En 2015, et après de nombreux voyages, Lucile Salamone et Hakim Ghachou, ont lancé Beldy, un e-shop consacré à la décoration et à l’artisanat berbère. Plusieurs fois par an, ils partent sur les routes marocaines, dans les régions du moyen Atlas, de l’Ourika et d’Essaouira pour aller à la rencontre des artisans avec qui ils co-créent des objets à mi-chemin entre tradition et modernité, dans le respect de la culture locale.

Qui êtes-vous et que faisiez-vous avant de lancer Beldy ?

Lucile : J’ai étudié à l’IAE de Lille en marketing avant de partir aux Pays-Bas. En 2011, je suis rentré en France et j’ai travaillé dans plusieurs agences de marketing digital avant de créer Beldy avec Hakim en 2015. Aujourd’hui, je travaille à 100% sur le développement de la marque.

Hakim : Après des études en communication, j’ai alterné des postes en politique, en agences de communication puis chez l’annonceur avec pour spécialité la communication corporate. Contrairement à Lucile, je partage mon temps entre deux activités, dont Beldy, mais en 2018, j’espère que je pourrai me consacrer à 100% à notre marque !

Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Hakim : On s’est rencontrés par des amis en commun, on s’est rapprochés car on avait le même goût pour la décoration, le design, les brocantes mais aussi les voyages. On a pas mal baroudé ensemble et on a la même vision du tourisme, c’est-à-dire qu’on s’intéresse aux “à côtés”, aux petites choses, à l’artisanat local…

On a la même vision du tourisme, on s’intéresse aux “à côtés”, aux petites choses et à l’artisanat local.

C’est comme cela que vous avez eu envie de vous lancer dans la déco et de créer Beldy ?

Lucile : Oui. Pendant un voyage au Mexique, on est tombés amoureux de l’artisanat local. On a voulu importer certains objets mais c’était très compliqué donc on a laissé tomber mais l’idée de lancer ensemble une marque, qui mettrait en avant l’artisanat local venu du monde entier, est restée.

Hakim : Beldy est aussi né de mes souvenirs d’enfance quand j’allais en vacances au Maroc en famille. Très jeune je me suis intéressé à la décoration sous l’impulsion de ma grand-mère qui me sensibilisait déjà aux matières comme le cuir, le bois, la laine mais aussi au graphisme et aux motifs tribaux. Elle-même était totalement tatouée de la tête au pied ! J’éprouvais depuis longtemps le besoin de démarrer un nouveau projet créatif autour de ses racines lointaines. Alors, en 2015, après de multiples voyages à sillonner le Maroc, on a décidé de s’associer et de créer Beldy !

Quelle est l’idée de départ?

Lucile : Conjuguer modernité et tradition à travers des objets, des accessoires, des matières, des combinaisons de couleurs naturelles à mille lieues du prêt-à-consommer actuel. « Beldy » signifie littéralement « du pays » et exprime une certaine vision du savoir-faire artisanal et de l’authenticité.

Hakim : On veut aussi raconter et transmettre l’histoire de la culture berbère et l’histoire propre à chaque objet. Quand les femmes tissent par exemple, c’est un vrai moment de sociabilité. Elles sont ensemble et parlent de leur vie, les tapis racontent une partie de ces histoires.

« Beldy » signifie  « du pays » et exprime une certaine vision du savoir-faire artisanal et de l’authenticité.

Concrètement, comment fonctionne Beldy en termes de logistique ?

Lucile : Nous dessinons la majorité de nos produits et très souvent en partenariat avec les ateliers qui vont ensuite les réaliser.

Hakim : Pour ça, faut aller dans les villages berbères ou dans les coopératives pour rencontrer les artisans et organiser la production et la réalisation, puis acheminer les produits jusqu’à Fès, Rabat, Casablanca ou Marrakech et négocier ensuite avec les transporteurs pour que la marchandise puisse arriver à Paris, sans oublier la partie administrative et douanière…

Et financièrement ?

Hakim : Nous avons eu la chance de pouvoir financer notre projet par nos propres économies dès le départ. La mise en production de nos créations, le lancement du site et la communication ont été des postes assez couteux mais on voulait garder cette liberté de création et d’action.

Lucile : Aujourd’hui Beldy est rentable car nous ne sommes pas revendeurs. La force de la marque c’est qu’elle est créatrice des produits contrairement aux autres markets places qui revendent en gros sur un e-shop.

La force de la marque c’est qu’elle est créatrice des produits contrairement aux autres markets places.

Comment vous répartissez-vous les tâches au sein de votre duo ?

Lucile : Hakim est en charge de la production et des partenariats et moi je m’occupe de la logistique, la relation client et de la communication. Nous sommes complémentaires, nous avons la même approche sur la partie créative et sur l’ADN de que l’on souhaite donner à la marque.

Hakim : Je connais bien les traditions et je parle arabe et berbère donc c’est moi qui fais les déplacements plusieurs fois par an.

Qu’est-ce qui va se passer pour la marque dans les mois à venir ?

Hakim : Plusieurs projets sont en cours dont l’ouverture d’une boutique en 2018 et le développement d’une activité de décoration d’intérieur. Nous avons également quelques collaborations qui devraient voir le jour avant la fin de l’année 2017 avec Voyageurs du Monde, RED Edition ou encore le Royal Mansour à Marrakech.

Lucile : En 2018, on espère aussi pouvoir effectuer notre premier recrutement, accueillir un stagiaire ou un alternant et pourquoi pas avoir nos propres bureaux car pour l’instant nous travaillons depuis nos appartements ou des espaces de coworking.

Un rêve pour Beldy ?

Hakim : Notre rêve serait de pouvoir continuer à faire de belles collaborations et de réunir artisans et artistes pour créer le premier Bauhaus marocain !

Lucile : A plus court terme, j’aimerais que Beldy devienne « le cabinet de curiosité » de la décoration d’intérieur.

www.beldy.fr

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Interview : Agathe Morelli
Photos : Armand Lagrange @lagrangiger