© Kevin Jordan. Portrait de Ladj Ly réalisé en février 2017 sur un tournage à Clichy-sous-Bois.

Ladj Ly naît à Paris en 1980. Son père est éboueur à la Ville de Paris et sa mère s’occupe de la maison et des enfants. C’est à l’âge de 3 ans que lui et sa famille déménagent à Montfermeil, en banlieue parisienne. À l’époque, on présente la cité des Bosquets comme un quartier neuf où les gens vivent heureux mais Ladj en a un souvenir différent : « C’était le chaos. On est arrivés dans une période difficile et tendue où l’héroïne faisait des ravages… Après, on était enfants, on allait à l’école et on vivait normalement, j’ai de bons souvenirs de cette période. » C’est le début des ordinateurs et Ladj, plutôt bon élève, rêve d’être informaticien et fantasme sur son futur PC : « Je l’ai eu beaucoup plus tard ! » Il va au collège puis fait un an de BEP électrotechnique, une formation qui va le convaincre que sa place n’est pas là sans trop savoir où elle peut être. Mais impossible de rester à attendre une illumination, il vit chez ses parents qui ne lui laissent pas le choix. « J’ai cherché des formations et j’ai fait plein de stages différents et de petits boulots dans l’électricité, la peinture… des trucs qui ne me plaisaient pas forcément. » En parallèle, Ladj économise pour s’acheter une petite caméra et commence à filmer avec son collectif Kourtrajmé.

« On était une bande de potes et on se connaissait tous depuis la maternelle ou la primaire, on était tous liés. Ce qui a tout déclenché c’est le film La Haine. En 1995 quand le film est sorti ça nous a tous traumatisés et de là on s’est dit “Nous aussi on veut faire des films” comme Cassel et Kassovitz dont on était fans. »

Kim Chapiron, Romain Gavras et Toumani Sangaré montent alors le collectif Kourtrajmé avec l’idée de filmer la banlieue comme personne ne l’a jamais fait et d’apporter une autre vision des quartiers. Aujourd’hui, n’importe qui peut filmer avec un téléphone mais à l’époque, c’est le début du numérique et ils sont parmi les premiers kids à avoir des caméras et des logiciels de montage. Leur repère est une maison du 20e arrondissement, chez les parents de Kim (l’artiste Kiki Picasso et sa femme) où la bande écrit ses premiers scénarios et commence à mettre en image des histoires totalement décalées avec la cité comme terrain de jeux. L’un des premiers courts-métrages réalisé par Kim s’appelle d’ailleurs La Barbichette et met en scène les frères Wanted (Vincent Cassel et Olivier Barthelemy) dans un duel fraternel surréaliste où ils décideront de qui mettra le couvert à grands coups de tatanes. Ladj fait alors ses débuts en tant que comédien dans le film Les Bosquets-Montfermeil.

« Kim m’a dit : “Demain je viens aux Bosquets avec une caméra, on va faire des petites images” et il est venu filmer quelques ambiances. Et un jour il m’appelle en me disant qu’il a un truc à me montrer, le court-métrage qu’il a monté. Ce jour-là je me suis dit que c’était incroyable, qu’avec une petite caméra mon pote avait réussi à faire un montage avec de la musique et à rendre le truc vraiment beau, j’ai trouvé ça extraordinaire. C’était le début de l’aventure. »

 

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Interview : Marie Ouvrard
Photos : Kevin Jordan