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 « Passé le cap de la trentaine, on a envie de créer un truc à soi. »

Après 10 ans passés à conceptualiser les marques des autres, Gauthier a décidé de rouler pour lui et monter son business. En mars 2014, il ouvrait les portes du premier hôtel pour chats à Paris : Aristide (le nom de son chat). Un lieu unique en son genre, temple du lolcats et point de ralliement des félins de Paname. 

Où as-tu grandi ?

J’ai grandi en banlieue parisienne. Après avoir eu mon bac, j’ai fait une prépa puis une école de commerce en cycle européen. J’ai étudié à Londres et à Berlin, où j’ai terminé mes études.

Quelles ont été tes premières expériences professionnelles ?

Après avoir eu mon diplôme, je suis resté en Allemagne où j’ai travaillé dans une agence de pub. J’étais planner stratégique, je travaillais sur les campagnes de communication. Ça me plaisait beaucoup, j’ai appris plein de choses. Ensuite, je suis revenu à Paris où j’ai travaillé pour l’agence BETC pendant 3 ans avec des marques comme Monoprix, Sephora, les hôtels Accor ou Disneyland. Ça m’a vraiment inspiré pour monter mon projet.

D’où t’est venue cette idée d’entreprendre?

J’avais d’abord une envie d’indépendance. Passé le cap de la trentaine, on a envie de créer un truc à soi. J’étais passionné par mon métier dans le marketing, je voulais vraiment l’appliquer à un projet et pouvoir prendre toutes les décisions. Comme j’adore les lieux, j’ai eu l’idée de développer un lieu avec une atmosphère, une identité, une ambiance…

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Comment as-tu eu l’idée de créer un hôtel pour chats ?

J’ai toujours eu un chat à la maison depuis mon enfance. Quand je suis rentré dans la vie active, j’ai pris un chat allemand à Hambourg : Aristide. C’est lui qui m’a inspiré.

Comme beaucoup d’entrepreneurs, l’idée m’est venue car c’était une problématique à laquelle j’étais confronté dans mon quotidien. Je cherchais des solutions et rien ne me plaisait. Je payais des cat-sitters qui venaient 10 minutes par jour pour nourrir le chat et je ne trouvais pas ça terrible. Tu peux demander à tes potes de te dépanner mais certains n’aiment pas les chats, d’autres sont allergiques…

Je trouvais qu’il n’y avait pas de solution adaptée aux citadins, aux nouveaux propriétaires de chats, les 25-40 ans qui vivent en ville et qui attachent pas mal d’importance à leurs animaux.

Puis c’est marrant, mais l’image du chat a beaucoup changé avec internet et les Lolcats. Avant c’était la petite mamie qui avait un chat, maintenant c’est devenu socialement acceptable !

Ce marché-là, que ce soit la garde ou les accessoires, c’est soit super cheap, soit tout de suite dans des excès de luxe. Moi je voulais faire quelque chose entre les deux, un service de qualité et bien pensé pour les chats. J’ai donc décidé de créer une marque de référence d’hôtels pour chats avec un label de confiance.

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Quel a été le déclic ? Le moment où tu as quitté ton job pour te lancer ?

Avec des potes de l’agence, on passait nos déjeuners à faire des brainstormings pour trouver des idées de business. A un moment, quand chacun d’entre nous a eu son projet en tête et que mes amis sont partis monter leur affaire, je me suis dit : « Ok, moi aussi j’y vais ».

Je suis quelqu’un de très perfectionniste et j’aime bien que les choses soient vraiment peaufinées avant de me lancer. Mais cette fois, je n’avais jamais été aussi sûr de moi, alors que c’est la décision la plus risquée que j’ai prise de ma vie ! J’avais profondément envie de le faire, je ne voulais pas avoir de regrets.

L’été 2012, j’ai négocié une rupture conventionnelle, j’ai quitté mon emploi, j’ai pris un peu de vacances, puis je me suis mis à faire des études de marché et à monter un business plan. J’avais 2 ans pour développer mon projet.

Il faut une formation pour ouvrir ce type d’établissement ?

Oui, il faut avoir un certificat de capacité pour ouvrir un lieu animalier. C’est une formation de 6 jours, dispensée par des vétérinaires, sur le comportement animalier, l’hygiène…

Comment as-tu développé ton projet ?

En France, le milieu de l’entreprenariat est presque tentaculaire et tu peux rencontrer plein de gens, trouver une grande aide et pourquoi pas des financements. Donc j’ai d’abord présenté mon projet dans des salons et des apéros d’entrepreneurs pour tester la formule et avoir quelques retours.

Ensuite, tout s’est enchaîné pour affiner le projet. J’ai développé un réseau dans le milieu de la santé animale en rencontrant des vétérinaires et des partenaires. J’ai commencé à chercher un local à Paris et à imaginer à quoi ressemblerait le lieu. En parallèle, je cherchais des investisseurs.

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Comment as-tu réuni le financement ?

Il me fallait environ 300 000 euros pour le local et les travaux. J’avais quelques petites économies et mes indemnités, j’ai emprunté un peu à ma famille, et mon ancien directeur d’agence en Allemagne a investi dans le projet. Il restait donc à compléter avec un prêt de la banque !

J’y suis vraiment allé pas à pas. J’ai dû solliciter une vingtaine de banques et j’ai eu pas mal de refus. Ça a été très long car tout le monde attend quelques accords, que le lieu soit signé… J’ai trouvé le local en mai et j’ai eu les clefs en décembre !

La dernière phase de financement s’est faite sur KissKissBankBank, car je voulais absolument pouvoir faire construire une « play room », une pièce où les chats pourraient se retrouver pour jouer. Je n’avais pas le budget nécessaire au départ. A l’époque, j’ai rencontré les dirigeants de la plateforme qui m’ont proposé de faire un appel aux dons et j’ai pu récolter 19 400 euros ! Ça m’a vraiment touché que les gens choisissent d’investir dans mon projet.

Comment as-tu trouvé ce local si particulier ?

J’ai cherché pendant plusieurs mois avant de le trouver mais quand je l’ai vu, j’étais sûr que c’était ce que je voulais : pignon sur rue, haut de plafond, avec du cachet et au calme, c’était exactement ça !

Qu’est ce qui fait l’identité d’Aristide ?

Je voulais vraiment créer un univers différent de ce que l’on peut voir dans une animalerie lambda.

Quand j’ai quitté l’agence, j’avais créé un blog qui s’appelle le blog du félin urbain, dédié aux accessoires pour chat et à la culture geeko-féline. Ce blog m’a pas mal aidé à dénicher des marques sympas au quatre coins du monde, autour de l’univers du chat. Je trouve que la boutique retransmet bien l’ambiance du lieu et l’esprit qu’il y a chez Aristide.

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Comment se sont passés les premiers jours après l’ouverture ?

J’avais prévu d’ouvrir en décembre mais souvent tout ne se passe pas comme prévu ! J’ai donc ouvert le 22 mars et on a eu du monde tout de suite car il y a eu un bon relais dans la presse, c’était bien pour se mettre dans le bain. A Paris, beaucoup de gens partent pour de courts séjours ou des déplacements professionnels, donc il y a plein d’occasions de venir ici. Pour le moment, on tourne bien !

Quel est ton quotidien ?

Il y a encore beaucoup de protocoles à caler et je suis en phase de rodage. Tous les jours, il y a plein de choses à faire : s’occuper des chats, changer les litières, répondre aux clients, gérer la communication… Aujourd’hui, j’ai deux assistants vétérinaires qui m’aident et une troisième personne va bientôt arriver. Cela fait à peine 2 mois, et j’ai bien la tête dans le guidon !

Ça te plaît cette nouvelle vie ?

Quand j’étais consultant en stratégie de marque, j’étais vraiment dans le concept mais absolument pas dans l’opérationnel, c’est notamment pour ça que je me suis challengé pour savoir si j’étais capable de réaliser quelque chose. Aujourd’hui, j’aime le fait de faire quelque chose à moi, je suis content de me lever tous les matins pour venir ici. Même si c’est beaucoup de contraintes, et que je n’ai jamais été aussi fatigué de ma vie !

Tu as des enfants ?

Non j’ai un chat ! Je me suis marié l’année dernière. Ma femme m’a bien soutenu, c’est super important. Elle travaille chez L’Oréal. On garde chacun notre indépendance, on n’a jamais imaginé monter ce projet à deux.

Comment comptes-tu développer Aristide ?

L’idée serait d’ouvrir plusieurs hôtels et de mettre en place des franchises avec la même qualité de service, d’accueil et de prestation mais avec un esprit toujours propre au lieu. Mais on n’y est pas encore, il faut déjà que je fasse ma compta (rires).

 

www.aristide-hotel.com

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