©Laurence Revol. Portrait de Carolina Ritzler réalisé à Paris

La première fois que j’ai rencontré Carolina, c’était en 2015. Elle avait lancé sa marque six mois plus tôt et elle était si enthousiaste en me racontant son histoire, sa nouvelle vie et ses créations que je suis repartie avec une combinaison, alors qu’en tant que nouvelle éditrice indépendante j’étais évidemment fauchée. J’avais l’impression que cette femme, belle, dynamique et mère de trois enfants, avait connecté son cerveau à la piste « liberté et création » et s’était découvert un sixième sens. Marquée par cette rencontre, j’ai voulu revoir Carolina, pour voir. Pour voir si on garde l’enthousiasme du début dans ce monde impitoyable et ultra-concurrentiel qu’est la mode, pour voir si on peut mener de front son entreprise et sa vie familiale, pour voir si on résiste à la quarantaine même en combinaison de soie.

« Quand j’étais petite, je voulais faire Fame. »

Fille d’ingénieur et d’une mère au foyer, Carolina a grandi à Nantes dans une famille d’immigrés espagnols et polonais. Si petite elle rêve de devenir chanteuse ou comédienne, ses ardeurs créatives sont vites réfrénées à son entrée chez les bonnes sœurs. La pension de 11 à 17 ans peut avoir raison des meilleurs. « J’ai fais des études de commerce qui ne m’ont pas vraiment plues. Je crois que je me cherchais un peu. » À 21 ans, alors qu’elle est attachée de presse et passe quelques castings pour devenir la nouvelle Billie Holiday, elle rencontre son futur mari et choisit « un boulot normal pour avoir une vie normale. » Mais un déménagement et deux enfants plus tard, elle est commerciale dans la mode et commence à se demander ce qu’elle fout là. Toute la famille décide alors de s’installer à Paris où Carolina est embauchée par une marque de prêt-à-porter. « À ce moment-là, j’ai retrouvé ma joie de vivre. J’ai rencontré un groupe de musique avec lequel je me suis mise à chanter, c’était génial. J’avais envie de me réaliser, ça commençait à devenir urgent, vital. Je suis alors tombée enceinte de mon troisième enfant ! J’ai dû annuler les concerts programmés mais cette naissance m’a donné de la force. C’est comme si j’avais accompli ce que je devais accomplir pour finir de me construire et qu’à partir de ce moment-là, je pouvais véritablement être celle que je devais être. » 

« Créer une marque de combinaisons »

Quand on voit Carolina déambuler dans son showroom avec son « uniforme», on a du mal à l’imaginer habillée autrement qu’en combinaison-baskets, un style qui lui colle à la peau. Depuis trois ans, la pièce est devenue un incontournable de tous les dressings mais lancer une marque basée sur cette seule idée pouvait sembler audacieux en 2014. « C’est très bizarre, car j’ai toujours douté de tout dans ma vie, sauf de ça. Tu me demandes pourquoi, finalement je n’en sais rien. Peut-être que c’est un modèle qui correspond à ce que je suis et il correspond à plein de femmes. Une fille en combinaison dégage un charisme qu’elle ne dégage pas dans un autre vêtement. » Plutôt sexy sur le papier même si, au départ, Carolina se voit organiser un défilé de combinaisons vintage dans son salon pour expliquer son ambition à ses proches. C’est finalement une rencontre improbable avec une chanteuse-très-connue qui lui raconte qu’elle rêverait de monter sur scène en combinaison qui la convainc de se lancer. « Ça m’a donné un objectif et tout de suite ça m’a permis de voir les choses de manière plus concrète. » Le souci c’est que même si Carolina déborde d’idées, elle n’a pas un rond pour révolutionner la mode. Mais elle croit fort en son destin. Elle fait alors toutes les rues du 10ème arrondissement de Paris afin de trouver un fabricant qui acceptera de produire ses premiers modèles avec pour référence des fripes des années 70. « Quand j’ai réussi à trouver la perle rare, il a d’abord refusé. Et la semaine suivante il m’appelait pour me dire qu’il avait monté la première pièce ! »

 

La suite de l’interview dans le numéro 4 de Encore disponible sur clubencore.fr

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Interview : Marie Ouvrard
Photos : Laurence Revol pour Encore