John Hamon n’a rien à voir avec Jon Hamm ou Benoît Hamon mais à l’instar de ces messieurs, il a/est une tête d’affiche. Illustre inconnu (littéralement), John Hamon placarde sa pipe sur les murs de Paris depuis 2001. Que vend-il ? Rien. A-t-il des ambitions électorales ? Aucune. John Hamon s’expose et formule ainsi « l’art promotionnel ». Une tête d’affiche, oui, et une tête bien faite.

Raconte-nous comment on a été amené à voir ton visage sur les murs de Paris.

J’ai commencé l’affichage de ce portrait en 2001. J’étais jeune et à l’époque j’avais besoin de poser un peu ma démarche, prendre le temps d’analyser concrètement ce que je faisais. Je voulais être artiste, donc je me suis dirigé vers les Beaux-Arts, à Tarbes. C’était un cadre idyllique, c’est là que j’ai extrait cette phrase : « C’est la promotion qui fait l’artiste ou le degré zéro de l’art ».

C’est donc aux Beaux-Arts que tu as théorisé l’art promotionnel. Qu’est-ce que c’est concrètement ?

Je pense que l’œuvre fait la promotion de l’artiste et que le talent fait aussi la promotion de l’artiste. C’est ce dont je parle dans l’art promotionnel.

Je pense que l’œuvre fait la promotion de l’artiste et que le talent aussi. C’est ce dont je parle dans l’art promotionnel.

Et avant ce projet, tu intervenais déjà dans l’espace public ?

Oui mais très rapidement. J’avais un petit pochoir et je faisais des petites choses à la craie mais ça n’a pas duré longtemps. Très vite est venue cette idée d’affichage et ça m’a semblé l’idéal pour travailler sur le rapport de l’artiste à la promotion. Et aussi pour obtenir le grade d’artiste.

Ce projet t’a validé en tant qu’artiste ? Il t’a promu artiste, en fait ?

Oui mais ce n’est pas le seul sens que j’attribue au terme promotion. J’aime jouer avec toutes les dimensions de la promotion. Dans l’armée, quand tu obtiens une promotion, tu passes au grade supérieur. Et du coup, avec ce projet, j’obtenais officiellement le grade d’artiste, la médaille d’artiste… Lorsque tu fais des études de droit, une fois diplômé, tu deviens avocat et personne ne doute de ton statut. Tandis qu’à l’issue d’études d’art, tu trouveras toujours des personnes pour penser que tu n’es pas vraiment artiste.

À l’issue d’études d’art, tu trouveras toujours des personnes pour penser que tu n’es pas vraiment artiste… On n’a pas d’organisme officiel qui déclare qui est artiste ou non, qui a le droit d’exercer.

Pourquoi selon toi ?

Parce que tu ne corresponds pas à leur vision de l’artiste ou qu’ils ne comprennent pas ta pratique. Il y en a même qui pensent que tu es là pour les arnaquer ou que tu te fous de la gueule du monde. On n’a pas d’organisme officiel qui déclare qui est artiste ou non, qui a le droit d’exercer.

À ce sujet, est-ce qu’il y a un questionnement sur le statut de l’artiste – et ses limites – dans ton travail ?

Souvent, quand je dis que je suis artiste, on me répond « mais tu es artiste dans quoi ? » Artiste, ce n’est pas une position en soi, tu dois toujours préciser. Et ma démarche n’est pas toujours perçue clairement. Je concentre mon travail sur l’aspect promotionnel de l’art et parfois j’ai l’impression que certains artistes ne comprennent pas – voire prennent mal – cette position de ma part.

Et cette incompréhension elle est due à quoi, selon toi ? Il y a un manque d’éducation globale autour de l’art contemporain ?

C’est le reproche que l’on fait souvent à l’art contemporain : il faut être initié pour pouvoir aborder le sujet. L’art contemporain est arrivé à un tel niveau d’hermétisme que tu ne peux même plus former les gens pour recevoir les choses. C’est là que mon travail intervient aussi. On est dans une ère post-Duchamp où c’est « le regardeur qui fait l’œuvre » et ma démarche répond à ça. C’est aussi ce qui m’a fait devenir artiste, ce dialogue entre artistes de diverses générations au travers de différentes approches de l’art.  

On est dans une ère post-Duchamp où c’est « le regardeur qui fait l’œuvre » et ma démarche répond à ça.

Et tu dialogues avec qui toi ?

Duchamp jouait aux échecs. Moi je vois l’art comme une immense table d’échecs où on est énormément à jouer. Duchamp, en bon joueur, a bougé des pièces hyper-importantes et qui font mal encore aujourd’hui parce qu’on n’arrive pas à sortir de toutes ses analyses. Et puis ça a fait naître d’autres personnalités, comme Warhol avec le Pop art. Il y a plein d’artistes qui sont nés de ça et moi je suis aussi un enfant de tout ça. Mais le but pour moi est également de s’extraire de cette idée du « spectateur qui fait l’œuvre ». C’est intéressant ce jeu avec le spectateur, plein d’artistes l’ont fait mais finalement c’est très frustrant parce que ce n’est plus vraiment toi qui es l’auteur.

La suite de la conversation dans le numéro 4 de Encore disponible sur clubencore.fr

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Interview : Mathias Deshours 
Photos : John Hamon