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« Ma mère m’a vraiment transmis sa force de caractère : « Assume-toi, sois indépendante et ne compte sur personne. »

Un jour, Kenza a décidé de quitter l’école pour se lancer dans la vie active. Quelques mois plus tard, elle créait son blog, La revue de Kenza. Cette année, elle fête ses six ans de blogging entre deux avions. Kenza Sadoun-El Glaoui est devenue l’une des blogueuses les plus influentes de la blogosphère mode.

D’où viens-tu ?

Je suis née à Paris il y a 27 ans et j’ai toujours vécu ici.

Qu’est-ce que tu voulais faire quand tu étais petite ?

Des trucs improbables : chanteuse d’opéra, danseuse…

Quel métier faisaient tes parents ?

Mon père était producteur de clips jusqu’à récemment. Il fait maintenant de la production d’événements pour une grosse marque de luxe italienne. Ma mère est agent de photographes et produit des shootings pour des marques de luxe dans la mode.

 Je me suis rendue compte que je préférais vraiment la vie active à la vie à l’école, donc je suis allée voir mes parents en leur disant que je voulais arrêter les études.

Quelles études as-tu suivies ?

J’ai fait un Bac STT option communication. Ensuite, je suis allée à la fac en LEA anglais/italien. J’ai arrêté au bout de deux semaines parce que ça ne me convenait pas du tout. Finalement, j’ai passé un concours pour entrer en école de journalisme à l’ITEM (à l’époque). Je suis restée 6 mois là-bas, c’était super, j’ai appris plein de trucs. J’allais en cours le matin et l’après-midi j’étais en stage. A ce moment-là, je me suis rendue compte que je préférais vraiment la vie active à la vie à l’école, donc je suis allée voir mes parents en leur disant que je voulais arrêter les études.

Comment ont-ils réagi ?

Ma mère était plutôt sceptique parce qu’elle a fait des études. Mon père, lui, a arrêté l’école à 16 ans, et il a monté sa boîte à 20 ans. Il disait : « Ma fille, elle est comme moi, elle n’est pas scolaire ». Il avait confiance en moi et ma mère a très vite été convaincue.

Comment as-tu commencé à travailler ?

Je ne savais pas exactement quoi faire mais j’avais envie d’évoluer dans le milieu de la mode, de faire un métier en rapport avec l’image et le journalisme… Depuis toute petite, je fréquentais un peu ce milieu-là grâce à mes parents, donc j’étais déjà sensibilisée à tout ça. J’ai décidé d’envoyer des CV et j’ai fait mes armes en faisant des shoppings pour la presse, des séries mode. C’était pas très bien payé mais j’étais contente, et en plus je vivais encore chez mes parents. Ensuite, j’ai commencé à travailler pour des magazines comme Glamour ou le French Magazine, puis des trucs un peu plus pointus…

Comment as-tu appris tout ça ? C’est un métier !

J’étais over connectée ! Le syndrome internet m’a touchée quand j’avais 10 ans : génération Caramail et Myspace à mort ! Par ailleurs, je sortais énormément… A Paris, c’est facile de rencontrer des gens et de te faire un carnet d’adresses.

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Quand as-tu décidé de créer ton blog ?

En 2008, un jour, je me suis dit : « Tiens, pourquoi ne pas créer un blog ? ». Il y avait déjà quelques blogueuses comme Garance Doré, Café Mode, Punky B… Je me suis donc un peu incrustée dans le game ! A cette époque, personne ne gagnait encore sa vie avec les blogs, c’était vraiment juste pour s’exprimer. C’était mon petit truc à moi.

J’aimais bien le fait de pouvoir m’exprimer sans avoir un rédacteur en chef qui relise mes articles etc.

A quoi ça ressemblait au début ? De quoi parlais-tu ?

Au début, ce n’était que du rédactionnel. Je parlais de photo, d’inspirations, je ne me mettais pas du tout en avant. C’était juste une extension de ce que je faisais, en rapport avec le journalisme que j’aimais tant… J’aimais bien le fait de pouvoir m’exprimer sans avoir un rédacteur en chef qui relise mes articles etc.

Et finalement, ce qui s’est passé, c’est qu’il est devenu de plus en plus personnel. Je prenais souvent des photos de mon quotidien parce que j’avais toujours un appareil photo avec moi. Les gens me disaient : « Ton amie, qu’est-ce qu’elle porte comme vêtements ? Et toi, tu devrais plus te mettre en avant ! ». Donc là j’ai compris qu’il fallait que je prenne un virage un peu plus personnel dans mon blog. Au bout de deux mois, j’ai commencé à poster des photos de moi, de mes tenues…

Qui prenait les photos ?

Au début, c’était ma meilleure pote, quand on allait déjeuner, ou encore mes frères ou mon copain de l’époque. Je faisais ça comme ça, quand j’aimais bien la façon dont j’étais habillée. En 6 mois c’est allé super vite. J’ai commencé à avoir beaucoup de commentaires, à être contactée par des sites de vente en ligne, on me proposait des échanges de visibilité contre des fringues. Ce n’était pas monétisé à l’époque donc je ne gagnais pas d’argent avec le blog mais avec des piges, et je vivais toujours chez mes parents.

Qu’est-ce qui plaisait aux gens ?

C’était surtout les visuels ! Beaucoup de photos : de moi, de Paris, de mes potes, de la vie que je menais. En fin de compte les gens qui sont connectés à ton blog ne sont pas forcément des parisiens. Ils viennent de toute la France et ils découvrent soudain cette ville à travers le regard d’une jeune fille un peu plus naïve…

Un jour je me suis rendu compte que je pouvais arrêter les activités que je faisais à côté parce que je gagnais ma vie avec ce blog. C’était devenu un vrai job : poster tous les jours, faire des photos régulièrement…

A quel moment as-tu commencé à gagner ta vie avec ce blog ?

Deux ans après l’avoir créé, quand une régie publicitaire m’a contactée en me proposant d’y placer des pubs. Ils voulaient aussi monter des opérations spéciales avec des marques pour faire du placement de produits, ce que j’ai accepté. Puis un jour je me suis rendu compte que je pouvais arrêter les activités que je faisais à côté parce que je gagnais ma vie avec ce blog. C’était devenu un vrai job : poster tous les jours, faire des photos régulièrement…

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Comment ont-réagi les lecteurs quand tu as commencé à faire de la pub ?

Au début, ils ont cru que je les trahissais et que je me faisais de l’argent sur leur dos. Mais moi, je me disais que j’avais bossé pour ça, j’avais créé tout le contenu, la plate-forme… Ça demande vachement de travail !

Aujourd’hui, quand je poste un article, il se passe beaucoup de temps entre le moment où je prends les photos et le moment où je relaie l’article sur les réseaux sociaux.

Qu’est-ce qui a été compliqué par exemple ?

Ne serait-ce que créer le blog, je ne savais pas comment faire ! Les codes HTML, j’y connaissais rien, je me suis retrouvée à faire des tutos tous les soirs, à traîner sur les forums de geeks, parce que j’avais trop envie d’aller au bout, mais c’est pas drôle.

Et au fur et à mesure, il y a tous les réseaux sociaux qui se sont développés autour de ça : twitter puis instagram. Aujourd’hui, quand je poste un article, il se passe beaucoup de temps entre le moment où je prends les photos et le moment où je relaie l’article sur les réseaux sociaux. Je trouve l’idée, je fais les photos, je les retouche, j’écris l’article, je le traduis en anglais, j’ajoute les liens et ensuite il faut le relayer sur twitter, facebook, instagram, Google +… Il faut faire des relances… C’est un gros boulot.

Quand je pars à l’étranger, on regarde mon instagram qui fait rêver, mais c’est fatiguant. Je fais sans cesse des allers-retours à l’aéroport et quand les marques t’invitent quelque part pendant 3 jours, tu es là pour créer du contenu, pour communiquer sur la marque, c’est hyper intense… Quand je rentre, je suis crevée même si c’est exaltant !

On a souvent tendance à penser que quand on est freelance, on travaille moins parce qu’on fait ce qu’on veut mais non, le travail, il faut le ramener ! Il faut faire ses preuves. Ton entreprise, c’est toi, il n’y a que toi pour te vendre.

Aujourd’hui, ton blog est une entreprise ?

Oui, c’est mon entreprise ! J’ai commencé avec un statut d’entrepreneur puis une EURL. Je suis gérante de ma société et j’ai une stagiaire avec moi. Et maintenant je ne travaille plus avec la régie pub mais des agents d’influenceurs qui me représentent.

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Qu’est-ce que ça a changé ? Tu te sens entrepreneuse ?

Ah oui, complètement ! J’ai l’impression d’avoir pris 10 ans en 2 ans ! C’est drôle mais quand j’ai démarré je n’avais pas l’impression d’être ambitieuse et en fait je me suis rendu compte que le succès de mon entreprise m’obligeait à voir plus loin. Avant, je me laissais beaucoup faire, j’étais très naïve, trop gentille, je n’avais pas envie de blesser, de refuser des choses… En 2 ans, j’ai vraiment évolué.

Quand j’étais jeune, je me disais toujours que je voudrais avoir le même statut que mes parents et qu’il fallait que j’arrive à maintenir le niveau !

Tes parents sont entrepreneurs, ce sont des modèles pour toi ?

Quand j’étais jeune, je me disais toujours que je voudrais avoir le même statut que mes parents et qu’il fallait que j’arrive à maintenir le niveau ! Etant éduquée d’une certaine façon, c’est compliqué de faire moins bien que ses parents. C’est un gros challenge même si on est différents et que je ne cherche pas à reproduire un schéma. Mais je pense qu’inconsciemment, le fait d’avoir reçu cette éducation m’a poussée à monter mon truc plutôt que de me la couler douce.
Ma mère est quelqu’un pour qui j’ai beaucoup de respect et d’admiration parce qu’elle s’est toujours débrouillée toute seule et c’est une vraie bosseuse. Elle arrive à mener sa vie de femme, de mère, de chef d’entreprise… Elle travaille depuis qu’elle a 18 ans parce qu’on lui a coupé les vivres – à l’époque elle habitait au Maroc et elle voulait venir vivre ici. Elle m’a vraiment transmis sa force de caractère : « Assume-toi, sois indépendante et ne compte sur personne ».

Aujourd’hui, comment te démarques-tu des autres blogs ?

Je pense que les gens veulent de l’authentique, donc j’essaie de ne pas trop me laisser influencer par toutes les propositions, de garder des fringues qui m’appartiennent, de faire des photos dans mon quartier, même si je donne moins de ma vie perso qu’au début.

Tu partages beaucoup de choses personnelles quand même ?

Je partage mais avec plus de retenue, j’ai mûri ! Je me rends compte que beaucoup de gens me lisent et que j’ai envie d’en garder un peu pour moi. Mais globalement, je partage vraiment mon quotidien ou mes vacances par exemple, même si mon mec me demande de décrocher ! Mais pour moi, c’est justement à ce moment-là que les gens ont envie de voir des photos. Quand je pars en Thaïlande, j’ai un super contenu, je peux partager mon expérience, expliquer dans quel hôtel j’ai dormi, comment j’ai fait pour faire ce trip en bateau. J’arrive à faire la différence entre ce que je vais donner au lecteur et ce que je vais garder pour nous. Pour moi, ça fait partie du jeu.

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Quel est ton quotidien ?

Mes journées varient d’un jour à l’autre. Dans l’idéal, quand j’ai un petit peu de temps, je me lève tôt, je me force à aller faire un petit footing. Ensuite, je rentre et j’essaie de rester à la maison parce que le matin je reçois des colis divers et variés. Ensuite, je bouge vers midi pour des rendez-vous avec mes agents ou des annonceurs…
L’après-midi, c’est beaucoup de shootings ou de tournages. J’ai une stagiaire qui est là et c’est avec elle que je fais toutes mes photos.
Ensuite, soit je repasse chez moi, soit je vais me faire un apéro avec mes copines, un resto avec mon mec, ou bien je vais à un événement presse, une soirée…

Ce que je fais, c’est presque du 24/24, je ne décroche jamais. C’est parfois un peu compliqué mais je me dis que j’ai 27 ans, pas d’enfants, donc c’est maintenant que je peux me permettre de tout donner, d’être fatiguée…

Tu as déjà pensé à arrêter ?

Non, je n’ai jamais voulu arrêter. J’ai de la chance de faire ça, je ne bosse pas à l’usine ! Je vis dans un quartier qui est cool, je suis mon patron, je me rémunère seule, tout va bien !
Même si parfois, je fais de gros craquages total ! Je me mets à pleurer, je suis en dépression ! On a tous des moments de speed dans la vie où on se dit : « Mais comment je vais faire pour tout gérer ? ».
Ce que je fais, c’est presque du 24/24, je ne décroche jamais. C’est parfois un peu compliqué mais je me dis que j’ai 27 ans, pas d’enfants, donc c’est maintenant que je peux me permettre de tout donner, d’être fatiguée…

Comment vois-tu le futur ?

Concernant le blog, j’aimerais que ça reste tel quel ! Tous les 2 ans, j’entends dire que c’est la fin des blogs, et en fin de compte, de mon côté, ça ne fait que progresser, donc je continue. Je pense que j’ai encore des trucs à développer avec les marques ou en terme de contenu. Et personnellement, j’aimerais bien bouger de Paris. J’ai des envies d’Etats-Unis, de soleil… Je suis née à Paris, ça fait 27 ans que j’y suis, que je vis dans le même quartier… J’ai envie d’une expérience à l’étranger… Ce qui est bien avec un blog c’est que tu peux te poser n’importe où, il te faut juste un ordi !

 

www.larevuedekenza.fr

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