Jeremy est artisan. Il y a vingt ans, au hasard d’une rencontre, il se prit de passion pour le verre, passion qui ne devait plus le quitter. Aujourd’hui à la tête du Four, premier atelier de soufflage parisien, il pense, design et fabrique des objets, luminaires et sculptures de verres. Ses créations se retrouvent dans le monde entier en vitrine des boutiques de luxe, dans des galeries et musées. Ses nuages de verre ont fait sa réputation internationale. Son histoire aussi. Celle d’un orphelin qui a dû se battre contre la toxicomanie et le cancer pour aller au bout d’un rêve.

Quel a été ton premier contact avec l’artisanat ?

En fait toute l’histoire commence en Afrique où j’ai grandi jusqu’à l’âge de 13 ans. J’ai découvert l’artisanat parce qu’on vivait dans des endroits où il n’y avait pas de magasins du type IKEA. Mes parents avaient beaucoup de respect pour les artisans et faisaient faire les choses localement : les canapés, les tables… Et c’est vrai que très tôt j’ai commencé à m’exprimer avec mes mains, avec la peinture, le dessin, la céramique… J’ai su très jeune que j’allais faire un métier manuel.

Suite au décès de mes parents, je suis allé au collège et au lycée en France, et à l’approche du Bac, ma prof’ d’arts plastiques m’a dit : « Jeremy, quoi que tu fasses, ne retourne plus à l’école. » J’étais tellement sérieux pendant ses cours qu’elle avait compris que ma route était tracée. C’est l’un des meilleurs trucs qu’on m’ait jamais dit. Même si je n’avais pas l’intention d’aller à l’université pour devenir avocat ou travailler dans la finance… À 18 ans, je suis donc parti aux États-Unis et j’ai voyagé. J’ai été soudeur dans les ports, j’ai travaillé comme agent technique en aéroport ou comme carrossier. Au gré des rencontres, j’ai atterri un jour dans un atelier de soufflage et tout de suite j’ai su que c’est ce que j’allais faire toute ma vie.

J’ai commencé à m’exprimer avec mes mains, avec la peinture, le dessin, la céramique… J’ai su très jeune que j’allais faire un métier manuel.

Qu’est-ce qui t’a interpellé en découvrant cet art ?

À la différence des autres matières que j’avais travaillées, celle-ci est vivante. Elle bouge, elle est chaude, elle est agressive, elle a du caractère, elle est délicate, elle est belle et dangereuse, hyper technique et sensuelle. Elle m’a fait énormément d’effet.

Au gré des rencontres, j’ai atterri un jour dans un atelier de soufflage et tout de suite j’ai su que c’est ce que j’allais faire toute ma vie.

Tu as tout de suite cherché à explorer la discipline ?

Oui. J’ai d’abord commencé par sympathiser avec le mec de l’atelier. Au début je passais le balai, et au fur et à mesure j’ai créé un lien avec lui. En échange de quelques heures de polissage, il me laissait souffler un bout de verre. J’ai appris comme ça, en voyageant d’atelier en atelier pendant dix ans. J’ai eu la chance de travailler pour les meilleurs souffleurs du monde en Italie, en République tchèque, aux États-Unis…

Tu gagnais ta vie en soufflant du verre ?

Non, j’ai mis quatorze ans avant de gagner ma vie avec mon travail. J’ai été barman, déménageur, ripper sur des plateaux TV… Tout ce qui se payait à la journée et en cash !

 À la différence des autres matières que j’avais travaillées, celle-ci est vivante… Elle me fait énormément d’effet.

Ça peut être épuisant comme double vie. Tu ne t’es jamais éloigné de cette passion par fatigue ou découragement ?

Ça n’a jamais été une question. Quand tu sais ce que tu vas faire toute ta vie, tu as juste à tout mettre en œuvre pour le faire. Et il y a dix ans, j’ai senti que c’était le bon moment pour me lancer. Je vivais à Miami mais j’avais envie de bouger donc j’ai googlé « verre soufflé à Paris » et j’ai vu qu’il n’y avait rien, donc tout à faire. Quelques semaines plus tard, je suis arrivé avec ma bite et mon couteau et la première année, je n’ai pas touché un bout de verre parce qu’il n’y avait… rien ! Ni atelier, ni outils. Et au fur et à mesure, j’ai entendu parler d’un atelier près de Nancy, dans un petit village. Donc avec mes petites économies, je me suis acheté une Citroën C15 de 1989 pour 500 euros sur Ebay et j’ai commencé à faire des allers-retours. J’étais rouillé, parce que quand tu n’as pas pratiqué pendant quelque temps, c’est dur de reprendre. En résumé : je travaillais comme un chien, je n’avais pas de thune et je rentrais sans aucune pièce à vendre mais je ne me suis jamais dit que c’était fini, j’en voulais encore plus… Donc j’ai trouvé des façons d’en avoir plus.

La suite de l’interview dans le numéro 4 de Encore disponible sur clubencore.fr

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Interview & Photos : Marie Ouvrard