Tous les cinq ans, Panayotis se fixe des objectifs. À 15 ans : interviewer Gad Elmaleh. À 20 ans : intégrer l’équipe du Petit Journal, devenue celle de Quotidien. À 25 ans : réaliser un film. Aujourd’hui Panayotis a 19 ans. Il lui reste donc six ans pour atteindre ce dernier objectif car tous les autres ont déjà été atteints. Le jeune homme a définitivement un coup d’avance.

On a voulu discuter avec lui culot et ambition pour essayer de comprendre les mécanismes bien huilés d’une trajectoire qui semble déjà toute tracée alors même qu’il semble pétri de paradoxes – culotté mais inquiet, souriant mais sérieux, déconneur mais travailleur. Depuis, Panayotis a annoncé sur Instagram en septembre 2017 qu’il quittait Quotidien, son tremplin. Il disparaît donc des radars. Provisoirement.

Tu as souvent été étiqueté comme le « petit jeune le plus culotté du paf », c’est quoi le culot pour toi ?

On m’a toujours dit : « tu es culotté toi », sans sourire mais plutôt en plissant les yeux, comme si c’était un défaut plutôt qu’une qualité. Mais le culot, c’est comme l’ambition, ce n’est pas péjoratif, il faut en avoir. Pour moi, c’est d’abord l’idée de se dire que, quoiqu’il advienne, on va réussir et qu’on ne peut pas échouer, que cette option n’existe même pas.

Pour moi, le culot c’est d’abord l’idée de se dire que, quoiqu’il advienne, on va réussir et qu’on ne peut pas échouer, que cette option n’existe même pas.

C’est un état d’esprit qui t’a été transmis par tes parents ?

Oui. Enfin, ma mère n’est pas trop dans ce truc-là. Pour elle, tu mènes ta vie un peu dans ton coin, tu réussis et tu ne fais pas de bruit. Encore récemment, alors que ça fait plus de deux ans que je fais ce métier, elle m’a regardé dans les yeux et m’a dit : « Tu es sûr que tu ne veux pas être kiné plutôt ? »  

Alors que mon père [Philippe Pascot, ndlr], aujourd’hui il est auteur et a fait mille trucs qui font du bruit. Il a été adjoint de Manuel Valls à la mairie d’Évry, il a joué dans des pubs, il a battu des records du monde, il a été poissonnier, il a créé la première radio libre de France, la première association de greffe de moelle osseuse en France et le premier orchestre symphonique d’Afrique totalement noir…

C’est un sacré exemple.

Oui, c’est un vrai héros mais c’est aussi un père difficile à vivre car il est engagé en permanence. Il n’a que des combats. Parfois, c’est un peu compliqué d’être son fils car à chaque fois qu’on fait un truc bien, ce n’est jamais suffisant et il nous dit toujours : « Tu feras mieux la prochaine fois. »

Tu as commencé à interviewer des personnalités à 12 ans, ce n’était pas un bon début ?

Quand je rencontrais des personnalités comme Vincent McDoom puis Gad Elmaleh ou Kyan Khojandi, ma mère était en mode whaou mais mon père n’en avait rien à faire ! Le jour où j’ai rencontré Gad Elmaleh, il m’a juste envoyé un texto pour me dire : « Si tu es en retard pour le dîner ça va barder. »

Le jour où j’ai rencontré Gad Elmaleh, mon père m’a envoyé un texto pour me dire « Si tu es en retard pour le dîner ça va barder. »

Je me souviens, pour une de mes premières interviews, je devais aller à Paris. Il n’y avait plus de RER alors je lui ai demandé de m’accompagner et il m’a répondu : « Prends un taxi. » Mais j’avais 12 ans et je n’avais pas d’argent ! Donc il a fini par m’accompagner. Quelques mois plus tard, à Noël, on a reçu comme chaque année une enveloppe avec 20 euros dedans mais dans la mienne, il y avait 50 euros. J’étais comme un dingue et je me suis mis à fanfaronner. Mon père m’a regardé et m’a dit : « Tu te souviens de la fois où je t’ai emmené à Paris ? Ça t’aurait coûté combien en taxi ? 50 euros, non ? » et il m’a repris le billet. Ça résume bien l’état d’esprit dans lequel on a été élevés.

 

La suite de la conversation dans le numéro 4 de Encore disponible sur clubencore.fr

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Interview : Agathe Morelli 
Photos : Aline Zalko