© Benoit Linero. Portrait de Alka Balbir réalisé à la Fontaine de Belleville, Paris.

Chanteuse, comédienne et actrice, Alka Balbir passe d’une scène à l’autre en dessinant son univers. Aussi à l’aise en studio avec Benjamin Biolay que sur scène avec Edouard Baer, Alka travaille et donne une chance au meilleur de se réaliser. Pour continuer à fêter et à s’amuser chaque jour de ses rôles aussi populaires que branchés. Une fleur née d’une rencontre entre Mylène Farmer et Barbara.

Tu rêvais de quoi petite ?

Je rêvais d’être adulte et de travailler. J’ai grandi en banlieue et j’avais beaucoup de temps pour m’ennuyer alors, j’ai beaucoup rêvé, dansé, chanté et imaginé ma vie en regardant le plafond… Je voulais devenir actrice et faire du spectacle donc très vite j’ai pris des cours de danse, de piano et de théâtre. C’est ma mère qui m’a ouverte à l’art. Elle était chanteuse dans les années 1970 sous le nom de Mauve. Elle faisait beaucoup de danse et de claquettes. Elle a toujours fait ça en amateur pour différentes raisons mais rêvait que moi je m’investisse vraiment.

J’ai grandi en banlieue et j’avais beaucoup de temps pour m’ennuyer alors, j’ai beaucoup rêvé, dansé, chanté et imaginé ma vie en regardant le plafond…

Quelles ont été tes premières sensations ?

Vers 14 ans j’ai intégré Les Enfants de la Comédie (une troupe d’enfants ndlr) et j’ai découvert un monde parallèle. Les odeurs de coulisses, les lumières, l’excitation de jouer sur scène, de divertir les gens… Comme je n’aimais pas l’école, c’était aussi la première fois qu’on me disait que j’étais douée pour quelque chose. Cette troupe m’a ouvert l’esprit à tout un imaginaire et pour moi, qui était un peu complexée, ça m’a permis de m’exprimer d’une autre façon plutôt que de parler à ma mère ou à un psy.

Tu avais des idoles ?

Mylène Farmer était mon idole mais j’écoutais aussi Gainsbourg, Birkin, Françoise Hardy, Isabelle Adjani, Bardot. J’aimais beaucoup la chanson française et je ne comprenais pas qu’on puisse écouter de la musique sans comprendre les paroles.

À 18 ans, tu t’es tout de suite lancée dans cette voie artistique ?

Oui, je me suis inscrite dans une école de théâtre et pour gagner ma vie, je faisais des petits boulots à côté. J’ai travaillé dans une crêperie, j’ai vendu de la lingerie… Mais je n’oubliais pas mon objectif. Tous les mois j’achetais le magazine Casting et je passais des auditions. L’Île bleue, réalisé par Nadine Trintignant, est le premier téléfilm dans lequel j’ai joué. J’avais passé le casting pour le rôle principal et je n’avais pas été prise, j’étais tellement triste ! Du coup, ils m’ont consolée avec une petite apparition. Je jouais une fille qui pleure… À l’époque, je pensais que tout ça allait se faire simplement, mais en réalité ça s’est avéré plus compliqué. 

Aller en soirée pour rencontrer des gens ou participer à des émissions de télé, c’étaient des options auxquelles tu pensais ?

Non, je ne me voyais pas participer à une émission de télé et je n’ai jamais imaginé qu’on puisse trouver du travail en sortant en soirée. Pour moi le travail, c’était de passer des essais et être prise ou pas. Je suis assez sauvage, je ne me voyais pas du tout parler aux réalisateurs croisés dans les clubs. Je sortais parce que je découvrais la fête mais en aucun cas pour me faire des contacts.

Je n’ai jamais imaginé qu’on puisse trouver du travail en sortant en soirée. Pour moi le travail, c’était de passer des essais et être prise ou pas.

C’est ton rôle dans Le Bureau sur Canal Plus qui t’a vraiment lancée ?

Oui, à 21 ans j’ai été prise pour le rôle principal. J’adorais le projet, j’aimais vraiment mon rôle, le scénario… C’est grâce à cette série qu’Édouard Baer m’a découverte et qu’il m’a fait passer des essais pour intégrer sa troupe. J’ai été prise et deux jours plus tard on commençait à répéter ! C’était la première fois que je faisais du théâtre de façon professionnelle et c’était hyper joyeux. La troupe était très éclectique, il y avait des jeunes, des vieux, des acteurs de théâtre de rue, plein de natures différentes. Je me suis beaucoup émancipée grâce à cette troupe, je me suis mise à parler, à rire, j’ai beaucoup appris.

© Benoit Linero. Alka Balbir & Lago 2 Feu
© Benoit Linero. Alka Balbir & Lago 2 Feu
Qu’est-ce que tu aimes dans le théâtre ?

J’aime la répétition, le fait de faire la même chose chaque soir alors que ce n’est jamais vraiment pareil, ça permet de travailler les rôles en profondeur. Entre la première et la dernière d’un spectacle, il y a quelque chose qui reste mais c’est différent de jour en jour. Et le théâtre est une thérapie. Comprendre le personnage qu’on interprète pose des questions sur beaucoup de choses. D’ailleurs, au départ, même si c’était un travail pour lequel j’étais payée, j’avais du mal à ne pas y voir aussi un jugement de valeur. Si on ne me prenait pas dans des auditions, j’avais l’impression qu’on ne m’aimait pas et inversement, quand j’étais prise. Aujourd’hui, je sais que si on ne me choisit pas c’est parce que je ne corresponds pas forcément au rôle, ce n’est pas un jugement et il n’y a rien de personnel.

Dans le théâtre, j’aime la répétition, le fait de faire la même chose chaque soir alors que ce n’est jamais vraiment pareil.

À la différence avec la chanson, j’imagine…

Oui, c’est très différent, car quand on chante, les gens viennent nous voir, personnellement. On n’est pas caché, il y a quelque chose de plus intime dans la musique. C’est plus impudique.

Quand as-tu commencé à chanter et à écrire ?

Je chantais depuis que je suis petite et j’avais rencontré quelqu’un avec qui je commençais à écrire des chansons. À l’époque avec mon mec, on s’incrustait parfois dans des soirées au hasard, quand on voyait de la lumière. Et un jour on s’est retrouvés chez quelqu’un, dans une soirée d’acteurs. J’étais très mal à l’aise et j’ai croisé le regard de Benjamin Biolay. Il n’était pas encore très connu mais je savais qui c’était. Comme lui aussi était un peu gêné on s’est mis à discuter et il m’a demandé ce que je faisais. Je lui ai dit que je vendais des culottes. Ça l’a fait rire et j’ai fini par lui avouer que je chantais. Quelques jours plus tard, il me demandait des maquettes et il me proposait de faire un album ensemble. C’était le rêve.

La suite de l’interview dans le numéro 4 de Encore disponible sur clubencore.fr

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Interview : Marie Ouvrard
Photos : Benoit Linero pour Encore