F66A8793

« Quand j’étais au lycée, j’avais un vieux combi Volkswagen et j’organisais des soirées sur la plage. C’était déjà cette adrénaline-là qui me plaisait. »

A 22 ans, Hugo a eu la bonne idée d’organiser un petit événement dans son jardin en Normandie : la première édition du festival Tout un Foin. 4 ans plus tard, il réunit S-Crew, HollySiz, Gush , Elephant, Anaïs et Ayo en plein coeur de la ville de Bayeux. Interview backstage.

Où as-tu grandi ?

A Bayeux, à deux pas d’ici !

Quelles études as-tu suivies ?

J’ai eu un parcours classique mais l’école, c’était pas trop mon truc. A partir du lycée je ne me suis plus senti à ma place et j’ai d’ailleurs raté mon bac. Après ça, je suis parti vivre en Angleterre, à Brighton, en septembre 2007.

Qu’est-ce que tu as fait là-bas ?

J’étais barman. Ça s’est très bien passé, c’était vraiment ma première aventure, je me sentais autonome. Ensuite, en rentrant, j’ai ouvert un restaurant avec mon père en 2009. On avait aussi des chambres d’hôtes et un grand terrain. C’est comme ça que nous est venue l’idée d’organiser un événement.

L’idée du festival vient de la projection du film Grease au cinéma de Bayeux. Dans le film, il y a une scène de cinéma en plein air, et je me suis dit : « Il faut que je fasse quelque chose un soir chez moi et on verra bien ! ».

Tu as donc organisé la première édition de Tout un Foin dans ton jardin ?

C’est ça ! L’idée du festival vient de la projection du film Grease au cinéma de Bayeux. Dans le film, il y a une scène de cinéma en plein air, et je me suis dit : « Il faut que je fasse quelque chose un soir chez moi et on verra bien ! ».

Je faisais aussi partie d’une asso de théâtre donc je me suis dit qu’on pouvait organiser deux soirées : la première dédiée au théâtre et l’autre au cinéma. J’avais élaboré un petit budget prévisionnel, on avait 5000 euros devant nous, et j’avais obtenu des petits partenariats, trouvé une boîte de com’ pour m’aider… Il nous fallait 200 personnes par soir. C’était la première édition de Tout un Foin.

[awesome-gallery id=1474]

 

Comment ça s’est passé ?

Ça s’est super bien passé et on est rentrés dans nos frais. Mais à ce moment-là, l’idée n’était pas du tout d’en faire un événement récurrent, c’était juste un petit truc avec quelques amis et 5 ou 6 bénévoles.

Pourquoi avoir décidé de recommencer ?

Au lendemain de cette première édition, je me suis dit : « je le refais ou pas ? ». Si oui, il fallait un nouveau challenge et ce nouveau cap, ça a été la programmation d’une tête d’affiche : Ours, le fils d’Alain Souchon. On m’avait offert le CD, je l’écoutais quand j’étais en Angleterre, j’aimais beaucoup sa musique et même si l’imaginer dans mon jardin était impensable, je me suis lancé.

Pour faire venir Ours, il fallait que je réunisse à peu près le budget du premier festival. Je me suis dit : « Allez, on le fait. On va trouver plus de partenaires, plus de budget… »

Comment l’as-tu contacté ?

J’ai tapé « tourneur Ours » dans Google et j’ai envoyé un mail à PyrProd. J’ai alors rencontré Benjamin avec qui le courant est tout de suite passé. Pour faire venir Ours, il fallait que je réunisse à peu près le budget du premier festival. Je me suis dit : « Allez, on le fait. On va trouver plus de partenaires, plus de budget… » et c’est ce qui s’est passé. La deuxième édition a eu lieu avec Ours. J’étais très ému d’y être arrivé, c’était très intense.

Tout un Foin 2015

Lors de la troisième édition, tu as quitté ton jardin pour un espace bien plus grand à Bayeux. Comment ça s’est mis en place ?

Au lendemain de la seconde édition, j’ai eu un gros coup de blues. Mes parents se sont séparés, ils ont vendu la maison et je me suis retrouvé sans lieu. J’ai donc décidé de partir au Québec début 2012 pour être assistant à la coordination d’un événement là-bas. J’étais dans une petite ville et je me suis pas mal ennuyé pendant 3 mois… J’en ai profité pour réfléchir et ça m’a redonné de l’énergie pour continuer.

Je suis rentré en France mi-2012 et à ce moment-là, la municipalité avait décidé de mettre un terme à un festival qui marchait de moins en moins bien. J’ai alors contacté l’adjoint au Maire, on a déjeuné ensemble et il m’a dit : « Banco, l’année prochaine, on installe Tout un Foin à Bayeux ». Dans l’endroit même où on est aujourd’hui.

On a ouvert le festival à 16h et à 16h05, il commençait à pleuvoir des cordes, on a dû évacuer les lieux et annuler la soirée.

Cette année-là, tu as réuni une belle programmation (Alex Beaupin, Fauve, Archimède, Margaux Avril…). Comment cela a pu prendre une telle ampleur aussi rapidement ?

J’ai eu la chance de rencontrer une société qui s’appelle Deuxminutestrente (management d’artistes, édition musicale…) via une artiste qui m’a mis en contact avec Maxime Delauney.

C’est quelqu’un qui a un réseau de fou : il est manager d’Alex Beaupin et de Charlotte Gainsbourg, il est aussi producteur de cinéma. Moi, j’étais super impressionné… Lui et ses associés sont originaires de Basse Normandie, le projet leur a plu, l’idée d’aider un gamin aussi ! On a donc décidé de travailler ensemble sur l’organisation du festival. Eux, leur job c’est de convaincre les artistes de venir et moi d’organiser tout ça. Ils m’ont vraiment aidé et c’est devenu une aventure collective.

Mais finalement cette édition ne s’est pas passée comme prévu ?

Pas vraiment ! La première soirée du vendredi (cinéma en plein air et Alex Beaupin) s’est bien passée mais le samedi c’était le drame ! Avis de tempête, vigilance orange. On a ouvert le festival à 16h et à 16h05, il commençait à pleuvoir des cordes, on a dû évacuer les lieux et annuler la soirée.

F66A8930

Comment avez-vous réussi à rebondir suite à cette annulation ?

Pour la première fois, on avait souscrit une assurance annulation donc ça limitait la casse, mais pas complètement… Comme Fauve avait été vraiment déçu de ne pas pouvoir jouer, on leur a proposé de revenir en décembre et d’organiser ce qu’on appelle maintenant le « Winter TUF ». C’est un événement en hiver qui pour cette fois a été un concert de soutien à l’association, suite à l’annulation. Fauve est donc revenu jouer gratuitement à la salle de Bayeux. On a vendu 1500 places et grâce à ça on a pu remonter le festival cette année avec Hollysiz, S-Crew, Gush, Anaïs…

Je suis coordinateur du festival depuis le mois de juin et salarié de l’association grâce aux emplois Avenir.

Aujourd’hui, tu travailles à temps plein sur le festival ?

Oui, c’est super. Je suis coordinateur du festival depuis le mois de juin et salarié de l’association grâce aux emplois Avenir. En parallèle je monte aussi des projets avec WK, un street-artiste, et je suis maintenant conseiller municipal à la Mairie de Bayeux !

Tu entres déjà en politique ?

En fait, en décembre, on m’a proposé de me présenter sur les listes municipales du Maire sortant. J’ai beaucoup réfléchi et je me suis rendu compte que c’était quelque chose que j’avais envie de faire. J’ai vraiment envie de m’impliquer pour la ville.

Tu es associé à un parti ?

Non, c’était une liste sans étiquette, c’est aussi ça qui m’a plu. On a donc été élus en mars 2014 et je suis aujourd’hui au Conseil Municipal dans 3 commissions : culture, commerce et tourisme. C’est super intéressant, j’apprends plein de trucs…

F66A8842

Comment vois-tu ton avenir ?

J’ai envie de monter d’autres projets ! En 6 ans, les choses ont beaucoup évolué pour moi, j’ai fait plein de trucs, et j’ai envie de rester dans cette dynamique. Mes envies d’aujourd’hui ne sont pas les mêmes qu’avant…

Là, par exemple, on a développé un projet avec les hôpitaux de Bayeux pour organiser une projection de films pour les enfants, en partenariat avec l’association les Toiles enchantées parrainée par Ayo. On a fait un appel aux dons via KissKissBankBank et on a cherché des partenaires. Ça a fonctionné, les places ont été vendues et on va organiser une projection pour 50 à 70 enfants.

J’ai réalisé le fait que tout pouvait s’arrêter assez vite…

Cet événement a l’air d’être particulier pour toi ?

Oui, il est très important pour moi parce qu’il a une résonnance très personnelle…

J’ai eu un accident quand j’étais petit. A 8 ans, j’ai eu une double fracture du crâne et une hémorragie cérébrale après avoir heurté une barre de protection dans un parc d’attractions. J’ai vécu ça assez normalement quand j’étais petit, puis je me suis rendu compte que j’étais quand même passé à pas grand chose de la mort. Ça arrive à beaucoup de gens, mais moi je l’ai vraiment interprété comme une chance et j’ai réalisé le fait que tout pouvait s’arrêter assez vite…

Qu’est-ce qui te motive finalement ?

L’adrénaline. Ce soir, on est ici et tout ce monde est là grâce à notre initiative, c’est assez touchant.

Quand j’étais au lycée, j’avais un vieux combi Volkswagen et j’organisais des soirées sur la plage. On installait un gros barbecue, une sono, et chacun venait avec son bout de viande. On a fait trois éditions comme ça, c’était complètement illégal. La dernière fois, on a réuni 500 personnes… C’était déjà cette adrénaline-là qui me plaisait.

 

www.toutunfoin.fr