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« Il n’y a pas d’idées miraculeuses, il faut juste avoir un peu de bon sens, d’énergie et de motivation. »

C’est pendant leur road-trip américain que Pierre-Julien et Grégory ont fait le choix de quitter la finance pour vendre de l’huile d’olive. D’origine grecque, ils ont repris la petite production de leur grands-parents en 2009 afin de développer leur marque, Kalios. Aujourd’hui, bien installés dans le milieu de la restauration, les deux frères lancent leur gamme d’épicerie fine.

D’où vous vient cette passion pour l’huile d’olive ?

Gregory : Nos grands-parents étaient producteurs d’olives et d’huile d’olive dans le sud de la Grèce. C’est une histoire de famille qui remonte à 8 générations. Depuis qu’on est petits, l’huile d’olive on la mange à la petite cuillère…

L’huile d’olive on la mange à la petite cuillère…

Pourtant, au départ, votre parcours n’était pas vraiment tourné vers l’olive…

Pierre-Julien : C’est vrai… J’ai fais des études dans les travaux publics puis j’ai enchaîné sur un Master en finance de marché.

G : Moi aussi j’ai étudié la finance puis j’ai travaillé pendant 2 ans dans une banque d’affaires. J’aimais ce que je faisais mais l’ambiance était pesante. Et il se trouve qu’en 2009 – en pleine crise – je me suis fait licencier (dernier arrivé, premier parti) au moment où PJ terminait son stage. C’est à ce moment-là que l’on a décidé de partir en voyage.

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Où êtes-vous partis ?

G : On est partis 3 mois aux Etats-Unis pour voir des potes, faire la fête et découvrir autre chose. Au départ on a voyagé chacun de notre côté puis on s’est retrouvés pendant 3 semaines pour un road-trip de Boston à Chicago.

PJ : On était en voiture et on se demandait ce qu’on allait faire en rentrant en France. On n’avait pas commencé à chercher de travail et on se posait des questions sur notre avenir dans la finance. En y réfléchissant on s’est rendu compte qu’on avait envie de faire quelque chose de plus concret, c’est là qu’on a pensé à la production familiale d’huile d’olive. On s’est dit qu’on pourrait développer une marque et la commercialiser en France.

G : Notre père est grec et notre mère est française. Quand on était plus jeunes on passait nos étés en Grèce chez nos grands-parents qui étaient producteurs d’huile d’olive. C’est une petite exploitation de village mais c’était un bon début pour démarrer.

PJ : Ça nous correspondait et on trouvait la démarche beaucoup plus personnelle et épanouissante que d’être derrière un bureau à gratter du Powerpoint toute la journée.

Ça nous correspondait et on trouvait la démarche beaucoup plus personnelle et épanouissante que d’être derrière un bureau à gratter du Powerpoint toute la journée.

C’est vos grands-parents qui ont dû être surpris ?

G : En fait ils étaient super contents ! En rentrant des Etats-Unis on est partis directement en Grèce pour en discuter avec toute la famille et ils étaient tous ravis même s’ils avaient aussi un peu peur. On avait fait de belles études et avoir fait tout ça pour vendre de l’huile d’olive ce n’était pas forcement évident pour tout le monde. Mais ils nous ont posé les bonnes questions et nous ont soutenu. Du coup on est rentrés de Grèce fin août et on a déposé les statuts de l’entreprise le 1er novembre.

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Aviez-vous étudié le marché avant de vous lancer ?

G : Ni étude de marché, ni business plan. Moi je bossais dans le financement des entreprises et je sais que tu peux faire dire ce que tu veux à un business plan. On s’est juste dit « On se lance, si ça marche tant mieux, si ça ne marche pas ce sera une bonne expérience et on retournera vers nos voies respectives ».

Vous aviez besoin de financements pour lancer l’activité ?

PJ : On a démarré avec 4000 euros.

G : L’avantage, c’est qu’on avait déjà nos produits donc on n’a pas eu besoin d’acheter de marchandise avant de démarrer.

PJ : Puis on travaillait de chez nous avec 3 mètres carrés pour stocker nos quelques produits, on n’avait pas non plus besoin de gros investissements pour trouver un local.

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Comment avez-vous commencé à vendre votre huile ?

G : On s’est débrouillés avec les moyens du bord. On voulait d’abord faire découvrir nos produits aux chefs parisiens pour voir si le produit allait plaire en nous disant « si ça leur plaît, ça plaira forcément à tout le monde ». On a arpenté les rues de Paris en scooter avec notre huile d’olive en s’arrêtant dès qu’on voyait un restaurant qui avait l’air sympa. On regardait la carte, les prix, qui était le chef, et si ça nous plaisait on essayait de proposer nos échantillons.

PJ : On arrivait en cuisine en disant : « Bonjour on est producteurs, si vous avez 5 minutes goûtez ça ». On faisait découvrir nos produits avec une démarche de producteur, sans forcément les vendre, à l’opposé des commerciaux.

G : Du coup, on était super bien accueillis et en plus le produit plaisait beaucoup. Tous les chefs nous disaient « C’est super bon ! ». C’était incroyable de voir que notre huile d’olive familiale plaisait à de grands noms de la restauration française.

On a arpenté les rues de Paris en scooter avec notre huile d’olive en s’arrêtant dès qu’on voyait un restaurant qui avait l’air sympa.

Qu’est-ce qu’elle a de si spécial votre huile ?

PJ : On produit la Koroneiki qui est une petite olive verte. C’est une variété unique, elle plaît à tout le monde car elle est parfaitement équilibrée. Puis nous avons un terroir dingue en Grèce, gorgé de soleil avec des sols argilo-calcaires qui vont permettre à l’olivier de puiser juste ce qu’il faut en eau.

G : Et on fait tout de façon entièrement artisanale : on ramasse les olives à la main, on les trie à la main et on les presse au moulin dans les 4 heures. On s’occupe du conditionnement et nous livrons nous-même les produits. On suit vraiment la chaîne de A à Z, ça nous permet de garder toute l’authenticité de l’huile d’olive.

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Comment a évolué Kalios depuis vos débuts ?

G : Ça s’est vraiment fait petit à petit. Grâce au bouche-à-oreille, on a commencé à avoir un peu de renommée et pas mal de commandes.

PJ : Au bout de 2 ans, on a quitté notre petit appart pour voir plus grand grand et on a rejoint d’autres entrepreneurs installés à Pantin, Seb et Quentin de chez Borderline et les fondateurs de la bière Gallia.

G : On y est restés un an et demi, puis on a encore eu besoin d’espace supplémentaire donc on a cherché un autre local et ça fait maintenant un an qu’on est ici. Pendant 6 mois on travaillait toute la semaine et le week-end on faisait les travaux. On a fait toute la plomberie, l’électricité…

PJ : Aujourd’hui, on est présents dans énormément de bistrots parisiens et on travaille avec pas mal de jeunes chefs qui se lancent. On travaille aussi avec de grandes maisons et 70 restaurants étoilés dont ceux de Thierry Marx, TroisGros, Eric Guerin ou La Tour d’Argent… On a aussi lancé toute une gamme d’épicerie fine pour le grand public.

On est présent dans énormément de bistrots parisiens et on travaille avec pas mal de jeunes chefs qui se lancent.

Comment gérez-vous la production depuis Paris ?

G : On est sur place 5 à 6 fois par an pour toutes les récoltes, le reste du temps, c’est notre oncle qui s’occupe de la production sur place. C’est une personne essentielle en qui nous avons entièrement confiance.

PJ : Et maintenant, les chefs viennent en Grèce ramasser les olives avec nous ! On leur fait découvrir le pays tel qu’on le connaît, généreux et authentique. Ici l’huile d’olive baigne dans tous les plats. Quand on fait une salade de tomates, c’est quelques tomates et surtout beaucoup d’huile d’olive…

Kalios © Palmyre Roigt / Encore Magazine

Vous vous plaisez dans cette nouvelle vie ?

G : Contrairement à ce que l’on pourrait croire ou entendre, la crise a été pour nous l’opportunité d’innover et de créer de nouvelles choses. Il n’y a pas d’idées miraculeuses, il faut juste avoir un peu de bon sens, d’énergie, de motivation et tout le monde peut réussir dans n’importe quel domaine.

PJ : On a vraiment fait le choix de retourner à des choses qui ont du sens pour nous. Aujourd’hui, on se rend compte que plein de gens lâchent le milieu de la finance pour lancer leur propre boîte, faire des choses concrètes ou travailler avec leurs mains. Il y a un vrai créneau sur l’alimentaire et le retour aux produits sains qui ont du goût. Mais il faut garder ce côté terroir et ne jamais céder aux tentations de l’argent facile.

G : Et ne pas compter ses heures…

Il faut garder ce côté terroir et ne jamais céder aux tentations de l’argent facile.

Quels conseils donneriez- vous à une personne qui souhaiterait entreprendre ou se lancer dans un projet ?

G : À partir du moment où l’on croît à son produit, à son projet, il faut y aller à fond. Si on n’y croît qu’à moitié, mieux vaut ne pas se lancer.

PJ : Il faut vraiment aller sur le terrain, ne pas se contenter du téléphone ou d’internet, surtout dans ces métiers-là. Les choses se construisent avec le temps et l’énergie, il faut tout donner sur la longueur sans se relâcher.

http://mykalios.com

Interview : Florian Berger
Photos : Palmyre Roigt, Marie Ouvrard