Marine Bidaud - Le Fooding

« On sentait qu’on pouvait bien manger et profiter de la cuisine différemment ».

A 10 ans, Marine rêvait de dîner à la Tour d’Argent. Passionnée de cuisine et ultra-motivée, elle a rejoint l’aventure Fooding en tant que stagiaire il y a 12 ans. Aujourd’hui associée à Alexandre Cammas, elle conçoit des événements plus dingues les uns que les autres et assure la direction artistique du « label culinaire ».

Où as-tu grandi et quels sont tes premiers souvenirs de cuisine ?

Je suis née et j’ai grandi à Paris. J’ai toujours été passionnée par la cuisine. Toute petite, c’était mon obsession. Je passais beaucoup de temps dans la cuisine avec ma mère et ma grand-mère. Je fantasmais complètement sur les restaurants, je bidouillais des recettes…

Pour mes dix ans, quand ma mère m’a demandé ce que je voulais comme cadeau d’anniversaire, je lui ai dit que je voulais aller dans le plus grand restaurant du monde ! Pour moi, à l’époque c’était la Tour d’Argent…

Pour mes dix ans, quand ma mère m’a demandé ce que je voulais comme cadeau d’anniversaire, je lui ai dit que je voulais aller dans le plus grand restaurant du monde !

Quelles études as-tu suivies ?

J’ai fait des études en marketing et management culturel à la Sorbonne et j’ai aussi étudié l’Histoire de l’Art en parallèle. Puis j’ai fait un stage au Musée d’Orsay et je me suis rendue compte que ce n’était pas pour moi. C’est à ce moment-là que j’ai décidé de faire mon dernier stage dans le domaine de la cuisine.

Pourtant à l’époque, ce milieu-là n’était pas super sexy…

C’est vrai que c’était vraiment la période Maïté à la télé et les métiers de la cuisine étaient encore passablement méprisés.

Comme j’étais dingue de presse et très curieuse de tout ça, je lisais tout : Elle à Table, Femme Actuelle, les recettes des journaux les plus nazes… Mais je lisais aussi le Nova Mag et les suppléments Boire & Manger dont Alexandre Cammas était le rédacteur en chef. Alors je me suis mise en tête de le rencontrer.

 Le Fooding

Tu es arrivée à tes fins ?

Oui ! J’ai appelé Nova : impossible de joindre Alexandre Cammas, qui était déjà très débordé… Du coup, j’ai décidé de mettre au point une opération commando : j’ai envoyé un mail par jour et passé un coup de fil par semaine pendant un mois et demi, pour qu’il me reçoive et me prenne en stage.

Quand j’ai réussi à obtenir un rendez-vous, je suis arrivée avec un énorme panier gourmand pour montrer que je m’y connaissais un peu. Alexandre n’était pas là mais j’ai quand même été prise en stage pour 2 mois. C’était en 2003.

Il avait écrit le mot Fooding (Food + Feeling) et s’en est servi comme étendard pour parler de la cuisine autrement et de manière plus décomplexée.

A l’époque, le Fooding, c’était quoi ?

C’était encore très confidentiel. Alexandre était rédacteur en chef des hors-séries et journaliste gastronomique en parallèle. Il avait écrit le mot Fooding (Food + Feeling) et s’en est servi comme étendard pour parler de la cuisine autrement et de manière plus décomplexée. Ça correspondait à un moment où on sentait qu’on pouvait bien manger et profiter de la cuisine différemment, et qu’il y commençait à y avoir autre chose entre le bistro et la cuisine gastronomique.

Marine Bidaud - Le Fooding

Finalement tu es restée bien plus longtemps que deux mois ?

Oui, parce que c’était fait pour moi ! Au bout d’un mois de stage, Alexandre m’a proposé de rester et au bout de 6 mois, d’être associée.  

Ma mission était de faire le Grand Fooding d’été en province. Au début, on était dans la salle de la photocopieuse de Nova, chez Jean-François Bizot. Il y avait la radio, le magazine, j’étais complètement fascinée par ce qui se passait.

C’était un grand pique-nique urbain : 1500 m2 de vrai gazon (à poser nous-mêmes), des chefs qui venaient cuisiner, des DJ…

Combien vous étiez à l’époque ?

On était 4, on faisait absolument tout ! On découpait des bouts de papiers pour présenter la maquette et quand Bizot arrivait à minuit en disant que c’était de la merde, il fallait tout refaire… Je comptais les prospectus, je nettoyais les verres pendant les événements…

On a commencé par le Grand Fooding d’Eté sur le quai François-Mitterrand à Paris. C’était un grand pique-nique urbain : 1500 m2 de vrai gazon (à poser nous-mêmes), des chefs qui venaient cuisiner, des DJ… On devait être 500, finalement il y avait 2000 personnes, c’était dingue ! Ensuite, on a fait la même chose en province, à Marseille, Roubaix, Nantes, Toulouse etc…

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On a l’impression que vous vous sentiez investis d’une mission ?

Complètement, puisque tout était possible. On avait une autoroute devant nous, tout ce qui existait était chiant ou moche. On a travaillé comme des dingues… Pendant 8 ans, on n’a pas eu d’horaires ni de vacances. A l’heure du déjeuner, on était tellement crevés qu’on fermait le bureau à clé, on mettait des nappes sous les bureaux et on dormait…

Je dirais qu’il y a deux grandes figures qui ont marqué ma génération : Yves Camdeborde et Inaki Aizpitarte.

Selon toi, comment a évolué la cuisine ces dernières années ?

Je dirais qu’il y a deux grandes figures qui ont marqué ma génération : Yves Camdeborde et Inaki Aizpitarte. Ils ont chamboulé les codes et se sont affranchis des codes.

Inaki a été une révélation pour moi. Il n’avait pas fait d’école de cuisine et sa liberté était totale. Il a eu 15 vies avant la restauration et on a vite compris qu’il avait une approche vraiment différente des autres.

Le Fooding

Et de votre côté, comment le Fooding a-t-il suivi le mouvement ?

Un des grands moments pour nous a été la sortie de notre Guide « en solo ». On est devenus complètement autonomes en 2007. Puis on a ouvert un bureau à New York et un autre à Milan pour développer des projets à l’étranger. On fait des événements dans ces villes depuis 2009.

Quel est ton souvenir le plus dingue ?

Celui qui m’a le plus ému est le premier événement que j’ai fait. C’était le Grand Fooding d’été à Marseille, on avait très peu de moyens, on était trois à travailler là-dessus comme des malades.

Et plus récemment, on a fait un événement avec Alain Passard, « Passard et les Arpégiens » avec San Pellegrino. C’était super de voir Alain Passard travailler avec les grands chefs qu’il a formés comme Bertrand Grébaut, David Toutain…

Remember Le Grand Fooding New York 2011 par Lefooding

Aujourd’hui, quelle est votre ambition ?

On aimerait se développer sur les nouveaux médias et densifier notre contenu. Par ailleurs, on va fêter en 2015 les 15 ans du Fooding donc d’un point de vue événementiel ça va être une grande fête.

Souvent avec Alexandre on se demande ce qu’aurait fait Jean-François à notre place…

15 ans plus tard, qu’est-ce qui reste de l’époque Jean-Francois Bizot et Nova ?

Jean-Francois Bizot nous a quittés mais il plane toujours au-dessus de nos têtes. Souvent avec Alexandre on se demande ce qu’aurait fait Jean-François à notre place… L’esprit est resté le même, on a juste grandi. Alexandre a 43 ans, j’en ai 33, on est un peu plus professionnels et toujours aussi motivés et passionnés.

 Marine Bidaud - Le Fooding