F66A7793

« C’est important de suivre sa voie, pourvu qu’elle soit en montant. »

Gabrielle a 33 ans et vit à Paris. Il y a quelques années, elle était graphiste et illustratrice jusqu’au jour où elle a débarqué dans une salle de yoga et attrapé le virus. Après plusieurs mois de formation, elle est devenue prof de yoga. Aujourd’hui elle a trouvé un équilibre et est libre de composer son emploi du temps en fonction de ses besoins et surtout de ses envies…

Où as-tu grandi ?

J’ai grandi en Afrique jusqu’à l’âge de 10 ans. J’ai fait le Nigeria, le Congo, la Côte d’Ivoire… Puis, j’ai passé mon adolescence en France à Paris où ça a été un peu dur de m’adapter !

Que faisaient tes parents ?

Mon père travaillait pour une boîte dans le domaine de l’industrie automobile en Afrique et ma mère a arrêté de travailler pour le suivre. Elle faisait de l’astrologie, de la numérologie ou de la graphologie, de façon plus légère…

Tu as fais tes études en France ?

Oui, j’étais à l’école alsacienne et puis j’ai fais 5 ans d’études artistiques à l’ESAG Penninghen où j’ai été diplômée d’arts graphiques en 2003. J’ai travaillé pour la Samaritaine puis en tant que graphiste en agence ou dans des boîtes de production, mais ça m’a vite embêtée. Donc je me suis lancée en freelance, et là j’ai commencé à bosser sur ce que j’aimais, c’est-à-dire la photo et l’illustration. J’ai fait des bouquins pour enfants, des e-books, des concours avec les mairies, les salons de jeunesse de Montreuil, et toujours de la photo, des expos à gauche et à droite, un peu de travail aussi pour des magazines… C’était super cool mais je ne gagnais pas très bien ma vie.

Après une heure et demi de cours, je me suis demandée comment j’allais faire pour rentrer, j’étais allongée sur mon tapis, c’était extatique !

Comment as-tu découvert le yoga ?

Je faisais beaucoup de danse depuis l’âge de 4 ans, j’avais même envisagé une carrière professionnelle à une époque. Et un jour, mon prof de danse a quitté Paris et là j’ai cherché autre chose… Quelqu’un m’a dit que je devrais essayer le yoga. J’ai commencé par un cours de yoga Bikram*. Après une heure et demi de cours, je me suis demandée comment j’allais faire pour rentrer, j’étais allongée sur mon tapis, c’était extatique ! Je ne connais pas trop la drogue, mais là je me disais wouaw j’ai vraiment découvert un truc ! C’est une période où j’étais en pleine rupture et je sentais que les postures de yoga avaient un vrai effet sur mon émotionnel et sur mon corps, alors bien sûr j’y suis retournée.

* Le yoga Bikram est une série de 26 positions (asanas) et de deux exercices de respiration (pranayamas) pratiqués dans une salle chauffée à 40 degrés.

Comment a évolué ton apprentissage ?

Je faisais beaucoup de yoga Bikram et comme je me débrouillais bien, ils m’ont proposé de partir pour les championnats de yoga en Californie. Là je me suis dit que ce n’était pas du tout comme ça que je voyais le yoga ! En plus, le côté compétitif c’était déjà ce qui m’avait éloigné de la danse. Donc partir de ce moment-là, j’ai commencé à chercher d’autres cours et j’ai commencé à m’ouvrir à d’autres formes de yoga comme le Yoga Vinyasa (dynamique) à la Fédération Française de Yoga avec Gérard Arnaud. Il donnait une formation professionnelle quelques semaines plus tard et comme j’aimais vraiment ses cours je lui ai demandé si je pouvais la faire pour moi.

F66A7832

Comment s’est passée la formation ?

C’était tous les week-ends pendant un an, puis une semaine de formation complète et 3 semaines de modules en Inde. Il faut aussi pratiquer régulièrement, c’est un nombre d’heures de pratique qui doit être validé.

 Je faisais la formation uniquement pour comprendre comment fonctionnait mon corps, je ne pensais absolument pas devenir prof de yoga à ce moment là !

Tu continuais à travailler en tant que graphiste ?

Oui, je travaillais la journée pendant la semaine. D’ailleurs au début je faisais la formation uniquement pour comprendre comment fonctionnait mon corps et approfondir ça, je ne pensais absolument pas devenir prof de yoga à ce moment là !

Ton travail ne te plaisait plus ?

Ce qui m’a toujours plu, c’est le côté créatif, par contre je pense que je ne suis pas faite pour travailler dans une agence ou une structure avec des horaires fixes. On fait de la création mais très dirigée, il y a un vrai manque de liberté. Ce qui ne veux pas dire que je ne peux pas travailler sur un projet que l’on me donne, mais c’est mieux de pouvoir le mener à bien en ayant la possibilité de respirer et en sachant que si on a fait appel a toi c’est pour ta sensibilité et ton savoir-faire.

Comment as-tu commencé à donner des cours ?

A la fin de ma formation, Gérard Arnaud m’a proposé d’enseigner dans son cours, et de prendre 2 créneaux, j’ai dit why not ?

Comment s’est passé ton premier cours ?

Pour mon premier cours, j’étais super à la fraîche et sûre de moi et ça a été un fiasco ! Je me suis dit que je n’avais pas assuré… Je crois que la veille, j’avais un peu trop bu… Donc à partir de ce moment-là, je me suis dit que je devais planifier un peu mes cours et les répéter. Après évidemment, en pratiquant ça devient une seconde peau.

[awesome-gallery id=334]

 

Comment a réagit ton entourage quand tu leur a annoncé  ?

Déjà quand j’ai voulu faire un métier artistique tout le monde m’a dit « Quoi ? Tu vas faire de l’art ? » Ma grand-mère était paniquée… Donc quand j’ai commencé le yoga, j’ai eu à peu près les mêmes réflexions : Pourquoi tu lâches ton métier ? Pourquoi le yoga ? Il faut dire que ça ne fait que 2 ou 3 ans qu’on voit le yoga comme un truc cool, avant pour la plupart de gens, c’était un truc bizarre. Autour de moi, ils se disaient « Gabrielle, elle plane à 2000, elle marche sur du feu, elle fait de la médiation en lévitation, c’est un peu une sorcière… » Mais bon tout le monde s’y fait. C’est normal, quand tu veux changer de voie, il y a toujours des gens qui te soutiennent et d’autres non.

Aujourd’hui, je pourrais travailler 2 fois plus mais je n’ai plus de place !

Comment as-tu réussi à développé ton activité ?

Quand j’ai commencé à être prof, j’ai des amis qui m’ont demandé si je pouvais leur donner des cours et puis de fil en aiguille, les gens m’appelaient et voilà. Je n’ai jamais vraiment démarché sauf pour les workshops et les retraites pour lesquelles on fait un peu de promo sur facebook mais sans acharnement. J’ai eu aussi quelques coup de pouces, des parutions dans des magazines… Aujourd’hui, je pourrais travailler 2 fois plus mais je n’ai plus de place ! Les créneaux du matin sont très demandés en plus de ceux du soir, donc je propose des créneaux l’après-midi mais je ne peux pas me démultiplier…

Quel est ton quotidien ?

Dans mon lit le matin, j’ai un processus de réveil, pour respirer et être consciente de mon corps parce que je n’ai pas forcément le temps de me faire 20 minutes de méditation. Après je prends un gros petit dej’ et je pars en scooter à droite et à gauche pour des cours particuliers. Si j’ai un break dans l’après-midi je prends le soleil ou je passe chez moi me faire une heure de relax si je suis fatiguée. Le soir j’ai souvent des cours vers 18-19h et parfois les gens restent dîner à la maison. En général, j’essaie aussi de me programmer régulièrement des petites vacances et des moments de break.

F66A7773

Que peut apporter le yoga ?

Le yoga nourrit de l’intérieur et toutes les postures ont été conçues pour travailler autre chose que le physique, comme l’émotionnel, ou le travail hormonal et psychologique parce que ça change des choses en soi. Le travail physique est intéressant pour l’entretien mais c’est surtout un travail de méditation, d’inconscient avec lequel on peut travailler dans sa vie pour aller mieux, pour être mieux avec soi-même et avec les autres. Ça peut prendre 6 mois ou un an, on ne le sent pas forcément mais il y a souvent quelque chose qui se passe derrière.

Est-ce que tu continues à te former ?

Oui, je continue à me former et à pratiquer avec d’autres profs. Je fais régulièrement des stages et si je pars en voyage, je vais chercher un cours de yoga pour me faire une petite pratique et voir comment ça se passe… Je fais aussi du reiki, une thérapie énergétique de guérison d’origine japonaise. Je continue dans cette idée de soigner les gens à différents niveaux, sur le psychique, l’émotionnel etc… L’idée est d’avoir plusieurs cordes à mon arc.

Aujourd’hui tu gagnes bien ta vie avec le yoga ?

Oui ! Mais par contre il faut bosser. On peut très bien gagner sa vie avec le yoga.

 Je pense que quand on est raccord avec là où on doit être et ce qu’on doit faire, ça le fait.

Est-ce que parfois tu regrettes ta vie d’avant ?

Absolument pas ! Avant j’étais 24/24 en pyjama chez moi, parce que dans la création tu peux travailler avec Miami, envoyer des fichiers sans rencontrer personne ! On devient vraiment isolé… Donc d’un coup j’ai pu vraiment partager un truc avec des gens, partager ce que moi j’avais reçu, et en plus amener du bien-être aux personnes ! Quand on a plein de bons retours, c’est bien. Beaucoup de mes élèves sont devenus des amis, quand le cours est chez moi le soir, on se fait des dîners après, c’est convivial.

De toute façon, je pense que quand on est raccord avec là où on doit être et ce qu’on doit faire, ça le fait. Quand ça coule tout seul, il ne faut pas trop se poser de questions et y aller. Aujourd’hui, on est des générations mobiles, on ne fait pas tous le même métier toute notre vie, ça devient presque normal.

Comment vois-tu l’avenir ?

Je vais essayer de trouver un équilibre car donner 5 heures de cours par jours ça peut devenir lassant. J’aimerais bien me concentrer sur les ateliers et les retraites, c’est plus complet, les gens s’immergent et on peut créer quelque chose. Et c’est un peu des vacances aussi pour moi ! Sinon, je développe les soins énergétiques et ça je ne m’en lasse pas. La finalité ce serait aussi d’avoir mon lieu à moi, dans la nature ou proche de la mer, où je pourrais avoir mon atelier et reprendre des activités créatives et y faire quelques semaines de retraites. C’était bien d’être à Paris pour me former et apprendre mais là j’ai envie de bouger.

F66A7749

Il y a des livres ou des gens qui t’ont inspirés ?

Plein ! Mon prof de yoga, Gerard Arnaud. J’ai fait aussi beaucoup de retraites de pleine conscience et j’ai rencontré de grands maîtres comme Thich Nhat Hanh qui a créé le village des pruniers près de Bordeaux, c’est extraordinaire. Et puis bien sûr, tous les profs qui m’ont donné des cours, toutes les personnes que j’ai rencontrées dans ma vie. J’ai lu aussi beaucoup de livres comme « Bouddha mode d’emploi » ou « Le pouvoir du mot en présent », « Le yoga comme art de soi ». Il y en a tellement…

Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui voudrait changer de voie ?

Je pense que si c’est quelque chose qui grandit en soi il faut commencer par se réserver du temps pour regarder, apprendre et commencer à se former soi-même. Parler autour de soi aussi de son désir à sa famille et ses amis. Les gens te mettent aussi en contact avec des gens parfois… C’est important de suivre sa voie, pourvu qu’elle soit en montant.

*

Les photos ont été prises au Yoga Village à Paris et chez Gabrielle.