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« La liberté et la maîtrise de son travail et de ses choix, ça n’a pas de prix. »

Il y a 20 ans il rapportait des casquettes de New York pour ses potes et aujourd’hui c’est chez lui que l’on vient faire son shopping. Après avoir contribué au succès de la marque COM 8, puis vendu des baskets en Australie, Sylvain a décidé de monter SON affaire à SON image. Avec Pierre, son associé, ils ont fondé AUGUSTE, un concept store auquel s’est collée une cantine dans la quartier de Bastille à Paris. 

Que fais-tu dans la vie Sylvain ?

Je suis co-gérant d’Auguste. Un concept Store à Paris que j’ai fondé avec Pierre il y a 6 ans.

Où est ce que tu as grandi ?

J’ai grandi près de Paris. Je viens de Malakoff plus précisément. Mes grands-parents étaient commerçants dans le quartier d’Oberkampf. Ils ont eu un bar/resto et une librairie pas très loin d’ici. 

On avait trouvé un truc qui nous correspondait.

Quand as-tu découvert la street culture ?

Au lycée on était déjà bien Hip-Hop. Sur une classe de 35 élèves, on était 2 à écouter du rap. Il y avait très peu de sorties françaises, il fallait presque se battre pour en trouver. 90 % des jeunes du lycée détestaient le rap, c’est presque inimaginable aujourd’hui ! Ils disaient que ce n’était pas de la musique parce qu’il n’y avait pas d’instrument… Nous, on aimait cette musique, j’avais des potes qui taggaient… J’étais pas un B-boy mais j’aimais la culture. On avait trouvé un truc qui nous correspondait.

Tu avais déjà ton style ?

Ouais ! Je n’avais pas spécialement de sous donc je n’étais pas ultra-looké mais je portais des casquettes, et à l’époque au lycée, on était que 2 à en porter. Je suis allé 2 fois aux US quand j’étais jeune, c’était la mode des starters, donc je ramenais ça, des baskets ou des trucs de skate, parce qu’à l’époque il n’y avait rien en France.

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Comment as-tu commencé à travailler dans ce milieu ?

Je suis parti voyager pendant un an après mes études. Quand je suis revenu en 1998, j’ai croisé un pote du quartier qui montait COM 8, la marque streetwear de Joey Starr. Il avaient juste trouvé le nom. J’ai commencé par donner un coup de main et c’est comme ça que ça a commencé. Au début, le siège de COM 8 était dans ma chambre chez mes parents, on n’avait rien ! Puis ça s’est peu à peu structuré, c’est passé du squat dans ma chambre à des locaux de 1300 M2 avec 35 salariés. Ca a bien marché ! C’était l’époque NTM donc c’était facile de faire connaître la marque. J’y suis resté 5 ans.

Pour moi c’était une expérience qui allait delà d’un succès commercial. C’est là-bas que j’ai tout appris.

Pourquoi ont-ils  fait appel à toi au départ ?

Parce que j’étais l’un des seuls mecs à avoir fait des études dans le quartier ! J’avais passé un diplôme de commerce : gestion, marketing, compta… Je devais être la seule personne à avoir le bac dans la boîte ! C’était cool, on a bien progressé et je suis devenu directeur commercial.

Comment as-tu vécu cette expérience COM 8 ?

C’était génial, c’était fou ! Je me suis retrouvé à aller accompagner les gars sur des plateaux télés, des tournages de clips, j’étais chez Joey Starr toutes les semaines… Pour moi c’était une expérience qui allait delà d’un succès commercial. C’est là-bas que j’ai tout appris : le milieu de la mode, comment monter un business, les présentations de collections, les problèmes de trésorerie, la communication… Comme c’était tout petit quand ça a commencé, il fallait avoir une vision à 360.

Pourquoi ça s’est terminé ?

Je suis parti en Australie avec ma copine de l’époque qui était Australienne. J’y suis resté 3 ans. Quand je suis arrivé là-bas j’ai cherché un job dans la mode et je suis devenu agent commercial, un métier que je ne connaissais pas. Tu es indépendant, autonome, tu t’occupes de la distribution par secteur. J’ai beaucoup appris sur la vente pure, le système un peu à l’américaine et les stratégies. Ça a été super formateur d’être sur le terrain, c’est le plus important. Puis je suis rentré en France en 2007.

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C’est à ce moment-là que tu as créé Auguste ?

Oui. Quand je suis rentré en France, je ne savais pas quoi faire. Pierre, un vieux pote que je connais depuis l’école m’a appelé en me disant «Allez, montons une boîte ! » J’ai dit « Banco ». On n’avait même pas parlé de quoi mais on se connaissait depuis longtemps et je me suis dit « je suis dans la phase de ma vie où il faut que je monte ma boîte ».

Pourquoi c’était le bon moment ?

J’y avais déjà pensé mais tout seul, c’était pas évident. Et là ce qui était bien avec Pierre, c’est qu’on connaissait les mêmes milieux, la même culture, mais on avait des compétences professionnelles différentes. Moi, je suis plus commercial, gestionnaire et administratif et lui est très fort dans la com’, le marketing et l’événementiel, donc on se complète naturellement. C’est le plus important parce que 2 personnes qui montent une boite ensemble avec les mêmes compétences ça ne sert à rien.

La maîtrise de son travail et de ses choix, la liberté, ça n’a pas de prix.

Quelle était l’idée de départ ?

L’idée était d’ouvrir un lieu en rapport avec ce qu’on aimait et vivre de notre passion : les cultures street, la musique, quelques sports… Des trucs toujours en mouvement, rien de figé ! Ensuite, on n’avait pas pour ambition de vivre richement mais le maître mot était de rester indépendant, je ne veux plus avoir de patron. La maîtrise de son travail et de ses choix, la liberté, ça n’a pas de prix.

Quitte à gagner un peu moins d’argent  ?

Au début, quand j’ai commencé à bosser pour COM 8, je n’avais pas de salaire, c’était bénévole. Il n’y avait pas grand chose à part 50 tee-shirts dans un carton mais je me suis dit que le projet allait marcher. Et c’est le cas de la plupart des gens qui ont fait des choses dans ce milieu. On ne part pas avec l’idée de devenir riche mais bien sûr d’avoir de quoi vivre en créant une société qui nous permette d’avoir aussi d’autres activités.

Quand on n’est pas d’accord sur le mode de fonctionnement entre associés, ça sert à rien de monter une boîte ensemble.

Quelles ont été vos premières discussions ?

On a d’abord commencé à bosser sur nos relations d’associés. On a lu des bouquins, profité de quelques formations gratuites qui n’étaient pas trop mal. Là, je me suis rendu compte qu’un tiers des causes de session d’activité des PME dans les premières années viennent de problèmes entre associés. Ce ne sont même pas des problèmes économiques ! C’est quand même complètement con à la base. Donc on s’est dit qu’il fallait être intelligents et envisager tous les cas de figure, les obligations, les droits et les devoirs, l’un envers l’autres et envers la boîte. Quand on n’est pas d’accord sur le mode de fonctionnement entre associés, ça sert à rien de monter une boîte ensemble.

Avec quels financements vous avez monté Auguste ?

On avait juste nos économies, des bas de laines. Les banques ne nous ont presque pas aidé. On aurait du demander plus d’ailleurs, parce qu’on s’est un peu mis en danger au début… Ca l’a fait mais c’était l’aventure…

Horaires

Ensuite comment avez-vous concrétisé le projet ?

On a fait un business plan, des plans de financement, des budgets. On a commencé à aller voir les marques et imaginer le concept, et on a travaillé sur un point très important : la recherche de locaux. Le plus efficace c’est de marcher dans Paris, discuter avec le voisinage… Evidemment, on savait qu’on n’avait pas le budget pour s’installer rue de Rivoli et il fallait que l’emplacement nous parle. On a trouvé ce local à Bastille mais il y avait tout à refaire… . C’était même pas un local vierge, c’était vierge et dégradé !  On a du gratter des pierres pendant des jours, des potes sont venus nous aider. On a ouvert le shop mi-mai 2008.

Au début vous avez eu quelques coups de stress ? Des problèmes ?

Des coups de stress, ouais quand même ! Quand la boîte ouvre, tu stresses parce que t’as pas de trésorerie, tu stresses le matin en te demandant combien tu dois faire, combien tu as sur ton compte ? Maintenant on gère mais les premiers mois, je me levais à 5h du matin tous les jours et je ne suis pas très matinal à la base ! Avec le stress tu ne dors pas beaucoup… Ca a duré un an presque.

Un an plus tard vous avez ouvert la Cantine, comment ça s’est passé ?

Le propriétaire du local voisin voulait vendre, on avait des potes dans la restauration qui voulaient le reprendre donc on s’est dit qu’on allait faire un truc ensemble, créer une synergie…

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Votre lieu est un peu atypique à Paris…

Ouais effectivement, il y en a très peu pour une ville comme Paris. Notre lieu, c’est truc de passionnés. Un lieu où on rencontre des gens, où on discute… Il y a toujours le banc posé devant, on peut boire des coups, se poser et discuter d’art ou de musique en mangeant un truc… Et ça, tu ne l’as pas sur internet. On a envie que les gens passent un bon moment à la boutique et à la cantine… On rigole, on mets à l’aise, on tutoie, ici, t’es pas chez Zara.

Au shop, comment vous choisissez les marques avec lesquelles vous travaillez ?

On travaille avec quelques grosses marques, notamment sur les sneakers par exemple où il y a peu de petites marques… Sinon on a aussi pas mal de marques françaises comme Qhuit, Poyz and Pirlz, les bijoux de Thomas V… On mets en avant des petites collections, des séries limitées, des marques coup de coeur. On reste à l’affût des produits que les gens vont vouloir… Cet été par exemple, c’est les buckets hats ! L’idée c’est d’être bons dans ce qu’on fait et de faire les choses bien. On essaie d’avoir pas mal de modèles et très bien choisis.

Vous organisez aussi régulièrement des événements ?

Oui, on organise des soirées en club, des expos, des apéros, des sorties de livres et de disques…

Il y avait peut-être 600 ou 700 personnes devant la boutique, la rue était bloquée, c’était un bordel de folie…

Quel est ton meilleur souvenir depuis l’ouverture ?

Il y en a plein, mais la première expo c’était cool. Il y avait peut-être 600 ou 700 personnes devant la boutique, la rue était bloquée, c’était un bordel de folie… On a aussi fait plusieurs blockparties devant la boutique. La dernière, c’était le mini-concert de Triptik ( un groupe de rap français dont les membres se sont séparés en 2004 pour se consacrer à leurs carrières solo) , c’était la première fois qu’ils se réunissaient depuis des années. C’était dingue… Il y avait Poyz and Pirlz, DJ Gero, Drixxé, et Joey Starr était venu faire le MC… On était complètement débordé, c’était une marrée humaine, il y avait des gens sur les toits des immeubles en face…

Comment vous réussissez à faire venir tout ce monde ?

On avait déjà nos réseaux. Pierre connaissait déjà Gero et Greg Frite parce qu’il était rédacteur en chef d’un magazine. Joey Starr, je bossais avec lui donc je l’ai appelé pour savoir s’il voulait passer. On fait jouer les potes parce que de toute façon on n’a pas de budget pour faire venir d’autres artistes. La fête de la musique par exemple, ça nous coûte de l’argent même. On loue du matos, c’est gratuit pour tout le monde, c’est ça le principe… Mais ces souvenirs, ils n’ont pas de prix. En plus, ça fait de la com’ quand même ! Il y a plein de photos, c’est repris sur les blogs, ça fait venir du monde…

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Aujourd’hui, comment vous vous organisez ?

On s’arrange, mais dans tous les cas on est ouverts tout le temps. Il n’y a pas eu un jour fermé en 6 ans, on est sérieux quand même… Même si on ne se prend pas au sérieux. Maintenant, on fait une semaine sur 2 mais avec beaucoup de souplesse, comme ça c’est plus fonctionnel pour travailler sur d’autres projets. On a plein de compétences qui ne se limitent pas à faire de la vente dans une boutique, donc on en profite, ça crée une bonne énergie.

Entre vous ca se passe toujours bien ?

Ouais super bien ! On a jamais eu une engueulade en 6 ans. On fait parfois quelques concessions…

Aujourd’hui, vous vivez tous les 2 de la boutique ?

Oui, oui complètement. On ne se verse pas des millions mais on a d’autres avantages.

 

Retrouvez la boutique Auguste juste là : http://augusteparis.com