© Benoit Linero. Portrait de Lago 2 Feu réalisé à la Fontaine de Belleville, Paris.

Elle aurait pu être l’héroïne d’un film. Faire sauter un coffre-fort comme Frank dans Le Solitaire de Michael Mann. Être Thelma ou Louise, embarquer son gang de go dans un road trip trépidant. Se lancer à la conquête du Trône de fer, être gangster ou la Maggie de Million Dollar Baby. Mais pour laisser vivre l’intérieur de sa tête, Lago 2 Feu a choisi de camper un autre personnage : elle est devenue rappeuse. L’endroit idéal quand on est une femme révoltée avec de l’énergie à revendre et bien des combats à mener !

Le tout premier commence par un appel à la danse. Exit le rap ouvertement engagé, Lago 2 Feu arrive comme un feu d’artifice pour chanter la femme et ses rêves de billets violets. Et dans cette célébration, l’organisation est quasi-militaire. Elle a même un nom de code : « Système, Diplomatie, Discrétion, Oui ».                       

Lago 2 Feu, elle « secoue sa ssecui » en musique comme tu le dis sur ton EP Calories mais pas que ! Tes journées sont rythmées par des entraînements dignes d’une sportive de haut niveau !

Oui, je m’entraîne tous les jours et ça me donne une discipline de vie car je suis une bordélique. J’avais beaucoup trop d’énergie à l’adolescence. Surexcitée, je disais non à tout et on m’appelait même « la Galère » parce que je fatiguais mon entourage. Le sport m’a permis de me canaliser. Sans ça, je ne me sens pas bien aujourd’hui. Et puis, c’est une forme de liberté. Je bouffe énormément sauf qu’il arrive un moment où tu comprends que tu n’as plus 20 ans. La gravité, ça existe ! Il faut l’accepter et accompagner son corps dans ce changement. Mais je ne cherche pas à avoir le plus beau cul de l’Île-de-France ou les meilleurs abdos, je veux juste me sentir bien.

Ça ressemble à quoi un entraînement avec Lago 2 Feu ?

Je fais du street workout : je cours, je fais des squats, je soulève des poids. Je rêve qu’on m’offre un gilet lesté ! Alors en attendant, je mets des poids dans un sac à dos et je cours avec au parc. Si quelqu’un me croise, il sera très déçu d’ailleurs car je ne ressemble pas du tout aux canons qu’on voit sur Instagram. Je suis en jogging, dégueulasse, dans ma transpiration. Mais je pense qu’on a tous besoin d’avoir une bonne suée par jour. En transpirant on se vide la tête, on lâche ses toxines et il y a même une récompense à la fin : le shoot d’endorphine. Dans le fond j’ai une mentalité de droguée, j’ai besoin d’être dopée à quelque chose.

J’ai une mentalité de droguée, j’ai besoin d’être dopée à quelque chose.

Assez intense.

L’entraînement réussi c’est celui où tu as envie de vomir. Ce que je ne fais pas vivre aux autres filles. Mais oui, j’adore la galette ! Ça veut dire que tu t’es dépassée. Après je suis un paradoxe ambulant, je fume un paquet de clopes tout en m’entraînant une à deux fois par jour.

Tu es coach aussi ?

Je n’ai pas cette prétention. Je suis plutôt une « démarreuse ». Si tu as envie de faire du sport et que tu ne sais pas par où commencer, je peux t’aider. Je te booste et je t’accompagne parce que c’est le plus beau cadeau que l’on puisse se faire, de se reconnecter à soi-même. C’est une très bonne amie, la tatoueuse Laura Satana, qui m’a encouragée. Je l’avais aidée et elle a ensuite fait venir ses copines. Quand j’ai commencé, les filles ont toutes voulu me payer mais je ne me voyais pas prendre cinq euros par-ci ou par-là. Ça ne me semblait pas logique de mettre de l’argent entre cette femme qui vient courir et sa motivation. Après, tu fais quoi ? C’est comme au kebab : dix cours vendus, le onzième gratuit ? Non, je ne suis pas comptable.

Et puis un jour, des gens d’Adidas sont arrivés. Ils m’ont demandé de monter une équipe dans le 6e arrondissement de Paris. C’était super ! Les cours étaient gratuits pour l’équipe et moi, j’étais rémunérée. J’ai passé trois ans avec eux.

Tu viens du 6e arrondissement de Paris. Tu bouscules un peu ces clichés qui collent au rap. Les « il faut venir du quartier » ou « revendiquer sa street crédibilité ». On t’a souvent piquée sur le sujet ?

Oui et non. Je ne me suis jamais dit que c’était un obstacle mais plutôt une force. Quand tu es un rappeur, tu es un raconteur d’histoire. Et moi j’ai vu des choses qui me mettaient tellement hors de moi ! Et puis, il y a beaucoup de rappeurs aujourd’hui qui ont grandi dans des environnements très agréables. Je trouve ça beau qu’on me parle du 6e ! J’adore faire tache, qu’on se demande ce que je fais là. Ça vous dérange ? Ne vous inquiétez pas, chez les bourges je dérange aussi.

J’adore faire tache, qu’on se demande ce que je fais là.

Dans ton univers, il y a ce triptyque : « Lago, la cuisse, le biff ». Lago c’est pour le rap, la cuisse pour le sport et le biff pour l’argent.

Mon EP Calories, c’est une journée type de Lago où je suis obsédée par le fait de devoir faire des sous pour être libre et indépendante. Mes grands frères m’ont inculqué très tôt cette mentalité : sois autonome, pousse tes idées jusqu’au bout, n’écoute personne. J’étais une petite fille très colérique et l’un de mes frères avait ce truc qui ne m’a pas quittée : le SDDO, « Système, Diplomatie, Discrétion, Oui ». Si tu veux arriver à tes fins, il faut s’introduire discrètement dans le système, dire oui à tout, écouter pour pouvoir ensuite péter toutes les portes.

La suite de l’interview dans le numéro 4 de Encore disponible sur clubencore.fr

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Interview : Narjes Bahhar
Photos : Benoit Linero pour Encore

Mon EP Calories, c’est une journée type de Lago où je suis obsédée par le fait de devoir faire des sous pour être libre et indépendante.

Si tu veux arriver à tes fins, il faut s’introduire discrètement dans le système, dire oui à tout, écouter pour pouvoir ensuite péter toutes les portes.