : m’occuper de mon chat, boire du café et regarder les sites sur l’actualité du football. Le reste change à chaque nouvelle journée. Je vis des successions de périodes qui dépendent de mon énergie et des missions sur lesquelles je travaille. J’ai bossé pendant plusieurs semaines quasiment tous les jours au café Ten Belles, puis j’ai eu besoin de travailler de chez moi pendant un long moment, et récemment j’ai passé trois semaines à Los Angeles. En essayant d’être efficace de là-bas. Parfois je bosse une heure par jour, et le lendemain je suis méga-ultra productif. Je n’ai pas de pointeuse, je m’écoute. Et je suis encore plus efficace qu’avant.

Parfois je bosse une heure par jour, et le lendemain je suis méga-ultra productif. Je n’ai pas de pointeuse, je m’écoute.

Ta vision de la food a t-elle changé ces dernières années ?

Forcément. Elle évolue avec les gens que je rencontre et les nouvelles expériences que je vis. J’ai une relation passionnelle avec la bouffe, que je vis pleinement et au grand jour aujourd’hui. Après toutes ces années, mon amour est intact. Je sais juste que si cette passion est élitiste, elle n’a aucun sens. Je me rends compte que c’est avant tout les moments passés à manger et à boire autour d’une table que je chéri plus que tout. Les plats, les vins sont des sujets de discussions, des occasions créées qui in fine servent la cause de la convivialité, des souvenirs.

http://phamilyfirst.com/

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Interview : Agathe Morelli 
Crédits :  Vidéos, Samy La Famille
Photos The Beast From Lao Siam, Marilou Chabert & The Social Food 
Photos Family Business, Romain Guittet 
Autre, Valentin Le Cron