Retro Motion

« On a pris des risques mais aujourd’hui on est contents de les avoir pris. »

Karim et Julien étaient vendeurs chez Diesel avant de se lancer dans un grand projet : ouvrir un petit garage et restaurer de vieilles Vespas. Sans aucun budget de départ, ils ont dû passer pas mal de nuits blanches à se salir les mains pour ouvrir Retro Motion en 2011 et pouvoir aujourd’hui prendre le temps de rouler un peu.

Où avez-vous grandi ?

Karim : Moi, je viens de Bordeaux. J’ai fait des études de physique pour être ingénieur (Licence de Physique Générale Fondamentale et Appliquée) mais je m’ennuyais profondément alors j’ai arrêté. J’ai été barman, serveur, j’ai vendu des fringues…

Julien : Je viens de banlieue parisienne, j’ai grandi à Aulnay-sous-Bois dans le 93. Mon enfance n’était pas ultra-marrante et je voulais vivre autre chose. Du coup, à 20 ans, je suis parti travailler à Londres. Au départ, j’ai trouvé un job dans la restauration puis dans une boutique de vêtements qui, malgré mon anglais pas terrible, m’a donné ma chance. Au fur et à mesure j’ai pris de l’assurance et je suis revenu à Paris deux ans plus tard en sachant parler anglais. Ça m’a permis de travailler dans plusieurs enseignes comme Dolce & Gabbana et Diesel où j’ai rencontré Karim en 2006.

Quand on s’est rencontrés, on a tout de suite accroché, c’était comme si on se connaissait depuis des années.

Vous vendiez des jeans ensemble ?

K : Oui, c’est ça. Quand on s’est rencontrés, on a tout de suite accroché, c’était comme si on se connaissait depuis des années. Et on avait cette même passion pour les bécanes depuis qu’on était ados.

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Qu’est-ce que qui vous a donné envie d’en faire votre métier ?

J : J’avais vraiment l’amour de la Vespa, même si je n’avais jamais eu les moyens de m’en offrir une. Et il se trouve qu’on a commencé à rencontrer des gens dans cet univers et on s’est dit qu’il se passait quelque chose avec ce produit qui plaisait à tout le monde, notamment les vieilles machines plus rétro. Et c’est vrai que c’est une mécanique qui est à la fois simple et accessible donc les bases s’apprennent relativement vite…

K : Quand j’ai fini mes études, j’ai fait un voyage en Inde pendant 4 mois et quand je suis revenu je me suis dit que c’était trop con, qu’on avait les cartes en mains et qu’on pouvait dépasser cette vie dans laquelle on est sans cesse en train de bosser pour gagner un minimum d’argent pour pouvoir vivre. Donc on a décidé de passer le cap et de réaliser notre rêve : avoir un petit garage sympa dans lequel on pourrait faire de la restauration de vieilles Vespas et de vieilles motos en général.

On a décidé de passer le cap et de réaliser notre rêve : avoir un petit garage sympa dans lequel on pourrait faire de la restauration de vieilles Vespas et de vieilles motos en général.

Comment avez-vous commencé à concrétiser ce projet ?

J : A l’époque, on travaillait ensemble chez Marithé et Francois Girbaud et on a commencé à réfléchir sérieusement à tout ça. On a fait une étude de marché, on s’est renseignés à la Chambre de commerce…

K : On se retrouvait chez moi le soir, où on avait installé une grande planche en guise de bureau. On était chacun de nous face à nos ordinateurs et on essayait de répondre aux questions que se posait l’autre sur la création d’entreprise. Et surtout, on essayait de faire évoluer l’idée de travailler sur les Vespas parce qu’on avait le produit mais on devait vraiment trouver quoi faire avec. Au début, on ne savait pas si on allait faire de la restauration, de la réparation, de la vente ou de la location de véhicules.

J : C’était difficile d’évaluer les moyens nécessaires comme pour la location par exemple…

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Et comment vous vous êtes formés sur la partie mécanique ?

J : On n’était pas mécaniciens diplômés donc on a appris sur le tas et on a rencontré des mécaniciens plus expérimentés, avec 20 ou 30 ans de métier derrière eux, et qui ont une vraie expérience dans le milieu de la Vespa.

K : Et on était vraiment dans une démarche d’apprentissage, on cherchait sans cesse à s’améliorer. Ça créait une émulation parce qu’on cherchait des réponses chacun de notre côté… Ça nous a permis de progresser très rapidement.

J : Mais on apprend encore tous les jours… Chaque Vespa a son caractère et chaque pièce est différente parce qu’elles n’ont pas la même usure…

On a vraiment monté notre boîte, excuse-moi l’expression, avec notre bite et notre couteau, c’est-à-dire avec rien.

Comment avez-vous lancé l’activité ? Vous aviez un capital de départ ?

K : Non, on n’avait pas un rond ! On a vraiment monté notre boîte, excuse-moi l’expression, avec notre bite et notre couteau, c’est-à-dire avec rien.

J : Il fallait qu’au départ on fabrique des machines à partir d’épaves, pour les vendre, ouvrir une boutique, acheter un peu plus de matériel et lancer l’activité avec un peu de stock. On avait décidé d’en faire 8.

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Où est-ce que vous bricoliez ?

J : Dans un box de parking au sous sol d’un immeuble du 13ème arrondissement !

K : On se retrouvait là-bas le soir après le boulot, et on bossait avec nos lampes frontales sur nos 8 bécanes. On a mis presque un an à les faire jusqu’au jour où on a pu les vendre, trouver le local, quitter nos jobs et ouvrir la boutique-atelier le 6 octobre 2011.

On ouvrait ici à 10h et on enchaînait le soir avec des extras dans la restauration, en rentrant à 3 ou 4 heures du matin…

L’activité a tout de suite été rentable ?

J : La soirée d’ouverture était géniale, il y avait plein de monde et ça nous a ramené énormément de clients. On a eu de la chance, on a gagné un concours Dockers qui nous a rapporté 3000 euros, on a été cités dans le Louis Vuitton City Guide, Miss France 2010 est venue nous interviewer… On s’est retrouvés avec plein de demandes.

K : On a même dû en refuser parce qu’on n’avait pas la structure pour y répondre. C’est aussi à ce moment-là qu’on s’est vraiment rendu compte que la location demandait beaucoup de moyens et que les commandes n’étaient pas très lucratives. On passait beaucoup de temps sur les Vespas et on ne margeait presque pas.

J : D’ailleurs, on ne se payait pas car la boîte n’était pas encore rentable, on devait encore travailler le soir pour payer nos loyers. On ouvrait ici à 10h et on enchaînait le soir avec des extras dans la restauration, en rentrant à 3 ou 4 heures du matin… Mais l’excitation du projet faisait que c’était plus ou moins indolore. A ce moment-là, tu sens une force venue de nulle part, vraiment surhumaine…

K : Après évidemment, il faut dire que ça a aussi posé pas mal de problèmes dans nos vies personnelles parce qu’on faisait des horaires pas possibles. C’est nos copines qui ont trinqué…

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Depuis, comment a évolué l’activité ?

K : En 2 ans, on a fait évoluer notre activité en favorisant la réparation et en prenant moins de commandes pour pouvoir avoir le temps de les honorer.

J : On fait aussi de l’événementiel et de la location pour la publicité, ou des shootings photos pour Hermès, Kangol, TF1, Vente-Privée… Comme les véhicules ont du caractère et une certaine authenticité, ce côté rétro intéresse les gens.

Qu’est-ce qui fait votre identité ?

K : On est sur une niche et même si on ne fait que de la restauration de vieilles machines, on essaie de bien conseiller les gens et d’être force de conseil sur le choix des couleurs et les différents éléments. On essaie aussi de fiabiliser le véhicule en fonction de l’usage du client.

Pendant 2 ans on n’a pas eu le temps de sortir une seule fois ensemble avec nos scoots, maintenant la structure nous le permet.

Aujourd’hui, avez-vous trouvé votre équilibre ?

J : Oui, maintenant on est flex.

K : On a pris un local plus petit tout près du premier et on a embauché un mécano qui a beaucoup d’expérience. Ça nous permet de nous libérer un peu les mains pour faire de la gestion et trouver les bonnes pièces, car ce travail de recherche est super important. Et maintenant on prend aussi le temps de faire des choses pour nous, de faire des courses avec nos vieilles vespas et de partir avec des potes…

J : Pendant 2 ans on n’a pas eu le temps de sortir une seule fois ensemble avec nos scoots, maintenant la structure nous le permet.

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Comment vivez-vous cette vie d’entrepreneur ?

K : On se fait engueuler par nos copines, on passe notre vie ici, et quand on rentre chez nous, on regarde s’il n’y a pas de Vespas sur le Bon Coin !

J : Après, on a aussi réussi à transmettre notre passion… J’ai refait un petit Ciao pour ma copine qui roule avec dans Paris. Elle a découvert ce truc-là et maintenant c’est une passionnée. Elle a pris le virus, elle aussi !

On a pris des risques mais aujourd’hui on est contents de les avoir pris.

Il y a eu des moments difficiles ?

K : Ça oui, te dire le contraire serait un mensonge !

J : On a failli fermer plein de fois mais bon, on est des fous ! On a pris des risques mais aujourd’hui on est contents de les avoir pris.

K : On a eu des moments de doute où on se demandait si cette activité était réellement viable ou si ce n’était pas juste un caprice d’enfant… C’est très dur de monter une boîte sans un minimum de trésorerie parce que tu es toujours sur la corde raide. Nous, on a toujours été au cul du camion, avec le nez dans le guidon, donc on tremblait… Mais comme on est potes, on a vraiment réussi à supporter ça ensemble.

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