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 Pour nous, ce rêve de voyage passait en premier. On ne voulait pas avoir de regret.

Marine et Louis avaient le projet fou de partir pour un tour du monde. Comme ils aiment bien manger et cuisiner, ils ont aussi décidé d’en profiter pour s’incruster dans les cuisines des habitants. Ils ont monté leur projet, réuni un budget et préparé leur sac à dos ! Après six mois passés à voyager, ils sont rentrés avec des milliers d’heures de vidéo et des centaines de recettes. Aujourd’hui, Food Sweet Food est même devenu bien plus qu’un beau souvenir…  

D’où venez-vous et depuis quand vous connaissez-vous ?

Marine : Je suis parisienne et Louis a vécu pas mal de temps à l’étranger, en Inde ou en Arabie Saoudite… Et on est en couple depuis quelques années maintenant !

Avant Food Sweet Food, vous aviez beaucoup voyagé ?

Marine : Oui, depuis qu’on se connaît, on a pris l’habitude de bouger ensemble ou avec des amis dès que nos finances nous le permettent.

Quelles études avez-vous suivies ?

Marine : J’ai fait une école de communication et une spécialisation en management culturel à l’ESCP. J’ai aussi fait beaucoup de théâtre en parallèle.

Louis : J’ai aussi étudié à l’ESCP, en commerce.

Quelle était l’idée de départ de Food Sweet Food ?

Marine : On avait ce vieux rêve de faire le tour du monde à la fin de nos études, et on avait envie de monter un vrai projet autour de ça. Très vite, on a pensé à la cuisine parce qu’on est hyper gourmands et qu’à chaque fois qu’on partait en voyage, ce que l’on racontait à nos proches, c’était toujours des moments autour de la cuisine.

Notre idée était de faire un tour du monde du repas chez l’habitant, d’aller cuisiner et manger chez des gens rencontrés au fil de notre voyage.

A quel moment de vos vies ce projet a-t-il pris forme ?

Louis : On était tous les deux en formation en alternance dans des entreprises. Je faisais de la stratégie dans un grand groupe anglo-saxon, et Marine était dans une agence de communication. Mais pour nous, ce rêve de voyage passait en premier. On ne voulait pas avoir de regret. On avait 25 ans et c’était le meilleur moment pour se permettre ça. Nous n’avions pas de promesses d’embauches, mais de bons espoirs de retrouver nos jobs au retour !

On avait estimé avoir besoin d’environ 20 000 euros pour partir 6 mois. On était sur tous les coups pour récupérer du budget !

Comment avez-vous réuni le budget nécessaire ?

Louis : Au départ, on n’avait pas un rond ! En plus, moi j’ai un prêt étudiant de 30 000 euros, donc il fallait qu’on trouve de l’argent. On avait estimé avoir besoin d’environ 20 000 euros pour partir six mois. On était sur tous les coups pour récupérer du budget ! J’avais trouvé une centaine de sites en lien avec la cuisine et j’envoyais des mails à tout le monde ! Sur les cent contacts, j’ai dû en rencontrer seulement trois ou quatre mais ça nous a fait avancer. On a même rencontré le PDG de Marmiton qui nous a bien conseillés.

Puis on a trouvé quelques partenaires qui nous ont soutenus financièrement comme BedyCasa, qui propose des logements chez l’habitant. On a aussi lancé une cagnotte sur KissKissBankBank grâce à laquelle on a récolté plus de 5000 euros. On a eu ensuite le Prix « Paris Jeunes Aventures » de la Mairie de Paris à hauteur de 1500 euros. En tout, on a levé 10 000 euros en trois mois, ça a été super rapide. Puis, les derniers mois, on est retournés habiter chez nos parents pour mettre de l’argent de côté.

Marine : Quoi qu’il en soit, on savait que le 26 mars on serait dans l’avion. Sinon tu as toujours des raisons de repousser, d’attendre d’autres partenaires… On se disait : « C’est pas grave, on se débrouillera si on n’a pas bouclé le truc mais on y va. »

 Comment ont réagi vos proches ?

Marine : Il y en avait qui disaient : « Votre truc c’est une arnaque, vous partez avec la caisse » ou « Mais tu te rends compte de la chance que t’as d’avoir un boulot ! » Plein de gens ont essayé de nous décourager… Même certains partenaires potentiels nous regardaient en disant : « Non mais vous n’allez pas bien ? Votre projet, ça ne veut rien dire ! » Si, ça veut dire un truc et c’est une expérience de fou.

Trois jours après notre départ de Paris pour le Liban, on a été contactés par deux boîtes de prod’ qui souhaitaient travailler avec nous.

Vous aviez aussi un projet vidéo ?

Marine : Au départ, l’idée était de faire de courtes vidéos de trois minutes sur chaque repas que l’on partageait chez l’habitant pour les diffuser sur notre site web. Mais trois jours après notre départ de Paris pour le Liban, on a été contactés par deux boîtes de production audiovisuelle qui souhaitaient travailler avec nous. Du coup, ça a pris pas mal d’ampleur et on a commencé à tourner dans l’idée de réaliser des formats plus longs pour la télévision (26 ou 52 minutes).

Mais vous saviez filmer ?

Louis : On a eu notre première caméra entre les mains deux semaines avant de partir et on a appris à monter sur le tas. Ça nous a pris énormément de temps mais on s’en est sortis et la production nous a pas mal aidés à distance. On montait tout sur place pour pouvoir mettre les vidéos en ligne directement.

 Quel était votre itinéraire ?

Marine : On a choisi les pays selon différents critères : il fallait qu’ils aient un fort patrimoine culinaire et on voulait découvrir des cultures très différentes.

Louis : On est allés au Liban, en Inde, au Népal, en Chine, au Viêtnam, en Thaïlande, au Japon, au Mexique, au Pérou et au Brésil.

Marine : On a pris un billet tour du monde pour les grandes étapes. On arrivait à l’aéroport avec nos sacs à dos, on achetait un guide et on voyait sur place où on allait en fonction des rencontres que l’on faisait. On essayait de voir le maximum de choses dans chaque pays. On se faisait conseiller par les locaux ou des bloggeurs pour construire notre itinéraire. Au final ça se mettait en place hyper vite. On arrivait dans une ville, on sortait notre caméra, on allait directement sur les marchés et on passait des matinées entières à parler avec les gens. Du coup, en posant des questions sur les produits ou les recettes, on arrivait facilement à être invités.

C’était très simple, les gens nous disaient : «  Ah, mais tu as envie de venir manger chez moi ? Ok pas de problème, viens dans une heure, j’habite là. »

On a aussi été contactés par des gens qui suivaient notre projet sur Internet et qui voulaient partager l’aventure avec nous. Ça a été le cas au Mexique, à Jalapa, dans le Veracruz. On s’est fait un marathon de la bouffe. En deux jours, on a dû faire huit repas ! Les gens sont tellement fiers de faire découvrir leur culture qu’ils ne te lâchent pas tant que tu n’as pas goûté toutes leurs spécialités.

Vous avez dû prendre vingt kilos ?

Marine : Non ! Mais cela dit, dès les premiers jours au Liban, Louis a pris cinq kilos et moi trois ! On s’est dit : « Bon, si ça commence comme ça, on ne va pas pouvoir tenir ! »

Vous participiez aux courses ?

Louis : Oui, on payait les courses. C’était aussi une façon de les remercier et de participer au repas, même si parfois ils n’acceptaient pas. Ça a aussi permis à des familles très pauvres de se faire des « repas de fête ».

Dans quel genre de familles avez-vous mangé ?

Marine : On a vraiment balayé toutes les classes sociales. On s’est trouvés dans une rizière à pêcher l’anguille en Thaïlande ou au Japon à manger du bœuf de Kobe. Mais il n’y a pas forcement de corrélation entre la classe sociale et la qualité de la nourriture que tu vas manger.

Quel est le meilleur plat que vous ayez mangé ?

Louis : C’est hyper dur à dire parce que finalement, ce n’est pas tant la nourriture qui fait un bon repas. C’est vraiment l’ambiance qui fait que le moment reste inoubliable.

Marine : C’était incroyable à quel point on a été bien accueillis… Je ne sais pas ce qu’on a dégagé ou quelle étoile on avait au-dessus de nous.

Louis : Je pense que notre intuition du début a été la bonne. Aux quatre coins du monde les gens adorent cuisiner et faire découvrir leurs recettes. Ils voulaient vraiment rendre hommage à leur pays.

Qu’avez-vous mangé d’improbable ?

Louis : On a bu du sang de serpent au Viêtnam… Ils sortent un serpent, l’égorgent, versent le sang dans un verre et lui enlèvent le cœur qu’ils mettent dedans alors qu’il bat encore… Ensuite, tu bois le tout ! On a aussi mangé pas mal d’insectes ou du cochon d’Inde au Pérou. Mais le pire truc qu’on ait mangé est l’estomac de grenouille. C’était en Thaïlande. On nous a dit : « Aujourd’hui, on va aller chasser notre repas dans les rizières.» Le but était d’attraper tout ce qu’on pouvait avec un lance-pierre et une bouteille (poissons, anguilles…). Puis, l’homme avec qui on était a chassé cette grenouille. Je l’ai regardé en me disant : « Non, là tu te fous de nous. » Il l’a croquée en deux, du coup j’ai dû la manger aussi. C’était horrible.

Vous avez-eu des moments difficiles ?

Louis : On n’a pas eu de gros problèmes. On n’a pas eu non plus de gros stress médical et on ne s’est jamais rien fait voler alors qu’on se baladait quand même avec 5000 euros de matos sur nous.

Marine : Une fois, on a eu une grosse frayeur au Brésil. On s’est enlisés en bateau en pleine Amazonie. Le voyage devait durer deux jours, au final il nous en a fallu quatre… En plus, on devait absolument prendre l’avion 10 heures après. On a fait tout le Brésil de nuit en barque, puis taxi, puis re-barque, puis re-taxi… On s’est retrouvés dans des ports avec tout notre matos, les disques durs dans le soutif… On a flippé. Finalement, on a eu notre avion.

On a vraiment essayé de bien faire les choses du début à la fin. Du coup ça a enclenché une mécanique qui nous a un peu dépassés et on a atteint un stade que l’on n’avait pas imaginé.

Quelles sont les retombées de ce voyage aujourd’hui ?

Marine : On est rentrés en octobre 2013 avec des milliers d’heures de rushes et 70 000 photos. En ce moment, on travaille sur notre documentaire avec une boîte de production.

Louis : On a aussi été contactés par un grand groupe d’édition, pour publier un livre de 336 pages, avec toutes nos recettes, nos histoires autour des plats et nos rencontres.

On a vraiment essayé de bien faire les choses du début à la fin. Du coup ça a enclenché une mécanique qui nous a un peu dépassés et là on atteint un stade que l’on n’avait pas imaginé.

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Qu’est-ce que vous avez retiré de cette aventure ?

Louis : La cuisine est vraiment un sujet hyper fédérateur et partout dans le monde tu retrouves des gens passionnés qui sont prêts à t’ouvrir leur porte.

Marine : Et d’un point de vue plus personnel, lorsque tu crois en ton projet, même si au début tu as l’impression que c’est un peu fouillis, que tu ne sais pas trop comment ça va se faire, avec un peu d’acharnement et beaucoup de passion, les gens sont là. Quand on parlait de notre projet aux gens chez qui on allait, ils devenaient de véritables ambassadeurs qui communiquaient et en parlaient autour d’eux. C’est eux qui ont fait l’aventure.

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www.foodsweetfood.org

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Interview : Marie Ouvrard 
Photos : Marie Ouvrard, Marine & Louis
Illustration : Beaucrew

Interview du 13 juin 2014