Bien sûr, il y a les constats bien connus : fin du papier, mort de la presse, dématérialisation des contenus, boom du numérique etc. OK, bien reçu Houston. Mais comment remplacer le plaisir étrange, un peu obsessionnel, d’aller acheter un titre, le toucher, le feuilleter, le sentir, le choisir ? Acheter et lire la presse,
c’est soutenir et encourager ceux qui la font. Finalement, continuer à éditer des titres singuliers et originaux en 2017, cela peut être un acte militant, une crise d’ado tardive, une rébellion un peu rock’n’roll.
Voici une sélection de dix médias français, beaux et intelligents, qui ont fait du papier un engagement éditorial fort et qui proposent une lecture intemporelle, loin de l’actualité déchaînée. Et ça, ça fait toujours du bien.

Print is not dead !

Les Others – Prends ton sac, on se casse

Les Others a été lancé par Thomas Firh, Nicolas Legras et Baptiste Picard-Deyme en 2012 sur le web et en 2015 en version papier. Le magazine bi-annuel est une invitation au voyage, à la déconnexion, à l’évasion. “Notre ligne éditoriale célèbre notre amour pour l’aventure, notre admiration pour la nature et les grands espaces et notre passion pour les belles images […] Notre objectif est de proposer aux lecteurs une expérience franche et immersive grâce à des publications à mi-chemin entre un journal de bord et un livre d’art.” confie Thomas.

Les Others se sont ceux qui racontent leurs histoires mais aussi ceux qui les lisent et ceux qui travaillent au côté de la team : “Au total, ça fait plusieurs centaines de personnes qui ont bossé sur le projet depuis 2012, et au risque de paraître un peu cheesy, on considère que tout ce beau monde fait partie des « others ». »

À noter dans ton agenda : Du 09 au 11 juin 2017, la team organise le premier festival parisien pour les amoureux d’aventure, Le Fresh Air Festival. A découvrir sur place en avant-première, le numéro cinq tout juste sorti de l’imprimerie.

www.lesothers.com

PAPIER – Less is best

Le trimestriel a été créé en 2016 par les membres du studio de création parisien Dimanche Edition, Léopoldine Siaud et Thomas Symonds. “Nous nous sommes rencontrés à Penninghen, en école de direction artistique, et l’aventure PAPIER a commencé en dernière année. Nous avions constaté et subit le manque de publications consacrées purement à l’illustration et avions envie de sortir le projet des murs de l’école.” raconte Léopoldine.
Pour chaque numéro, des dizaines d’illustrateurs des quatre coins du monde sont invités à mettre en scène leur interprétation d’une thématique : le sport était à l’honneur du premier numéro, le luxe du deuxième.
La particularité du magazine est de ne comporter ni édito ni articles. Pas une ligne si ce n’est, dans le cahier central, de courtes biographies en français et en anglais des artistes à l’honneur.

Simple, graphique et très esthétique, PAPIER dresse un beau panorama de l’illustration contemporaine, le tout sans pubs, ce qui ne gâche rien. “C’est un beau magazine que l’on conserve, collectionne et consulte lorsque l’on cherche de nouveaux illustrateurs ou simplement de l’inspiration pour soi.”

Ndlr : Dans PAPIER, seule l’image compte, pas besoin de savoir lire.

www.dimanchestudio.com

Hobbies – Il faut tout assumer

Parce qu’il n’y a pas de passions bizarres, ringardes ou interdites, le semestriel Hobbies s’emploie à donner la parole à ceux qui les pratiquent avec beaucoup d’amour. “Ce titre était là dès notre premier jour de réflexion. Il nous semblait à la fois assez limpide, éloquent et percutant pour représenter notre projet et ne jamais être remis en cause […] Notre but est de discuter de la notion de temps libre de la manière la plus diversifiée possible.” explique Lambert Stroh, directeur de la publication.

À travers des reportages, des séries photographiques ou de la bande-dessinée, la revue fait du bien parce qu’elle déculpabilise et nous fait sourire. Car oui, vous avez le droit d’aimer passionnément les friches industrielles, les pokémons, la techktonik ou les animaux empaillés… Chacun est libre après tout. Et si les hobbies sont un refuge, foncez vous y réfugier.

Mot d’ordre : l’évasion par la passion.

www.revue-hobbies.com

180°C – Passion bonne bouffe

Encore un magazine culinaire ? Oui. Et finalement ce n’est pas très grave, puisque c’est bien. Et beau. Et que ça donne faim.

180°C, magazine dédié “à la cuisine et à ceux qui la font” a été lancé en 2013 par Eric Fénot, photographe culinaire. Son ambition : “proposer une édition culinaire différente : sincère, engagée et sans autre contrainte que celle de se faire plaisir. » Pour cela, le semestriel propose reportages, portraits, billets, recettes et essais…Tous formats réunis pour montrer la richesse et la diversité de la cuisine. “Nous voulions sortir des sentiers battus, en mettant nos bottes pour aller sur le terrain, en s’impliquant dans une démarche écologique respectueuse, en réalisant des sujets de fond sur des paginations généreuses, en employant un ton original, en respectant les saisons, en imaginant des recettes inédites mais toujours réalisables puisque réalisées et testées par nos soins. Tout pour proposer une vision élargie, à 180°C, sur la cuisine, le vin et mettre en lumière tous ceux qui les font : producteurs, chefs, vignerons…” explique Eric. Tout un programme.

Fin 2016, l’équipe a également lancé 12°5, magazine dédié cette fois aux vins et aux hommes qui les font.

Conseil : éteins la télé, zappe Top Chef, et lit 180°C.

www.180c.fr

NEZ – Avoir du

L’aventure a commencé sur le web en 2007 sous le nom d’Auparfum, site web dédié à l’analyse et la critique des parfums et de leur histoire. Forts de cette belle réussite web, les créateurs du site Jeanne Doré et Dominique Brunel ont lancé presque dix ans plus tard, en 2016, la revue Nez. Cette dernière s’attache à donner une autre vision, plus moderne, de la parfumerie, de son histoire et de son industrie. L’olfaction est un art millénaire dont Nez étudie de près les rouages scientifiques, marketing, historiques, culturels, ou encore botaniques.

“Le positionnement éditorial nous place comme une revue de société, mais avec un angle nouveau, celui de l’olfaction. On aborde toutes sortes de sujets et de thèmes culturels et sociétaux, qui s’adressent à tous, pas uniquement aux passionnés de parfum et aux professionnels.” nous explique Jeanne Doré, rédactrice en chef. Chaque numéro semestriel traite d’une nouvelle thématique en profondeur : la culture olfactive, le propre & le sale, et dans le dernier numéro paru en avril : le sexe des parfums.

Le pari réussi : séduire en 144 pages une cible non-initiée au sujet tout en convaincant aussi les professionnels.

www.nez-larevue.fr

 Nichons nous dans l’Internet – Et pas ailleurs

Ce titre est un ovni, une drôle de découverte.
« Il faut l’avouer, avoir une revue qui s’appelle Nichons, ça nous faisait bien marrer […] On aime bien le côté cocooning qu’implique le titre, de se nicher dans Internet, de s’y lover.” explique Alexandre Léchenet, rédacteur en chef. La revue semestrielle inverse le paradigme : d’Internet au papier et non l’inverse. Le net devient sujet d’analyse et d’esthétisme. “On s’est dit qu’il fallait imprimer Internet pour pouvoir prendre le recul nécessaire à sa compréhension et son observation.”
La revue attache aussi une importance particulière au graphisme et à la mise en page conceptuelle, voire un peu psyché’. Il s’agit de ne pas bugger.

Quand on leur demande ce qui les inspire, Alexandre nous répond : “Apartamento, WIRED et on a découvert une vieille revue super qui s’appelle Interférences qui accompagnait le mouvement des radios libres dans les années 1970… Mais ce qui nous inspire le plus, c’est bien sûr Internet.” Évidemment.

Particularités : la revue est bilingue, auto-financée et sans publicités.

www.nichonsnousdanslinternet.fr

Dull – Peut-il faire sourire Anna Wintour ?

“Prendre le lourd à la légère”, c’est l’ambition de Dull, magazine lancé en 2015.
Tous les trois mois, le magazine de mode s’attache à déjouer les codes de son propre univers en faisant les portraits de jeunes designers inspirants qui tentent de changer le visage d’une industrie vieillissante et un peu figée. “L’idée première de Dull est de proposer des articles de fond sur un thème dont on est habitué à parler sérieusement.” raconte Aurore Hennion, la rédactrice en chef. Si le magazine est très esthétique et original ; avec sa sur-couverture plastifiée et sa Une très colorée et épurée ; Aurore explique favoriser le contenu texte à l’image : “ Nous ne sommes pas un magazine de photos de mode mais un magazine sur la mode.”

Des magazines sur la mode, il y en a des centaines, certainement des milliers, mais ce qui différencie Dull c’est son irrévérence, son côté piquant un brin français.
L’ironie est présente dès le choix du titre car “dull” signifie “ennuyeux”. Et le magazine prend justement à rebours les codes d’un univers sérieux qui se prend au sérieux. “Je voulais un titre qui se prononce facilement dans toutes les langues et qui soit en décalage avec l’univers de la mode, pour mettre en avant le côté ironique du magazine, même si le second degré n’est pas toujours facile à enfanter dans un monde du luxe pas si enclin à la rigolade.” complète Aurore.

Point fort : Dull jouie d’une très belle distribution au delà des frontières françaises et européennes. Cocorico.

www.dull-magazine.com

NOTO – La culture, c’est gratuit

NOTO a le charme un peu désuet des beaux livres que l’on n’ose pas transporter de peur de les abîmer. Le magazine est le résultat d’une ambition simple : transmettre et partager le savoir et la force de la culture à tous. “La culture est une arme contre l’ignorance, un accès direct à la connaissance, à l’ouverture vers l’autre et au développement d’un esprit critique […] Cette parole est indispensable. Elle nous permet de mieux saisir notre époque et d’envisager notre futur.” explique le fondateur et rédacteur en chef, Alexandre Curnier.

Publier un titre comme NOTO est aussi un acte militant face à la culture qui se perd, celle qu’on oublie ou qu’on ne transmet plus. La résistance est d’ailleurs dans l’adn même du nom, ce que nous explique Alexandre : “Noto est le nom d’une ville de Sicile. En 1693, la ville est entièrement détruite à la suite d’un tremblement de terre. Après les événements, les habitants ont décidé de reconstruire, de ne pas fuir. Mieux, ils ont mobilisé les meilleurs artistes et architectes. Noto est toujours debout et présente l’apogée de l’art baroque en Europe. De l’art, du beau en signe de résistance !”

Et, puisque la qualité de la culture, ou l’inverse, n’a pas de prix : le trimestriel est gratuit.

Question ouverte : “Comment voulez-vous transformer le réel, si nous ne nous saisissons plus du pouvoir de l’imaginaire ?” Vous avez quatre heures.

www.noto-revue.fr

Something We Africans Got – Ou l’art d’avoir le SWAG

Sorti en février 2017, le premier numéro du trimestriel bilingue est édité par Anna-Alix Koffi, précédemment à la tête du photozine Off the Wall.

“Le nom est long et complexe parce que le continent est vaste et complexe.” explique cette dernière. Continent vaste et complexe mais pourvu d’une certaine unité révélée par l’acronyme plus mémo-technique SWAG: “Appeler la revue SWAG c’est comme dire “je vais en Afrique”, au lieu de préciser le pays.” SWAG, à mi-chemin entre le mot d’ordre et le cri de ralliement.

La Franco-Ivoirienne a voulu consacrer cette nouvelle revue très esthétique à la diversité culturelle du continent, à la création sur l’Afrique et en Afrique : “J’ai décidé de lancer une revue de référence pour la création africaine. Entre l’Afrique des J.T et celle des pages de mode, il y a « something we Africans got » : des penseurs, des artistes établis, accomplis…Le magazine est à mille lieux de la vague des mouvements afrocentrés.” et très actuelle. Le but de Anna-Alix est bien d’échapper à l’effet de mode du sujet et “ faire parler ceux qui savent” vraiment, loin des clichés et des raccourcis, à l’abris du temps qui passe.
Chaque numéro sera consacré à un pays du continent, pour le premier numéro : direction l’Algérie.

Le mot de la fin ? “Rien à revendiquer, tout à partager et à faire découvrir.”

www.somethingweafricansgot.com

Running Heroes Society – Cours toujours

Sorti en septembre 2016, Running Heroes Society est le fruit de l’alliance entre le groupe Sport Heroes Group et So Press, éditeur des titres SoFoot, SoFilms, Society… La volonté des deux parties est de lancer le premier hors-série semestriel consacré exclusivement à la course à pieds, pratique sportive étudiée comme phénomène de société. “Le running est une tendance de fond, un mouvement de société. Il nous semblait intéressant de ne pas traiter le sujet en ne parlant que d’entraînements, d’alimentation et de courses.” explique Boris Pourreau, fondateur et CEO de Sport Heroes Group.

Grâce à différents formats: récits, portraits, entretiens et enquêtes, Running Heroes Society raconte donc l’histoire de la course à travers les parcours d’hommes et de femmes, célèbres ou anonymes, qui courent pour la performance, le plaisir ou la revendication.

Mais pourquoi une start-up dédiée au running se lance-t-elle dans la presse ? “Nous aimons ceux qui pensent la presse comme un objet intemporel et qui produisent des magazines de qualité, haut de gamme. Puisque Internet a pris une bonne part du boulot de la presse quotidienne et de l’information en temps réel, il faut miser sur la presse papier, sur ce que ne peut pas faire le web : créer des objets que l’on a envie de prendre dans ses mains et de garder dans sa bibliothèque.” Le mot de la fin.

Bonne nouvelle : le plaisir de la lecture peut être décorrélé du plaisir de la pratique.

www.fr.runningheroes.com

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Bisous à tous ceux que nous suivons, que nous admirons, que nous lisons mais que le manque de temps et d’espace disponible sur cette page nous empêche de décrire et de soutenir : Cercle, L’instant Parisien, Les confettis, Please, TLmag, Mint, TAF book, Fricote, Toc Toc Toc, Trois Petits Points… 

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