Fan de séries B, de Pamela Anderson, de rollers et de roads trips californiens, Amélie Pichard a trouvé dans ses premières obsessions, l’inspiration pour créer sa marque de chaussures. Après un parcours dans la mode à chercher sa vocation, c’est auprès de Madame Germaine, à Belleville qu’elle va la trouver. Hors cadre, obstinée mais pas dévergondée, la créatrice a déjà collaboré avec son idole de Baywatch, et ouvre bientôt une boutique rue de Lappe, en bas de chez elle. Loin des diktats et de l’agenda de la mode, Amélie a fait le choix de n’en faire qu’à sa tête, si bien faite.

Amélie, où se passent les premières années de ta vie ?

Je suis née à Chartres près de la cathédrale à une heure de Paris environ. Mais jusqu’à l’âge de 18 ans, je n’avais jamais mis les pieds à la capitale. C’est hyper bizarre non ? Gamine, c’est marrant, je n’étais pas très curieuse…

Dans quel milieu évoluaient tes parents ?

Mes parents se sont séparés quand j’étais très jeune. Mon père a été pilote d’avion et barman, mais il est mort quand j’avais 9 ans. Quant à ma mère, elle a fait plein de choses : secrétaire, graphiste, fonctionnaire et maintenant elle est magnétiseuse.

Tu t’es intéressée à la mode très jeune ?

Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours adoré dessiner des bonnes femmes. Et en même temps, je n’ai jamais eu envie de prendre des cours de dessin. J’étais bien dans ma petite vie : je regardais Beverly Hills, Alerte à Malibu, Hélène et les Garçons. Je n’avais pas une grande ambition, on va dire… En plus, je détestais l’école. Mais certains profs avaient remarqué que je dessinais de belles robes sur mes bonnes femmes donc comme je voulais sortir du système scolaire classique je me suis dit que j’allais faire une école de mode. Sauf qu’une conseillère d’orientation m’a dit un jour : « Amélie, vouloir être styliste, c’est comme vouloir être princesse, c’est un rêve de gamine, ça te passera ». Sympa…

« Amélie, vouloir être styliste, c’est comme vouloir être princesse, c’est un rêve de gamine, ça te passera. »

Donc tu es restée dans la voie classique ?

Oui, finalement, j’ai passé un bac ES et j’ai quand même décidé de m’inscrire dans une école de mode, Mod’art international, un établissement privé à Paris. À ce moment-là, je suis tombée sur l’émission C’est mon choix où parfois ils relookaient des gens en plateau. Quand j’ai vu ça, je me suis dit, ça, c’est pour moi ! Je vais devenir relookeuse. C’est ça ma passion.

En école de mode, on ne t’a pas regardé bizarrement quand tu as dit que ton ambition était de devenir relookeuse ?

Ah mais si, j’étais un ovni. Je ne connaissais rien à la mode. Je sortais de ma période string, baggy, grosses chaussures, façon TLC. Et le seul couturier que je connaissais c’était Christian Dior, tu vois, je partais de loin…

Comment as-tu fais alors pour assouvir cette envie irrépressible de relooking ?

Eh bien, j’ai testé le truc. Vraiment. Pendant mes premières vacances d’été, j’ai travaillé dans un salon de coiffure qui faisait relooking. Les clientes arrivaient le matin. Elles se faisaient coiffer et maquiller et l’après-midi je faisais leur morphologie et les emmenaient faire du shopping. Comme je ne connaissais rien à Paris, on allait toujours au Etam de la rue de Rivoli. Ça faisait très bien l’affaire ! Mais au bout d’un moment, ça m’a rendue folle. Je n’avais plus envie de jouer le rôle de celle qui juge du matin au soir si tel ou tel habit va bien à telle ou telle fille.

Comment se passe ton cursus en école de mode ? Mieux que dans la voie générale ?

Sans comparaison ! J’avais de super notes. J’ai d’ailleurs terminé première de ma classe. Je me suis complètement épanouie, suis devenue curieuse, j’ai commencé à me forger une autre culture et j’ai fait des rencontres déterminantes. Comme celle de ma prof de stylisme, une créatrice de bijoux et de vêtements qui s’appelle Hélène Zubeldia. Elle m’a appris énormément de choses. On faisait les salons ensemble, j’allais voir les tout derniers artisans de Paris, je me suis passionnée pour les matières, notamment le cuir.

La suite de l’interview dans le numéro 3 de Encore disponible sur clubencore.fr !

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Photos de Virgile Guinard pour Encore.

Je me suis complètement épanouie, suis devenue curieuse, j’ai commencé à me forger une autre culture et j’ai fait des rencontres déterminantes.

 

Pendant six mois, deux jours par semaine, j’ai bossé chez le dernier bottier orthopédique de Paris.

Je voudrais vous proposer une collaboration avec une artiste américaine pour une petite capsule vegan, sans cuir, vendue chez Colette.

Les échecs sont là pour te dire qu’il y a des remises en question qui sont inévitables.

J’ai décidé de faire des collections annuelles pour raconter une histoire générale et ne plus suivre le rythme des saisons qu’impose l’univers de la mode.

ameliepichard.com

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Interview : Marie Ouvrard, Elodie Boutit.
Photos : Virgile Guinard