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« Si tu commences à regarder le haut de la pente, tu ne la monteras jamais, il faut juste regarder les 2/3 mètres devant ! »

Après avoir travaillé presque 20 ans à la FNAC, Julie David est allé au bout de son rêve de musique : ouvrir un disquaire à Paris. Comme le paris était quand même un peu risqué, elle a décidé d’y servir aussi des bières et pourquoi pas y organiser des showcases… Welcome chez Walrus. 

Tu es disquaire depuis 20 ans, qu’est-ce que tu écoutais quand tu étais jeune ?

J’ai grandi à Rouen en Normandie chez les punks mais moi qui ai 41 ans, je suis plutôt de la génération new rave. J’ai fait mes classes avec mon Pink Floyd, mon Led Zeppelin… Dans les années 90, j’ai pas mal écouté Sonic Youth, Shellac, Nick Cave… Puis, je me suis intéressée aussi à l’électro en découvrant les labels Warp, Ninja Tunes, puis beaucoup de reggae et de dub, pour finir par tomber dans le jazz…

En 1995, la boîte qui embauchait dans la musique c’était la FNAC.

Tu as suivi une formation musicale ?

Non, pas du tout. Après le lycée, je suis arrivée à Paris pour des études de mode et d’histoire de l’art, je voulais être styliste. Mais le milieu de la mode étant un milieu très centré sur lui-même, ce n’était pas pour moi. Et on me disait que j’étais trop excentrique pour la Chambre de la Haute couture Parisienne ! Donc j’ai arrêté la mode en troisième année et comme la musique m’intéressait, j’ai décidé de chercher du travail dans ce domaine. Et en 1995, la boîte qui embauchait dans la musique c’était la FNAC. J’ai été embauchée à la FNAC Montparnasse où je suis restée 2 ans, puis j’ai gravi les échelons pendant presque 20 ans jusqu’à devenir directrice de magasin à Amiens. [awesome-gallery id=1684]

Ce que tu faisais à la FNAC avait vraiment un rapport avec la musique ?

Oui, j’étais disquaire. A l’époque, on sélectionnait les produits qui étaient en rayon. Petit à petit, ça a disparu pour des raisons de rentabilité mais l’objectif principal était le conseil au client. En progressant, tu es amené à pousser des produits, monter des opérations avec des artistes… Tu apprends aussi toute la logistique, l’organisation, la vente, l’achat, la négo… C’est multi-activités, tu apprends à régler toutes sortes de problèmes !

Pourquoi as-tu décidé de quitter la FNAC et de te lancer en solo ?

En fait, je suis passée par la FNAC en disant comme tout le monde : « Je ne vais pas y rester longtemps, je veux monter un truc ». Et comme c’était cool, j’y suis restée. Mais à un moment, je me suis dit que j’avais fait le tour, que je ne faisais plus ce que je voulais, c’est-à-dire du disque. Il fallait revenir aux sources – « back to the roots » ! Et puis la quarantaine approchant, je me suis dit que si je devais faire un truc, c’était maintenant.

J’ai toujours eu ce rêve de monter un truc mais ce qui m’intéressait c’était la route pour y arriver.

Avoir ta boutique de disques était ton vieux rêve ?

Oui, j’ai toujours eu ce rêve de monter un truc mais ce qui m’intéressait c’était la route pour y arriver. Comment apprendre à monter une boîte ? Comment fait-on pour ouvrir un truc à Paris sans avoir trop d’argent mais des idées ? Je voulais que ce soit un lieu avec une partie disques et une partie bar pour faire des animations ou des concerts parce qu’aujourd’hui les gens veulent une « expérience d’achat ». Comme internet a un peu déshumanisé le rapport à la musique, l’idée était que les gens se parlent. D’ailleurs pour le moment ça se passe pas mal, je vois se faire sous mes yeux des rencontres improbables !

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Comment s’est passé ton départ de la FNAC et le lancement du projet ?

Je suis partie de la FNAC et je me suis retrouvée au chômage. J’ai été reçue au Pôle Emploi où j’ai eu la chance d’être écoutée et on m’a dirigée vers la filière du Créa-Pass, pour les gens qui veulent créer une boîte. Quand tu intègres cette filière, on te propose plein d’ateliers et un accompagnement. Ça m’a vraiment donné des clés, notamment pour le financement. Ensuite, j’ai mis un an pour boucler le business plan et un an pour trouver le financement et le local.

Comment avez-vous trouvé les financements ?

J’ai été rejointe par un ancien collègue de la FNAC des Halles qui s’est associé au projet. On a financé à 40 % avec nos fonds propres et ensuite on a obtenu un prêt Paris Initiatives Entreprises et la BNP a mis le reste. Ça a été très compliqué de démarcher les banques, c’est très très long…

Je n’aurais jamais ouvert un disquaire tout seul. Juste les disques, ça ne me semble pas super viable.

J’imagine qu’arriver avec un projet « musical » ne doit pas aider ?

Tout à fait ! Mais je n’aurais jamais ouvert un disquaire tout seul. Juste les disques, ça ne me semble pas super viable, c’est pour ça qu’il y a de plus en plus de concepts qui se développent autour de ça.

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Tu as dû aussi apprendre à gérer un bar, comment tu t’y es prise ?

Comme pour tout : j’ai regardé sur internet, j’ai appelé des potes de potes qui pouvaient me conseiller. J’ai rencontré des gens et commencé à faire des choix. J’ai goûté chaque bière, chaque vin, je propose des produits qui me correspondent. J’ai accordé autant d’attention à la partie bar qu’aux disques !

C’est comme le vélo, si tu commences à regarder le haut de la pente, tu ne la monteras jamais, il faut juste regarder les 2/3 mètres devant.

Tu as dû vivre quelques moments de stress avant l’ouverture ?

Oui, mais c’est le risque ! Tu es obligé de te lancer. Et plus ça va, plus c’est chaud… Mais bon, c’est comme le vélo, si tu commences à regarder le haut de la pente, tu ne la monteras jamais, il faut juste regarder les 2/3 mètres devant ! Parce qu’il y a quand même pas mal d’obstacles…

Lesquels ?

Par exemple, la banque qui a traîné. Heureusement, certaines personnes nous ont fait confiance, ce qui nous a permis de commencer les travaux. La personne qui devait me trouver une licence IV (ndlr : la licence IV est obligatoire pour servir de l’alcool) m’a plantée du jour au lendemain. Comme c’est un marché très opaque, je me suis retrouvée sans licence IV à un mois de l’ouverture…

Comment s’est passé le premier jour ?

C’était chouette mais on n’avait pas d’alcool ! Et pas de machine à café non plus d’ailleurs, mais on avait plein de disques ! C’était le disquaire Day et on avait prévu d’ouvrir ce jour- là. Je me suis dit, on ouvre quand même ! Ça a été compliqué les premiers mois à cause de la licence. On avait pas mal de gens qui passaient la tête en disant : « Elle est arrivée la bière ? ». Donc je n’ai pas voulu communiquer alors que le concept n’était pas finalisé. Finalement, on a bien tourné avec les gens du quartier par qui on a été super bien accueillis. Maintenant ça va mieux depuis qu’on a la fameuse licence.

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Comment vois-tu l’avenir ?

J’ai vraiment envie de mettre en place ce qu’on avait prévu : les rencontres, les showcases… J’ai aussi pas mal de retours presse. Mais pour le moment, je suis toute seule – car mon associé a quitté l’aventure – donc j’essaie de gérer au mieux. Mais j’ai des amis qui m’ont vraiment aidée et qui m’aident encore.

Comment te sens-tu ?

Je suis très contente et hyper heureuse du résultat, même si maintenant il va falloir que ça tourne. Mais c’était ce que j’avais imaginé… Par exemple, hier, un jeune de 19 ans est venu, il a pris un café, on a écouté de la musique et il est reparti avec des étoiles dans les yeux et un skeud sous le bras. Et je me suis dit : « Voilà, tu as fait ça pour ça ». Quand je fais le chemin pour venir ici le matin, je ressens la plénitude du travail bien accompli, et je suis contente d’aller travailler dans MON magasin.

 

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Julie David