Marie Courroy Modetrotter © Encore Magazine Marie Courroy est la fondatrice de Modetrotter, un e-shop où l’on remplirait bien son panier tous les jours. Depuis 2008, elle met en avant les créateurs qu’elle aime et qu’elle sélectionne en suivant son instinct plutôt que la tendance. Et comme Marie suit ses envies, elle développe aujourd’hui sa propre marque. 

Où as-tu grandi ?

J’ai grandi dans les Hauts-de-Seine, à Ville-d’Avray.

Petite, tu avais déjà une idée de ce que tu voulais faire ?

Je voulais faire du marketing sans trop savoir pourquoi et surtout ce que ça voulait dire… J’avais sûrement entendu des discussions d’adultes qui disaient : « Je suis au service marketing », et je trouvais ça cool.

Tes parents travaillaient dans ce milieu ?

Non, mon père est médecin spécialisé dans le genou et les arthroscopies et ma mère est infirmière.

Je suis restée dans la mode même si bizarrement ça s’est vraiment fait par hasard.

Quelles études as-tu suivies ?

J’ai fait une école de commerce puis j’ai poursuivi avec un BAC+5 en négociation internationale, j’ai passé six mois à Madrid. Mon appartement était situé juste au-dessus d’une boutique super canon où ils vendaient la marque Vanessa Bruno, que j’adorais. J’ai donc postulé là-bas pour un stage et j’y suis restée. J’étais au commercial/export, je vendais les collections aux clients. Je n’étais pas passionnée par ce que je faisais mais j’ai eu la chance de travailler pour cette marque au moment où elle a explosé. C’était une carte de visite en or qui m’a permis de trouver facilement du travail ensuite aux Prairies de Paris puis chez Ba&sh. Je suis restée dans la mode même si bizarrement ça s’est vraiment fait par hasard.

Modetrotter © Encore Magazine
Tu avais tout de même une sensibilité mode ?

Oui, j’ai toujours aimé ça. Plus jeune, j’adorais essayer de créer des choses même si je n’étais pas forcément douée… Au lycée j’avais même monté une petite marque de fringues qui s’appelait Fée Main. Je peignais d’immenses ailes d’anges sur des vestes, toutes mes copines m’en commandaient. C’était à la mode à l’époque…

Quand j’ai eu cette idée, je me reconnaissais dans tout, je savais que c’était parfait pour moi, que c’était exactement ce que j’avais envie de faire.

Comment as-tu eu l’idée de ModeTrotter ?

J’ai toujours eu en tête de monter ma boîte, mais je ne savais pas trop dans quoi. J’avais deux-cents idées par jour mais ça n’allait jamais plus loin. C’est chez Ba&sh que je me suis rendu compte que les vendeuses me demandaient mon avis et que j’adorais me prêter au jeu. C’est comme ça que j’ai eu l’idée de faire mes propres sélections de vêtements et de faire un joli site pour les vendre. Parce qu’il faut dire qu’à cette époque, il n’y avait que des sites qui se ressemblaient tous et qui proposaient les mêmes fringues. Je voulais faire quelque chose de plus cool et qui puisse parler à toutes les femmes. Quand j’ai eu cette idée, je me reconnaissais dans tout, je savais que c’était parfait pour moi, que c’était exactement ce que j’avais envie de faire.

Comment as-tu commencé à développer le projet ?

Je travaillais la journée chez Ba&sh et le soir sur Modetrotter, je passais tous mes week-ends là-dessus. En plus je n’y connaissais rien en web, je n’avais même pas d’ordinateur chez moi donc il a fallu que je m’y mette un peu… Ça n’a pas toujours été facile, mais je n’ai jamais douté. J’ai trouvé un graphiste et j’ai commencé à mettre en place tout l’administratif pour me lancer. Puis j’ai regardé tout ce qui se faisait, j’ai fait beaucoup de salons, je suis allée à New York et j’ai fait mes sélections. Je choisissais vraiment en fonction de mes goûts même si pour des questions de budget j’ai commencé avec des marques peu connues comme Roseanna ou Heimstone.

Et quand la saison a été terminée, j’ai quitté Ba&sh. Ça s’est vraiment fait naturellement car tout le monde comprenait ma démarche.

 Je n’y connaissais rien en web, je n’avais même pas d’ordinateur chez moi donc il a fallu que je m’y mette un peu…

Pour lancer une boutique en ligne, il faut acheter la marchandise. Avec quels fonds as-tu démarré ?

Mon père nous avait donné de l’argent (à mes frères et sœurs et à moi) pour nous acheter un appartement. Moi j’ai choisi de mettre cet argent dans mon projet plutôt que dans l’immobilier. Les deux premières années, je ne me suis pas payée mais ça faisait partie du jeu. Je n’avais pas d’enfant donc je pouvais manger des pommes de terre, ça ne me dérangeait pas. De toutes façons, quand tu montes une boîte, c’est normal de faire quelques sacrifices financiers sauf si bien sûr tu as beaucoup de chance et que tout roule direct.

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Et tu as eu un peu de chance ?

Oui, un peu. Au début par exemple j’ai eu la chance d’avoir un article dans le magazine Jalouse deux jours avant le lancement du site. Quand il est sorti j’ai eu cinq ou six commandes en une journée même si dans le lot il y avait ma cousine, ma mère et ma meilleure amie… Le premier mois j’ai dû gagner 3 000 euros alors que j’étais totalement inconnue au bataillon, j’étais trop contente. Puis, la presse appelant la presse, tout s’est enchaîné.

C’était un peu chaud car pendant deux ans j’ai tout fait toute seule, je n’avais même pas le temps de prendre un stagiaire et lui expliquer quoi faire ! Je ne sortais pas la tête de l’eau mais je me suis découvert des capacités de travail que je n’imaginais pas avoir. Quand tu es salariée, tu es cloisonnée dans ton activité alors que là tu dois toucher à tout, parfois il faut travailler 15 heures par jour et les week-ends mais ce n’est pas un problème, même si c’est difficile.

Ça a été ma première douche froide du milieu des affaires, j’ai été super blessée. Ça m’a servi de leçon pour la suite…

Tu as eu des périodes difficiles à gérer ?

Oui, une en particulier, quand une personne très connue du milieu de la mode m’a appelée pour investir dans ma boîte et qu’après m’avoir fait mariner pendant six mois elle m’a totalement plantée du jour au lendemain. Elle m’avait déjà fait commander pour plus de 100 000 euros de marchandise et il ne me restait pas plus de 5 000 euros sur mon compte… Le hasard de la vie a fait que j’ai rencontré des actionnaires qui ont investi au dernier moment. Ça a été ma première douche froide du milieu des affaires, j’ai été super blessée. Ça m’a servi de leçon pour la suite…

Modetrotter © Encore Magazine

Aujourd’hui, quel est ton quotidien ?

Aucune journée ne se ressemble ! Par exemple aujourd’hui on prépare un shooting, on a aussi reçu de nouveaux produits donc il y a toutes les photos à faire pour les mettre en ligne. On cherche aussi un prestataire pour notre collection de sweats… Il y a plein de choses à faire !

On imagine souvent que pour percer dans la mode, il faut avoir un réseau et faire partie du milieu mais en fait pas du tout.

Tu fréquentes un peu le milieu de la mode ?

Ce n’est pas un milieu que je fréquente à part deux ou trois personnes que je connaissais déjà avant Modetrotter. A vrai dire, je m’en fiche un peu des soirées, des défilés… Puis je n’ai pas envie d’être influencée par ce qui se fait ailleurs… Je préfère me concentrer sur ce que j’aime et proposer ce qui me correspond plutôt que de suivre la tendance.

On imagine souvent que pour percer dans la mode, il faut avoir un réseau et faire partie du milieu mais en fait pas du tout. N’importe qui peut travailler dans la mode. Par contre le luxe est effectivement un milieu bien plus compliqué à intégrer.

Modetrotter © Encore Magazine

Certaines personnes t’ont aidée à développer Modetrotter ?

Oui, je pense notamment à Sébastien, l’un des fondateurs de Vestiaire Collective. Dès le début, il m’a dit : « Marie, tu as une mine d’or entre les mains, il faut que tu en fasses un truc génial, je vais t’aider. » Et à chaque fois que j’ai eu besoin de conseils, il a toujours répondu présent. J’ai aussi eu beaucoup de soutien de mon ancienne équipe de chez Ba&sh. J’ai la chance d’avoir autour de moi des gens bienveillants sur qui je peux compter.

Aujourd’hui notre objectif est de développer notre propre marque car je crois de moins en moins aux multimarques sur Internet.

Comment envisages-tu les années à venir ?

Aujourd’hui notre objectif est de développer notre propre marque car je crois de moins en moins aux multimarques sur Internet. Quand j’ai commencé avec Heimstone et Roseanna, elles avaient cinq points de vente sur toute la France, aujourd’hui elles en ont cent-cinquante…Elles ont aussi leur propre e-shop où elles peuvent faire ce qu’elles veulent, notamment des soldes que je ne peux pas me permettre de faire.

Et comme je suis aussi quelqu’un qui se lasse assez vite, j’avais besoin d’un second souffle. Je suis super contente de pouvoir toucher un peu plus à la création et je commence à avoir une petite expertise mode donc développer la marque Modetrotter est vraiment mon nouveau challenge.

www.modetrotter.com

Marie Courroy © Beaucrew

Interview & Photos : Marie Ouvrard