Après ses études à Science Po, elle aurait pu se lancer en politique, enseigner ou faire de la philo’ comme elle en rêvait gamine. Finalement, elle a rejeté la langue de bois, et s’est lancée tête baissée dans l’apprentissage du langage HTML. Et à 23 ans, entre une formation express au sein d’une start-up et des heures passées seule sur le net à dévorer des moocs en ligne, cette autodidacte a monté son agence de communication digitale. Même si elle a de l’or entre les mains, Alix Heuer a choisi de mettre ses compétences au service des milieux associatifs et culturels et garder son indépendance, en partant en Sicile pour élever son premier enfant et coder… au soleil.

Quand tu repenses à ton enfance, est-ce que quelque chose te prédestinait à cette vie de jeune entrepreneuse/serial codeuse ?

En apparence, absolument rien ! Ma mère est créatrice de mode, de lingerie plus précisément, et mon père est musicien. Dans les années 1980, il était dans un groupe de punk qui s’appelait Bérurier Noir et j’ai deux sœurs, l’une est géographe et vidéaste, l’autre est couturière spécialisée dans les arts aériens. J’ai eu une enfance très rock’n roll que j’ai adorée, mais paradoxalement, j’ai très vite développé un besoin de stabilité.

Au quotidien, comment ça se traduisait ?

Enfant, la grande blague, c’est que moi je rêvais d’une maison Ikea ! Tout ça parce que mes parents, leur truc à eux, c’était les brocantes, les déménagements une fois par an, le gros bordel en quelque sorte. Et moi, au milieu de ça, j’étais la fille carrée, celle qui réussissait hyper bien à l’école, celle qui a décroché son bac avec mention très bien, celle qui est allée à Science Po – d’ailleurs mon père ne m’a pas parlé pendant un an quand j’ai été admise ! Bref, j’étais l’espèce de caution intello-chelou qui va tout droit et qui fait tout bien. Et puis un jour, le naturel revient au galop.

J’ai eu une enfance très rock’n roll que j’ai adorée, mais paradoxalement, j’ai très vite développé un besoin de stabilité.

Comment as-tu trouvé ta voie, au milieu de cette famille d’artistes ?

J’ai pas mal cherché quand même… J’ai d’abord fait des études littéraires, une prépa à Paris, suivie de Science Po Lyon et c’est là que j’ai eu la chance de partir faire une année incroyable à Philadelphie. Officiellement j’étais en troisième année de Sciences politiques mais là-bas, j’ai fait de l’histoire de l’art, j’ai pris des cours de muséographie, de scénographie, d’écriture de récits radiophoniques, un peu de tout et n’importe quoi mais surtout rien en rapport avec mes études initiales. C’est là où tu te rends compte qu’en France, on t’amène à faire des choix qui n’en sont pas vraiment. En réalité, moi, j’étais complètement paumée. J’avais voulu être prof de lettres, puis de philo’, puis aucun des deux. Là-bas, on t’aide simplement à apprendre à te connaître en tant qu’être pensant et jeune adulte. Finalement, c’est tellement plus cohérent.

Comment es-tu passée de l’idée d’être prof’ de philo’ à celle d’apprendre à coder ?

Complètement par hasard ! En rentrant des États-Unis, je m’étais orientée vers la sociologie de la culture puisque mon idée, à cette époque, c’était de devenir muséographe et de favoriser l’accès à la culture pour tous, grâce aux façons de présenter l’art, notamment au sein des musées. J’ai fait ma thèse là-dessus et je devais en parallèle effectuer des stages. En cohérence avec tout ça, je suis entrée chez Ulule qui était à l’époque l’un des premiers sites de financement participatif, le mieux placé au niveau des contenus culturels. Aujourd’hui, c’est devenu un truc énorme mais quand j’y étais, c’était minuscule, on était trois à bosser dessus à plein temps. Et c’est là, au milieu des multiples missions qui m’ont été confiées que j’ai découvert l’univers du code.

Tu te souviens de ta première ligne de code ?

Non mais je me souviens du moment où j’ai eu un gros coup de foudre pour la discipline… C’est le jour où j’ai compris la chose suivante : sur le web, tu as beau avoir plein de super idées, sans un bon développeur, elles ne valent rien ! J’ai réalisé qu’il n’y avait qu’une seule personne qui avait véritablement le pouvoir dans cet univers du digital et des start-up : c’est le développeur. Et c’est ça, cette position, ce pouvoir, qui m’a donné envie de comprendre son univers. D’aller plus loin en fait. De se dire : « Ok, voilà ce que j’aimerais faire et maintenant voilà comment techniquement et concrètement je peux le mettre en place sur mon site. »

J’ai réalisé qu’il n’y avait qu’une seule personne qui avait véritablement le pouvoir dans cet univers du digital et des start-up : c’est le développeur.

Mais tu te sentais déjà un peu geek dans l’âme à l’époque ?

Au sein de ma famille et de mes amis, j’étais un peu considérée comme geek parce qu’en gros c’est moi qui branchais l’imprimante mais une fois arrivée dans le monde des vrais geeks, j’étais une totale new be ! À les entendre, c’est eux qui m’ont appris à envoyer un mail…

La suite de l’interview dans le numéro 4 de Encore disponible sur clubencore.fr

*

Interview : Élodie Boutit
Photos : Laurence Revol pour Encore