F66A9227

 « Ce qui me fait du bien c’est d’avoir des rêves et d’essayer de les réaliser. »

Directrice de la communication du Palais de Tokyo, attachée de presse du concept store Colette, productrice, journaliste, DJ, consultante, créatrice d’Amish Boyish, à l’origine des Brunch Bazar et du Big Festival à Biarritz, Nadège Winter est une « slasheuse ». Pourquoi se cantonner à un métier quand on veut toucher à tout ? Depuis 20 ans, elle cumule les projets et les collaborations au gré de ses envies et de ses idées. Et souvent ça marche.

Qu’est-ce que tu voulais faire petite ?

Je voulais être majorette, ce qui a fait très peur à mes parents ! Après ça, je pense avoir eu rapidement envie d’être styliste ou de partir à l’autre bout du monde sauver des gens, des animaux… Finalement, n’ayant pas encore assez de conviction pour sauver des dauphins ou tricoter des pulls, je suis allée en fac de droit. À la sortie de ma maîtrise, j’étais sur le point de me spécialiser en propriété littéraire artistique tout en me disant qu’il fallait que je raccroche les wagons avec ce que j’aimais. Et puis d’un seul coup, j’ai eu un flash et je me suis dit : « Qu’est-ce que je vais faire enfermée dans un bureau avec des codes, ce n’est pas moi ! ». J’ai alors envoyé quelques CV dans des maisons de disques, j’ai fait quelques stages et le troisième s’est transformé en embauche chez Delabel qui à l’époque était le label d’IAM, Massive Attack, Prodigy… J’y ai été label manager pendant 5/6 ans.

N’ayant pas encore assez de conviction pour sauver des dauphins ou tricoter des pulls, je suis allée en fac de droit.

Comment on passe d’un poste de label manager en maison de disques à celui de directrice de la communication du Palais de Tokyo ?

Après mon départ de Delabel, j’avais envie de plus de créativité et d’images. Le poste que j’avais auparavant était lié au marketing et aux chiffres dans un business qui commençait à changer et à devenir de plus en plus rationnel. Je suis donc partie chez Partizan Midi Minuit qui faisait de la production de clips et de vidéos. C’était une bonne école mais je me sentais encore un peu frustrée. Plus j’avançais, plus je voulais sortir du ghetto (la musique) pour croiser toutes les disciplines : mode, musique, art, etc. C’est à ce moment-là que j’ai entendu parler du Palais de Tokyo (centre d’art contemporain) et que j’ai décroché le job.

Nadège Winter - Encore Magazine

J’imagine que ce poste devait être très convoité ?

Ils ont reçu 400 candidatures… Et ce qui est drôle, c’est que j’ai postulé après être tombée sur l’offre d’emploi dans les petites annonces de Libération ! Ils recherchaient un directeur de communication avec une expérience muséale mais je me suis dit : « Allez, c’est pas grave, on y va ! ». J’ai passé toutes les étapes et les rendez-vous pour finir par leur faire une proposition de lancement qui leur a plu et j’ai gagné le cocotier.

Ça a été une super expérience. On était une petite équipe et le lieu était très attendu. Je chapeautais la presse, je m’occupais aussi du mécénat et des collaborations… Ça a été un espace d’épanouissement et de rencontres incroyables.

[awesome-gallery id=5051]

Comment as-tu été accueillie et surtout comment t’es-tu sentie dans ce milieu un peu différent de celui dans lequel tu évoluais auparavant ?

Je pense que j’étais portée par l’écriture même du projet. Le Palais de Tokyo se voulait être le lieu alternatif et en rébellion contre toutes les institutions classiques de l’art contemporain, un peu comme le PS1 à New York. Après, c’est vrai que j’avais parfois l’impression d’être le petit canard noir dans ce monde de l’art contemporain qui peut parfois être très hautain, mais j’étais tellement heureuse de m’ouvrir à toute cette nouvelle culture… Je commençais à me remplir et à remplir ma petite valise. C’est un peu l’idée du panier sans fond dans lequel on peut mettre tout ce qu’on veut tant qu’on a la passion et l’envie. C’est comme ça que je construis ma carrière.

C’est vrai que j’avais parfois l’impression d’être le petit canard noir dans ce monde de l’art contemporain qui peut parfois être très hautain.

2 ans plus tard, tu devenais attachée de presse de la boutique Colette à Paris, toujours dans l’idée de te challenger ?

C’est vrai que je n’avais aucune formation d’attachée de presse mais Colette offrait tellement de possibilités que j’ai dit « bingo ». J’y ai passé 7 ans pendant lesquels on a pu monter énormément de projets. On a sorti un magazine, organisé des soirées, les Colette Danse Class… Dès qu’on trouvait une idée pertinente, on se lançait.

Ce qui me plaisait c’était vraiment le fait d’être en dehors du cadre de l’entreprise classique, très hiérarchisée, avec des objectifs très précis. Chez Colette, c’était plutôt nous qui fabriquions nos objectifs et nos envies. Tout reposait sur une vibration constante et un turn-over de projets qui créaient une excitation et donc une attente.

F66A9215

En parallèle, j’ai développé d’autres projets. J’étais DJ, chroniqueuse à la télé, rédactrice pour des magazines… J’ai toujours eu besoin de multiplier les histoires.

Pourquoi ?

Je ne sais pas, je pense que c’est pathologique ! Ce n’est pas par lassitude mais vraiment plus par curiosité. Je ne suis jamais vraiment satisfaite de ce que je fais mais je suis toujours prête à découvrir quelque chose de nouveau et à prendre des risques. Je ne pourrais pas rester enfermée dans une boîte. Demain, je peux me retrouver à vendre des chouchous sur la plage si je sens que c’est ce qui me fait envie. C’est dangereux car je n’ai pas de limites et je peux me retrouver avec 40 projets à gérer en même temps mais c’est ce qui nourrit mon histoire.

Demain, je peux me retrouver à vendre des chouchous sur la plage si je sens que c’est ce qui me fait envie.

A cette époque, tu as aussi développé quelques projets (un blog et une marque de tee-shirts) dans le domaine du « Green » et du recyclage. Ce sont des sujets qui te tiennent à cœur ?

J’ai une forte sensibilité à l’écologie et une réflexion sur une mode nouvelle, plus pensée et engagée. Alors quand j’ai découvert ce qui se passait sur ces thématiques aux USA alors qu’il ne se passait rien en France, je me suis dit qu’il fallait qu’on se réveille. D’autant plus en faisant partie de la matrice d’un monde de surconsommation ! Sur ces deux projets l’idée était de faire passer des notions d’engagement via le prisme de l’entertainment qui est le mien.

© Ines Boulous

Après un passage chez Konbini, tu as monté ton agence NWA puis les Brunch Bazar et le Big Festival à Biarritz. Ça va très vite, non ?

En fait, je n’écris pas de business plan sur le long terme ! Si je rationalisais trop mes projets, je ne les réaliserais pas.

Par exemple, j’ai pensé aux Brunch Bazar quand j’étais enceinte, en me disant qu’il était hors de question que je me retrouve tous les dimanches au parc avec des mères de familles et des poussettes. Il manquait un événement qui réunisse les potes avec ou sans enfants, les petits et les grands autour d’un moment de partage un peu cool.

Quand j’ai eu cette idée, je me suis posée 10 minutes en me disant : « Soit je monte un dossier et un budget et je frappe aux portes pour trouver de l’argent, soit je me lance en allant chercher ma communauté de jeunes talents prêts à relever les manches et à se mettre en avant ! »

Si je rationalisais trop mes projets, je ne les réaliserais pas.

De manière générale, j’ai du mal avec l’idée de devoir écrire un plan quinquennal pour que les choses se fassent, je ne suis pas très patiente. J’ai aussi une capacité à me dire que si le projet doit mourir dans un an et qu’on ne peut pas aller plus loin, ce n’est pas grave. Ce qui me fait du bien c’est d’avoir des rêves et d’essayer de les réaliser, ne pas attendre d’être certaine de tout avoir sécurisé pour le faire.

Finalement, ce projet a grossi pour atterrir au palais de Tokyo avec 10 000 personnes ! Le but du jeu n’était pas de créer une grosse machine, c’est pour ça que je l’ai mis un peu en veille…

[awesome-gallery id=5053]

Après toutes ces expériences, tu as lancé ta marque de vêtements Amish Boyish en 2013. Qu’est-ce qui t’a décidée à te lancer ?

Ça faisait déjà 7 ans que j’avais ce projet en tête en ayant même le nom et le concept. À l’époque, je m’étais dit que j’irais bien chercher de vieux pulls irlandais pour les découper, mettre de la soie à l’intérieur et en faire de gros gilets. Évidemment, je n’ai pas réussi à pondre ce projet…

Ça faisait déjà 7 ans que j’avais ce projet en tête en ayant même le nom et le concept.

Et il se trouve qu’il y a deux ans, alors que je dînais avec une amie graphiste, Diane de Sérigny, et je lui ai dit que je n’avais pas envie d’être seule dans un bateau, je lui ai raconté mon histoire et elle a été emballée. L’idée était de monter une marque avec très peu de modèles en recherchant les iconiques du vestiaire homme/femme comme le teddy ou le sweat-shirt et développer une identité autour de la culture street-boyish et la culture amish que j’aime beaucoup, non pas pour la religion mais pour le vêtement. J’adore cette fracture entre une mode un peu garçon manqué et une sorte de pureté un peu « petite maison dans la prairie ».

Qu’est-ce qui t’inspire aujourd’hui ?

Ça fait un an que je m’interroge beaucoup sur le statut de la femme. J’ai encore un peu de mal à définir de quelle manière mais j’ai envie de m’engager sur ce sujet. Il y a une idée de transmission auprès de ma fille, de valeurs qui sont les nôtres. Le contexte économique et politique est encore un lieu d’action car il y a encore beaucoup d’injustices et d’inégalités à combattre.

Nadege Winter © Beaucrew