À 15 ans, Cyril Paglino quittait l’école pour se consacrer au breakdance. Trois tours du monde plus tard, il participait à une émission de télé-réalité puis montait sa première start-up, un site de rencontres, qu’il plantait six mois après le lancement. Formé au digital et à l’entrepreneuriat à coups de tutos YouTube et d’interview de Xavier Niel, ce newcomer en est déjà à sa troisième start-up et vient de lever plusieurs millions pour le développement de Tribe. Aujourd’hui installé à Los Angeles et surmotivé, Cyril parle vite et assume ses échecs aussi rapidement qu’il en tire des leçons pour rebondir.

Cyril, dans ta première vie, tu étais champion de breakdance, comment as-tu découvert la danse ?

Grâce à la MJC de mon quartier qui avait proposé un stage de danse hip-hop durant l’été 1999. À ce moment-là j’avais 13 ans et comme on n’avait rien à faire, je me suis inscrit et je suis tombé amoureux de la danse. Je m’entraînais tous les soirs après l’école, puis chez moi grâce à des VHS qu’on me ramenait de Paris. Et j’ai commencé à aller aux Halles, près de Châtelet, le lieu où tous les danseurs hip-hop se retrouvaient entre 2000 et 2006. Il y avait entre deux et quatre cents danseurs qui venaient de partout pour s’entraîner le week-end et j’y allais tout le temps. À 15 ans, j’ai compris que je n’étais pas mauvais et que je commençais à être considéré pour ce que je faisais, donc j’ai décidé d’arrêter l’école pour me consacrer à la danse et devenir pro.

Personne n’a essayé de te dissuader d’arrêter l’école si jeune ?

Non. Je n’étais pas mauvais à l’école mais pas super brillant non plus et ma mère voyait bien que j’étais passionné par la danse. J’étais un peu l’homme de la maison, on vivait à quatre dans 55 m2 et comme rapidement j’ai commencé à gagner de l’argent en remportant des battles, c’était mieux que de dealer.

À 15 ans, j’ai compris que je n’étais pas mauvais et que je commençais à être considéré pour ce que je faisais, donc j’ai décidé d’arrêter l’école pour me consacrer à la danse et devenir pro.

À partir de ce moment-là, quelle a été ta vie ?

J’étais à fond, je m’entrainais 6 heures par jour, je m’imposais un régime alimentaire, j’étais super consciencieux. J’avais un mentor, Mohammed, plus vieux que moi, qui m’a donné beaucoup de conseils. Puis, on a formé un groupe, les Legitime Obstruction, avec une quinzaine de danseurs de Caen, de Massy, d’Orly… Au fur et à mesure, on a commencé à être sollicités pour danser dans des battles organisées par des mairies, puis on est devenus l’un des meilleurs groupes de France donc on a été appelés pour aller à Londres, en Espagne, en Pologne, puis en Asie, en Amérique du Sud… On a voyagé dans plus de soixante pays. À cette époque, j’étais sponsorisé par Nike et Red Bull et, entre ça et les prize money, je pouvais gagner entre 1500 et 3000 euros par mois ! À 17 ans, c’est pas mal… C’était un vrai apprentissage de la vie. J’étais le plus jeune donc un peu celui à qui on apprend tout : à conduire, à parler aux filles…

©Xavier de Nauw. Portrait de Cyril Paglino réalisé à Los Angeles.
Qu’est-ce qui t’a fait arrêter ?

À 20 ans je me suis blessé au poignet et j’ai commencé à me demander ce que j’allais faire après. J’avais déjà remporté beaucoup de compétitions, je connaissais la plupart des danseurs, et je ne voyais pas trop ce que je pouvais faire d’autre dans ce milieu. En même temps c’était les débuts du web et de Myspace (2004-2005) et j’étais complètement fasciné par le truc. Comme j’étais beaucoup à l’étranger, je passais mon temps dans les cybercafés, à gérer le site du groupe et mon Myspace. Et c’est comme ça que j’ai été contacté par une boîte de production pour participer à une émission de télé-réalité, Secret Story.

Pourquoi avoir accepté de jouer le jeu et de rester enfermé deux mois, filmé 24/24 ?

J’étais très opportuniste – et je le suis toujours – et à l’époque, je n’étais pas souvent en France. On m’a dit : « Ça va être bien payé, tu vas être très visible, ça peut être un tremplin. » Et même si je ne savais pas trop ce que ce que ça allait donner, ce qui était sûr c’est que j’avais besoin d’argent parce si j’arrêtais la danse à cause de ma blessure, j’allais être à sec. J’ai donc passé huit semaines enfermé dans une maison en plexiglass sur un parking de Seine-Saint-Denis à galérer avec seize autres jeunes… Au début, c’était très dur mais le but était d’être cool avec tout le monde pour rester le plus longtemps possible et gagner de l’argent. À ce moment-là, je ne me rendais pas compte qu’en sortant, je ne pourrais plus aller au McDo pendant six mois ! C’était fou…

À 20 ans je me suis blessé au poignet et j’ai commencé à me demander ce que j’allais faire après… J’ai été contacté par une boîte de production pour participer à une émission de télé-réalité, Secret Story.

Comment as-tu vécu ce succès fulgurant ?

Bien, parce que j’avais des bases solides et je ne me suis pas pris pour Michael Jackson. Je savais que ça allait retomber et qu’il fallait que j’envisage la suite. J’avais gagné 80 000 euros, c’était le moment de monter un business en ligne ! Alors j’ai lancé un truc très honteux : un site de rencontres. J’ai embauché deux personnes, investi 20 000 euros et on a arrêté au bout de six mois ! J’étais persuadé que ça allait être un carton et finalement ça n’a pas du tout marché…

Pourquoi ?

Parce que c’était dur ! C’est un vrai business de faire de l’acquisition… J’étais naïf et je pensais que, parce que j’avais une notoriété, tout le monde allait venir sur le site. Puis j’ai compris que ce n’est pas parce que j’avais mille visites que j’avais mille clients, qu’il fallait aussi les garder, et ça m’était complètement étranger…

Comment t’es-tu formé au digital et à l’entrepreneuriat par la suite ?

J’ai vraiment appris l’entrepreneuriat grâce à YouTube. Je passais mes journées à regarder des interviews d’entrepreneurs et de CEO de boîtes que je trouvais impressionnantes. J’ai dû voir des centaines de vidéos de Xavier Niel et de Marc Simoncini ! Pour moi, ils représentaient la première génération du web et il y allait y avoir de la place pour des projets qui transposeraient de nouveaux modèles économiques sur le web.

Donc de 2011 à 2012, j’étais radicalement dans ce truc-là, je ne faisais plus de danse, je ne sortais plus et je passais 15 heures par jours à essayer de comprendre comment ça fonctionnait. J’ai repris des Bescherelle, j’ai réappris à écrire, à formuler mes idées, je me suis nourri de tous les cours en ligne. C’est comme ça que je me suis formé.

J’ai repris des Bescherelle, j’ai réappris à écrire, à formuler mes idées, je me suis nourri de tous les cours en ligne. C’est comme ça que je me suis formé.

C’est étonnant de t’être isolé alors que tu as dû recevoir énormément de propositions ?

Oui mais j’ai tout refusé car je savais que ce n’était pas pour moi. Je ne voulais pas présenter le zapping ou faire Les Anges de la téléréalité… Et en plus je n’étais pas talentueux dans ce domaine. Je parle vite, j’articule mal, je ne peux pas travailler sur un plateau de télé ou être comédien, je ne sais pas le faire.

Cette fois, ce n’était plus une question d’opportunisme et d’argent facile, mais plutôt l’idée de construire quelque chose ?

Bien sûr. Je ne voulais plus faire de coups éphémères, je voulais travailler sur le long terme et créer de la valeur.

 

La suite de l’interview dans le numéro 4 de Encore disponible sur clubencore.fr

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Interview : Marie Ouvrard
Photos : Xavier de Nauw pour Encore