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« C’est important de choisir quand on a la chance de pouvoir le faire. »

Elle a commencé par vendre quelques pièces chinées sur Ebay pour aujourd’hui développer sa propre marque, Sézane. A seulement 29 ans, Morgane Sézalory compte déjà presque 200 000 fidèles en ligne et nous réserve encore bien des surprises. 

Où as-tu grandi ?

J’ai grandi à Kinshasa au Zaïre, et à l’âge de 5 ans, on est revenus vivre en France en banlieue parisienne, à la Garenne-Colombes.

D’où t’est venu ce goût pour la création ?

A 15 ans, j’ai passé une année aux USA et un an après mon retour j’ai décidé de passer mon bac en candidat libre, parce que j’avais vraiment du mal à me refaire au système « normal » après avoir vécu une telle expérience.

J’ai choisi de passer un bac littéraire option Arts-Plastiques pour avoir quelques points de plus, sachant que je n’avais jamais touché à un crayon ou un appareil photo de ma vie ! Finalement, en préparant mon dossier, je me suis éclatée, j’ai eu 19/20 à cette épreuve et ça m’a complètement ouverte à l’idée de choisir un parcours artistique – sinon je serais sûrement partie sur un parcours plus académique comme ma famille.

J’ai mis les vêtements en vente sur Ebay et ils sont partis comme des petits pains.

Pourtant, finalement tu n’as pas fait d’études ?

Non ! Après avoir eu mon bac, j’ai commencé à réfléchir à ce que je souhaitais vraiment faire et regarder les écoles d’art appliqués mais c’était très difficile d’entrer dans les écoles publiques qui me plaisaient sans avoir eu d’entraînement avant, et les écoles privées étaient chères. Surtout que je sentais bien que j’avais un don pour composer mais par contre je n’avais aucune idée précise de ce que je voulais faire. Pendant cette année, j’ai donc enchaîné les petits boulots. Et il se trouve que ma sœur est partie à Londres en laissant trois énormes sacs de fringues vintage. Chiner, c’était un peu la culture familiale. 

A l’époque, c’était vraiment les débuts d’internet et d’Ebay, on commençait tout juste à acheter en ligne. Pour une fille comme moi, Ebay US, c’était une mine d’or ! Du coup, j’ai pris ses fringues, je les ai rafistolées et je les ai prises en photo pour me faire de l’argent de poche… Et sans m’en rendre compte, j’ai mis les pièces en valeur. A l’époque, on n’avait pas de super appareils photo, du coup les gens mettaient des photos peu valorisantes, prises dans le noir. Moi je me suis juste dit que si je prenais la photo près d’une fenêtre ce serait mieux. Donc j’ai mis les vêtements en vente sur Ebay France et ils sont partis comme des petits pains.

Et puis, à un moment donné, comme je ne trouvais toujours pas d’école pour l’année suivante et que ça me plaisait bien de faire ça, je me suis mise à chiner et j’ai continué.

Tu gagnais ta vie comme ça ?

Oui, je gagnais un vrai salaire supérieur à un petit boulot d’étudiante ! Ça m’a permis d’auto-financer la suite de l’aventure.

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Comment es-tu passée d’Ebay à l’idée de développer ton propre site, les Composantes ?

A un moment, je me suis dit qu’Ebay n’était peut être pas le meilleur packaging et la plus grande solution d’avenir. Donc progressivement j’ai réfléchi à une solution pour avoir mon propre site et réaliser mes créations. C’était en 2007 et quelques mois plus tard j’ai perdu mon frère. J’ai fait une pause pendant quelques mois et en septembre, je me suis dit qu’il fallait que la vie reprenne, et je me suis lancée.

Une fois par mois, je proposais une sélection de pièces uniques à date fixe.

Quel était le concept du site ?

Une fois par mois, je proposais une sélection de pièces uniques à date fixe. L’idée était de créer un rendez-vous, car j’étais toute seule et c’était la seule la façon de pouvoir gérer. Quand on est jeune, c’est important de se fixer des dead lines ! Ça m’obligeait chaque mois à trouver 100 pièces, les avoir lavées, rafistolées, prises en photo… Ça me permettait aussi de tout vendre en une journée ; le lendemain, j’allais à la poste – au lieu d’y aller tous les jours – et ensuite je retournais chiner pour le mois suivant.

 J’ai commencé par la petite robe, le mois d’après le sac, ensuite une petite blouse… Et puis un jour, j’ai pu lancer 12 créations en même temps.

Comment as-tu commencé à travailler sur tes propres créations ?

Au fur et à mesure, il y avait de plus en plus de demandes de pièces uniques et moi j’avais super envie de créer une marque et de réaliser mes pièces.

Comme c’était auto-financé, je me suis dit : « Qu’est-ce qui est le plus essentiel pour moi ou pour les femmes qui m’entourent ? ». Et j’ai commencé comme ça : la petite robe, le mois d’après le sac, ensuite une petite blouse… Et puis un jour, j’ai pu lancer 12 créations en même temps.

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C’était déjà presque Sézane ?

En 2011/2012, il n’y avait plus que mes créations sur Les Composantes, ce qui était troublant parce que les gens ne comprenaient plus vraiment ce qui était vintage ou création. Et je me suis dit qu’il fallait que j’assume, même si je n’avais pas fait d’études, ce que je faisais était légitime.

Donc en 2012, j’ai décidé de transformer Les Composantes en Sézane. Ce nom est la contraction de mon nom et de mon prénom. C’est proche de moi mais tout le monde peut se l’approprier.

Tu as lancé ta marque toute seule ?

Pas vraiment… En 2009, j’ai rencontré mon mec, qui est aujourd’hui mon mari, et ça a été hyper porteur ! Surtout quand on est autodidacte et qu’on ne sait pas toujours où se placer dans la société. Il m’a énormément aidée à croire en moi, à le faire grandir. Il a travaillé sur le projet avec moi, les soirs, les week-ends…

Il m’a convaincue de trouver un associé pour gérer toute la partie administrative, opérationnelle et logistique.

Vous avez imaginé travailler en couple ?

Oui, mais finalement on a décidé de ne pas le faire tous les deux parce qu’on voulait vraiment préserver notre histoire.

Après avoir pris cette décision, il m’a convaincue de trouver un associé pour gérer toute la partie administrative, opérationnelle et logistique. Je ne me voyais pas du tout prendre un salarié, moi qui suis un électron libre, j’avais l’impression que j’allais être prisonnière de quelqu’un. Avec un associé, on est plus autonome et indépendant, même si on échange énormément.

C’est comme ça que Corentin m’a rejointe il y a 2 ans.

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Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Je l’avais rencontré par le biais d’une amie deux ans auparavant. A l’époque il travaillait sur le développement d’une marque pour homme et on avait eu un très bon feeling en se rencontrant. Et alors que j’étais en discussion avec une autre personne, le jour de la date butoir à laquelle je devais donner ma réponse, j’ai appris que Corentin quittait l’autre aventure ! Donc ça s’est fait vraiment par hasard, même si je suis convaincue que mon petit ange gardien n’y est pas pour rien…

Voilà maintenant 2 ans qu’on travaille ensemble et ça se passe super bien. Et on se marre vraiment parce qu’on est jeunes tous les deux et qu’on garde une certaine distance. On prend le truc très au sérieux, mais on a conscience que c’est de la mode et qu’il n’y a jamais de vrais problèmes. Il y en a des petits, mais on les prend avec beaucoup de philosophie.

On est passé de 2 à 10 !

Comment Sézane a évolué depuis 2012 ?

Progressivement, on a transformé le site internet. C’est allé très vite donc il a fallu tenir le cap, garder l’énergie de base et notre état d’esprit. On est passé de 2 à 10 ! Au début, on faisait tout tous les deux avec Thibault, mon mari, ma famille… Je sais qu’il y a des gens qui disent qu’on travaille trop mais on est tellement libres ! Pour nous, c’est super stimulant.

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Aujourd’hui, vous pensez ouvrir des boutiques ?

Non, ça n’est pas l’idée. Au départ, j’ai développé la marque sur internet car je n’avais pas les moyens de faire autrement. Mais finalement, j’ai vite eu la conviction qu’il fallait garder cette façon de faire car c’est la seule manière de proposer de beaux vêtements à des prix abordables. Une fois que tu as des intermédiaires ou une boutique qui te coûte des millions rue des Francs- Bourgeois, c’est plus pareil !

Par contre, on va bientôt ouvrir un appartement Sézane où les clientes pourront venir essayer les vêtements, où on proposera des expériences un peu uniques… Je veux un lieu où l’accueil soit magique, où les gens se sentent bien, où l’on puisse transmettre un vrai état d’esprit.

C’est important de choisir quand on a la chance de pouvoir le faire.

Comment te sens-tu aujourd’hui ?

Super bien ! Je pense que je ne réalise pas vraiment qu’aujourd’hui des gens travaillent pour Sézane alors que c’est parti d’une épreuve du bac, de 2/3 sacs de vêtements… Parfois, il faut y croire et garder un côté un peu insouciant…

On a qu’une vie et elle s’arrête vraiment sans prévenir, il faut bien garder ça dans un petit coin de sa tête. C’est important de choisir quand on a la chance de pouvoir le faire.

 

www.sezane.com

Une devise : On n’a rien à perdre, il faut tenter.

Un coup de chance : Ma rencontre avec Thibault, mon mari, et celle avec Corentin.

Un allié : Mes amis, mon mari, Corentin, mon frère…

Un coup dur : La mort de mon frère.

Un conseil : S’écouter et aller au bout de ses envies.