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« J’avais envie de faire un travail qui ait du sens. »

Son diplôme d’école de commerce en poche, Nicolas Goudy a travaillé en agence puis en cabinet de conseil jusqu’à ce qu’il découvre l’entreprenariat solidaire et social. Intéressé par les problématiques sociales et environnementales, il a quitté son job en décidant d’infiltrer un milieu qui l’amènerait à un projet de sens. C’est lors d’un Start-up Week-end qu’il a d’ailleurs lancé Hacktiv, « un activateur de mouvements citoyens » mettant en relation ceux qui veulent s’investir et les associations. Après un deal avec les mairies de Paris et Bordeaux, Hacktiv devrait se développer dans de nouvelles villes et lancer son application dès 2017.

Nicolas, où as-tu grandi et comment s’est passée ton enfance ?

J’ai grandi en Ariège, au sud de Toulouse dans une grande famille. Une grande sœur, un petit frère et plein de cousins ! C’était super, ça apprend la vie, ça apprend tout. Puis, j’ai eu aussi envie d’appendre par moi-même et de découvrir le monde alors le bac en poche, je me suis installé à Paris.

Tu es arrivé ici dans l’idée de faire quoi ?

Au départ, je n’étais pas très sûr de ce que je voulais faire donc je suis allé à la fac où j’ai fait un master éco et un master en droit, des disciplines qui permettaient de faire plein de choses. je m’étais installé en colocation avec un américain. C’était génial, on rencontrait plein de gens de plein de nationalités, c’était une ouverture que je n’avais pas connue jusque-là !

Puis je suis parti faire une année de master à Göteborg en Suède et ensuite j’ai passé les concours d’écoles de commerce. Je suis rentré à l’EDHEC à Lille, j’ai fait un an de césure en entreprise chez l’Oréal et j’ai passé ma dernière année à Bangkok.

Je commençais à m’intéresser à l’intérêt général, l’utilité et l’environnement, et malheureusement il n’y avait pas ce type de projets à développer.

Quel a été ton premier job ?

Je suis rentré chez Havas en tant que chef de pub où je travaillais sur plusieurs budgets. J’y suis resté un an et ça m’a plu mais je commençais à m’intéresser à l’intérêt général, l’utilité et l’environnement, et malheureusement il n’y avait pas ce type de projets à développer. Donc je suis parti dans un cabinet de conseil pendant un an et demi et ce n’était pas du tout pour moi ! Je l’ai fait, j’ai appris des choses mais je ne me sentais pas épanoui alors j’ai fait une rupture conventionnelle pour me lancer.

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Tu avais envie de monter une boîte ?

Je n’avais pas spécialement envie de « monter une boîte » mais petit à petit j’ai compris le secteur dans lequel je voulais travailler. À l’époque je connaissais l’entreprenariat et les fondations comme celle de L’Oréal et j’avais envie de faire un travail qui ait du sens sans forcément travailler dans le public ou sur de la vente produit.

J’entendais parler d’entrepreneuriat social et j’ai commencé à aller à des événements et à m’y intéresser. Au début c’était un peu bizarre pour moi parce que c’est un milieu où tout le monde se connaît et j’arrivais sans projet mais j’ai persévéré pour rencontrer des gens et me faire une idée. Puis j’ai commencé à participer à des événements spécifiques à mon secteur, j’ai intégré la délégation française des jeunes de l’UNESCO et le gros déclic a été un start-up week-end.

J’entendais parler d’entrepreneuriat social et j’ai commencé à aller à des événements et à m’y intéresser.

Qu’est-ce qui s’est passé pendant ce week-end ?

C’était un start-up week-end sur l’entreprenariat social. Donc comme dans tous ces événements, tu as du vendredi soir au dimanche soir pour aller le plus loin possible dans la construction d’un projet. Il y a des développeurs, des graphistes, et des gens avec des idées qui ont 90 secondes pour convaincre les autres de rejoindre leur équipe et travailler sur l’idée pendant deux jours.

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Et toi, quelle idée as-tu pitchée ?

En réalité, au début je ne comptais pas pitcher car je n’avais pas d’idée et c’est vraiment la dynamique de groupe qui m’a entraîné. Je me suis souvenu qu’un an auparavant, j’avais voulu faire du bénévolat à côté de chez moi et je ne savais pas trop comment m’y prendre parce que je n’étais disponible que pendant la période de Noël. Les grandes associations étaient complètes et j’avais eu du mal à trouver des plus petites structures autour de chez moi où les gens pouvaient venir aider, avec ou sans compétences… Donc au début, je suis parti sur un truc d’entraide entre voisins, une application de géolocalisation pour aider une mamie qui a besoin d’aide pour faire ses courses par exemple.

Et en fait en trois jours, on a travaillé sur un état des lieux de ce qui se faisait en France et on s’est rendu compte que les associations étaient un gros pilier puisqu’il y a plus de 1,3 million d’assos en France. En revanche, on a aussi vu qu’il y avait de moins en moins d’argent public et de plus en plus de besoins sur une autre forme puisque les gens s’engagent aujourd’hui sur de courtes durées. On a aussi constaté que les associations étaient parfois un peu larguées sur la partie digitale et numérique donc je me suis dit qu’il avait un truc à faire avec ça.

On était un groupe de 7 dont une graphiste qui a créé des visuels, certains ont appelé plusieurs associations pour avoir leur retour, on a épluché les sites collaboratifs, les sites de géolocalisation… On est arrivés à une idée qui était presque la carte UGC du bénévolat ! Tu as une heure, une journée, qu’est-ce que tu peux faire pour aider ?

On est arrivés à une idée qui était presque la carte UGC du bénévolat ! Tu as une heure, une journée, qu’est-ce que tu peux faire pour aider ?

Qu’est-ce qui s’est passé le lundi matin ?

Eh bien il faut reconnaître que je ne m’étais jamais imaginé à la tête d’un projet ! Au départ, je comptais rejoindre une équipe ou intégrer une fondation donc ça devenait un peu différent, mais je me suis dit que c’était peut-être vers ça qu’il fallait aller. Je savais que les autres membres de l’équipe repartaient dans leurs pays mais que Barbara, la graphiste, restait là donc je lui ai proposé de continuer à réfléchir au projet ensemble.

Assez rapidement, il y a eu un autre événement, le Concours de l’Entrepreneuriat Social Étudiant créé par Berkeley. Je me suis dit que c’était parfait car les concours peuvent t’apporter de la notoriété, de l’accompagnement et parfois un peu d’argent. J’ai été retenu parmi les 10 projets et pendant trois mois j’ai eu droit à un accompagnement économique, juridique et l’aide de mentors.

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Tu as ensuite constitué une équipe ?

Oui, après ces trois mois, j’ai été mis en contact avec quelqu’un via Make Sense. Ils m’ont dit « on a une fille qui cherche un projet et qui serait intéressée pour te rejoindre ». C’était une bonne nouvelle parce que déjà je n’avais pas imaginé être entrepreneur mais encore moins seul ! Donc j’ai rencontré Mélanie et on s’est rendu compte qu’on avait la même vision. Elle avait été chef de projet dans une agence et elle voulait elle aussi travailler sur un projet avec plus de sens. Donc on s’est associés.

Quelles ont été les premières étapes dans la construction du projet ?

On a commencé à travailler chez nous, on a créé la page Facebook, on a fait plein d’événements pour pitcher… Mélanie s’occupait plus de la partie digitale et moi de la communication et de la stratégie. Puis Guillaume est arrivé pour faire le lien avec les associations et on a lancé un premier site en juin, qui nous permettait de montrer comment ça fonctionnait. C’était une version bêta pas parfaite mais ça nous permettait de rencontrer les directeurs des maisons des associations et de montrer le projet.

L’idée était de monétiser le projet en vendant la plateforme à des mairies pour qu’elles les mettent en place dans leur ville…

Comment vous comptiez gagner de l’argent en mettant en relation des citoyens et des associations ?

L’idée était de monétiser le projet en vendant la plateforme à des mairies pour qu’elles les mettent en place dans leur ville et proposer aux habitants de s’engager.

Comment les associations ont accueilli le projet et l’idée de travailler de cette manière ?

Plutôt bien car on leur a expliqué que l’idée était de leur faire gagner du temps, la discussion était plus sur les formats. Parce qu’à la base, le bénévolat était plus du militantisme. Il y a 20 ans, quand les gens avaient une cause qui leur tenait à cœur, ils choisissaient de s’engager de manière plus régulière alors qu’aujourd’hui les jeunes font les choses de manière plus ponctuelle.

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La Mairie de Paris a été la première à signer, comment ça s’est fait ?

On a fait un premier événement avec eux et en deux jours on a trouvé 200 bénévoles qui ont collecté 180 000 euros pour plein d’associations. C’est à ce moment-là que l’on a vraiment parlé de la plateforme et on a signé notre premier contrat. On a d’ailleurs sorti le site jemengage.paris.fr peu de temps après car il y avait eu le tragique événement de Charlie Hebdo et il y avait un énorme sentiment d’entraide et de solidarité, il fallait que l’outil soit mis en place pour canaliser tout ça.

Ensuite, on a quitté notre salon pour intégrer un incubateur qui s’appelle le SenseCube et on a vraiment lancé la machine car on avait un contrat d’un an avec Paris pour leur prouver que ça allait marcher et il fallait que l’on développe d’autres villes ou que l’on travaille avec des entreprises privées.

On a lancé la ville de Bordeaux en septembre, on a changé de nom et on va lancer 4 nouvelles villes en janvier 2017 et une nouvelle application.

Comment ça s’est passé ?

Très bien puisqu’on a eu un premier contrat avec Airbnb pour un gros événement sur la thématique de la solidarité et on va poursuivre avec eux en proposant des social trips sur leur plateforme. On a fait d’autres événements avec Dell, la fac de Montpellier et l’université de Sceaux. Ensuite on a re-signé avec la ville de Paris pour 4 ans de plus. On a lancé la ville de Bordeaux en septembre, on a changé de nom et on va lancer 4 nouvelles villes en janvier 2017 et une nouvelle application.

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En ce moment vous postulez pour le concours « La France s’engage ». Qu’est-ce que ça pourrait vous apporter ?

En fait, pour aller vraiment à la rencontre des élus et mieux nous développer, on a besoin d’avoir une équipe un peu plus étoffée sur la partie communication nationale et aussi la partie animation de la plateforme en régions. Et ensuite il y a la partie technique avec notamment l’application. Donc depuis juillet, on passe les étapes de ce grand concours et aujourd’hui on fait partie des 30 finalistes. Et en ce moment, la dernière étape est soumise au vote du public et ceux qui auront le plus grand nombre de votes seront gagnants de la France s‘engage.

On se dit toujours qu’on n’est pas des chirurgiens qui opèrent à cœur ouvert donc même si ça ne marche pas, on aura au moins appris plein de choses…

Qu’est-ce qu’il y a à gagner ?

Une grosse communication régionale, nationale, et une dotation financière assez importante.

Comment tu te sens aujourd’hui ?

Je n’ai jamais appris autant que pendant ces 2 ans ! C’est impressionnant à quel point ça pique ta curiosité et tu t’enrichies en permanence. Et puis on se dit toujours qu’on n’est pas des chirurgiens qui opèrent à cœur ouvert donc même si ça ne marche pas, on aura au moins appris plein de choses…

www.hacktiv.org

En ce moment, Hacktiv participe au concours La France s’engage. Pour soutenir le projet et voter, c’est ici  http://lafrancesengage.fr

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Interview & Photos : Marie Ouvrard
Illustration : Beaucrew
Correction & Relecture : Isabelle Quelquejay