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« Tant qu’on peut se tromper, il faut le faire. »

Styliste pour la presse et la télévision, Marion aurait pu devenir une blogueuse mode successful. Pourtant, au lieu de partager ses derniers looks, elle a choisi de raconter ses histoires d’amour et sa vie de trentenaire à coups de gifs animés et de punchlines bien placées. En deux ans, son blog Je suis une vraie fille, a réuni 700 000 followers. Après une BD et un calendrier, Marion commence à toucher son rêve du doigt : Ecrire. Tant mieux, parce que nous, ça nous fait bien marrer.

Tu as lancé ton blog en 2012, quel a été ton parcours avant de lancer « Je suis une vraie fille » ?

Je viens de Nantes. Je suis venue vivre à Paris pour faire mes études de stylisme puis j’ai commencé à travailler en tant qu’assistante pour des magazines et la télévision, notamment pour les chaînes du groupe M6 et MTV. J’ai aussi travaillé pendant deux ans pour le magazine Elle, à la suite de quoi je suis devenue rédactrice mode. Depuis, j’ai fait des pages, des séries modes et des shoppings pour Grazia et Closer. Je travaille aussi en freelance pour des marques comme Sarenza par exemple.

Comme j’ai toujours eu des histoires d’amour un peu compliquées qui faisaient pas mal rire mes copines, je me suis dit que je pourrais peut-être parler de ça.

Comment t’est venue l’envie de créer un blog ?

De par mon activité de styliste, j’ai un gros pied dans internet, j’adore tout ce qui est Tumblr ou Pinterest… A l’époque, j’avais un blog mode sur lequel je postais des choses que j’aimais bien. Et un jour ma meilleure amie m’envoie un Tumblr sur les attachés de presse dans la mode à Paris. C’était simplement des gifs animés et légendés sur les stylistes et les tarés de la mode. Ça m’a fait bien rigoler !

Un soir, je n’avais rien à faire et je me suis dit que j’allais essayer d’en faire un. J’ai commencé à concocter un truc sur les stylistes comme moi. Je l’ai alors l’envoyé à ma pote en lui disant que c’était un site que j’avais trouvé et elle m’a répondu : « Ouais, c’est pas très drôle… ». Je me suis dit : « Bon ok… ». J’ai fermé le Tumblr que je venais de lancer 10 minutes plus tôt et j’ai réfléchi à ce que je pourrais faire.

Comme j’ai toujours eu des histoires d’amour un peu compliquées qui faisaient pas mal rire mes copines, je me suis dit que je pourrais peut-être parler de ça. J’ai donc créé un autre Tumblr, Je suis une vraie fille, et je lui ai envoyé. Là, elle m’a dit qu’elle trouvait ça super drôle et que dès que je serais prête, elle posterait ça sur son fil Twitter.

 

Comment s’est passé le « lancement officiel » ?

Dès le lendemain, j’ai alimenté le blog et ma copine l’a posté sur Twitter. Et alors là… C’était la journée la plus folle de ma vie je crois ! Il se trouve qu’une journaliste de l’Express Style l’a retweeté et ça a fait effet boule de neige. Chaque minute j’avais un nouvel abonné sur le blog. A la fin de la journée j’avais même des copines qui le postaient sur Facebook sans savoir que c’était moi ! J’ai eu 100 000 visites en une semaine. Des journalistes ont commencé à en parler dans leurs rédactions, j’ai commencé à avoir quelques parutions presse, puis j’ai été contactée par M6 pour 100% Mag…

C’était la journée la plus folle de ma vie je crois !

Tu t’attendais à autant d’enthousiasme ?

Non, mais je savais que le sujet était un bon terrain de jeu. Ça touche plein de filles et bizarrement pas mal de mecs. J’ai reçu des mails de garçons qui me disaient : « En fait, vous êtes comme nous, on est tous dans les mêmes galères ! »… Je pense que ça s’inscrit aussi dans une tendance un peu girl power, où les filles s’assument plus avec leurs défauts et leurs excès.

… D’ou le nom, « Je suis une vraie fille » ?

Je reconnais que si je devais le refaire aujourd’hui, je ne choisirais pas ce nom. J’ai reçu pas mal de mails de gens qui me disaient : « Mais c’est quoi être une vraie fille ? »… Moi je l’ai juste choisi parce que ma mère me disait souvent quand j’étais petite : « Tu es bien une vraie fille, toi… ». C’était pas pour dire, « je suis une vraie et les autres non »… C’est plutôt l’idée d’assumer sa face cachée et d’être sincère.

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Tu as l’air d’être vraiment en relation avec les internautes. Comment ça se passe entre vous ?

Quand j’ai lancé le blog, honnêtement, les premiers jours, j’ai failli arrêter parce que je ne pouvais pas m’empêcher de focaliser sur les messages négatifs, même s’il y en avait un sur 100. Il y a toujours des gens qui n’aiment pas ce que tu racontes ou qui aiment bien te signaler n’importe quelle faute d’orthographe… Finalement j’ai appris à prendre ça de manière constructive et pas personnelle.

Puis j’ai commencé à recevoir tellement de mails de gens qui me disaient :«  Je viens de me faire larguer comme une merde et je me rends compte que je ne suis pas la seule, ça me fait du bien de lire ça et de me dire que c’est pas grave… ». A un moment, je faisais carrément le courrier du cœur !

Il arrive de vivre des relations très courtes mais avec tellement de hauts et de bas que tu pourrais fournir un blog pendant un an !

Contrairement aux bloggeuses mode, tu as choisi de rester anonyme pendant les premiers temps. Pourquoi ?

Au début, je ne voulais pas que ça se sache parce que travaillant dans la mode, je vois beaucoup de blogueuses mode et j’ai un problème avec ça. Je trouve qu’il y en a trop et que ça n’est pas toujours bien fait, je suis très critique là-dessus. Je ne voulais pas tomber dans ce truc du culte de la personne ni être une cible qui peut aussi bien attirer les fans que les gens qui n’adhèrent pas du tout.

Quand le blog a commencé à être connu et que j’ai fait le reportage avec M6, là j’ai joué le jeu car ça faisait connaître le blog. Je trouve qu’il faut que ce soit justifié et pas juste un auto-kiff.

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Tu parles beaucoup de ton mec, ton ex, tes copines… Est-ce que tes rapports avec ton entourage ont changé ?

Même si je m’inspire de ma vie, sur le blog je développe parfois un personnage puisque par exemple dans la vie je suis en couple depuis 3 ans. Mais c’est vrai que parfois je vais trouver des gifs qui vont me faire penser à mon ex donc je vais parler de lui sur le blog et mon mec va me dire « Mais tu le croises vachement ton ex en ce moment ? » (rires). Ça ne l’empêche pas d’être super fan, et toujours très encourageant là-dessus…

En gros, c’est juste 30 ans de célibat qui reviennent parfois comme ça… Et il arrive de vivre des relations très courtes mais avec tellement de hauts et de bas que tu pourrais fournir un blog pendant un an !

Depuis le lancement, il y a eu un million de visiteurs uniques et 10 millions de pages vues.

Tu t’es fixé un rythme de travail pour « alimenter » le blog ?

Au début, je postais presque tous les jours, puis j’ai commencé à regarder le taux de fréquentation. Je me suis rendue compte que le week-end c’était pas trop la peine de poster, et que les pics de vues étaient à l’heure où les gens arrivaient au travail et à midi. Je faisais les choses de manière assez régulière, même s’il m’est arrivé de moins poster pendant plusieurs semaines.

Aujourd’hui, il y a moins de trafic mais encore pas mal de nouveaux abonnés tous les jours. En gros depuis le lancement, il y a eu un million de visiteurs uniques et 10 millions de pages vues. La première année, j’étais entre 6000 et 9000 visiteurs/jour, aujourd’hui un peu moins depuis que je travaille sur les projets annexes.

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Oui, tu as d’ailleurs sorti la BD « Je suis une vraie fille » et un calendrier. Comment ça s’est organisé ?

Un an après le lancement du blog, j’ai reçu un mail de la part d’une fille qui était stagiaire dans une maison d’édition, qui me disait qu’elle était super fan du blog et qu’elle voulait me présenter à son patron pour voir si on pouvait travailler ensemble. Au même moment, une autre maison d’édition me contactait aussi. Je les ai rencontrées à deux jours d’intervalle et chaque maison d’édition m’a proposé un projet. Je pensais que je devrais choisir et finalement ils m’ont dit que les deux projets n’étant pas concurrentiels, je pouvais faire les deux : une BD et un calendrier.

Il y avait des nanas qui me disaient : « Mais tu as mis des caméras chez moi pour savoir à tel point quelle est ma vie ? ».

Pour la BD, je leur ai envoyé quelques essais, qu’ils ont fait suivre à une illustratrice que je ne connaissait pas, et un mois plus tard ils sont revenus vers moi avec les dessins. J’ai rencontré Lulu, on a bu un café et c’était comme si on s’était connues toute la vie… Quand la BD est sortie, on l’avait tellement imaginée que j’avais du mal à me dire que c’était ça… Puis je suis allée à la FNAC et j’ai vu le mur de livres ! J’étais toute seule, j’ai poussé un petit cri genre « Ouahhhhh c’est moi ». Les gens ont dû me prendre pour une dingue… Quand on fait les dédicaces, c’était génial de voir les réactions des filles en train de lire la BD dans la file d’attente. Il y avait des nanas qui me disaient : « Mais tu as mis des caméras chez moi pour savoir à tel point quelle est ma vie ? ». On est toutes différentes mais en fait on est toutes pareilles.

Le calendrier est sorti en octobre. Comment tu es intervenue là-dessus ?

C’est un calendrier sur le même principe que le Tumblr : un billet d’humeur par jour avec une image et un texte. Il y a des tests, des choses du quotidien, j’ai testé plein d’autres trucs, ça m’a permis de travailler un peu différemment…

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Au fur et à mesure, tu consacres donc de plus en plus de temps à l’écriture…

Oui, en fait ça a toujours été mon rêve d’écrire des livres, notamment des romans de cheek-lit, les trucs que tu lis au bord de la piscine pendant les vacances. Avec ma meilleure pote, on s’était même dit qu’on allait partir deux mois en vacances, elle pour écrire un album et moi mon livre. On va voir comment ça évolue mais c’est un truc que j’aimerais faire.

Aujourd’hui, tu es toujours styliste ? Tu aimerais te consacrer juste à l’écriture ?

Oui, je suis toujours styliste, c’est comme ça que je gagne principalement ma vie. Mais je pense travailler de plus en plus avec des marques pour pouvoir passer un peu de temps à développer des projets moins lucratifs, comme l’écriture. Je fais un peu ma crise de la trentaine en ce moment, donc je fais du tri dans ma vie pour savoir ce vers quoi il faut que j’aille. Puisque je n’en suis pas à me marier et fonder une famille pour le moment, je veux développer d’autres projets qui peuvent être tout aussi épanouissants.

http://jesuisunevraiefille.tumblr.com

Marion Malabre