© Corentin Fohlen/ Divergence. Paris, France. 27 mai 2016. Portrait de Franck Annese, journaliste et directeur du groupe So Press.

Fondateur des magazines Sofa, So Foot, Doolittle, Tampon ! et Pédale !, Franck Annese a retourné les kiosques avant de lancer son premier titre généraliste, Society. Patron de presse à casquette, ce producteur-journaliste-musicien-auteur-entrepreneur est surtout chef de bande. Chez So Press, tout le monde est là pour raconter des histoires et en écrire une surtout, qui aura commencé comme une farce.

Ta page Wikipédia dit que tu es comparé par Libération à Jean-François Bizot « dans le genre décalé, gars qui brûle sa vie parce qu’il a plein de trucs à faire et pas de temps à perdre ». C’est bien résumé ?

Je ne sais pas qui a dit ça !

C’est vrai ?

Quand on dit « brûler sa vie », ça fait penser à un mec qui prend mille drogues alors que je ne bois pas, je ne fume pas, je ne sors pas beaucoup… Je ne brûle pas vraiment ma vie. Après c’est vrai que j’aime faire des trucs, notamment avec mes potes ou en famille. Je ne me vois pas faire les choses tout seul d’ailleurs, j’ai très peur de ça. J’aime bien faire les choses avec plein de gens même si parfois on pourrait être moins.

Plus jeune, tu t’imaginais à la tête d’un groupe de presse ?

Non je m’imaginais footballeur professionnel !

J’aime bien faire les choses avec plein de gens même si parfois on pourrait être moins.

Et qu’est-ce qu’il s’est passé ?

Je n’étais pas assez bon ! Il y a un critère talent qui peut parfois faire défaut. Mais jusqu’à l’âge de seize ans, je pensais que c’était bon.

Où as-tu grandi ?

J’ai grandi en Bretagne. À l’époque, mon père travaillait chez TDF (diffusion de la télévision) et ma mère, qui était coiffeuse jusqu’à ma naissance, avait arrêté de travailler pour nous élever mon frère et moi. Ensuite je suis parti à Nancy pour le lycée et à Strasbourg en prépa HEC.

Qu’est-ce qui t’a fait passer du football à l’école de commerce ?

Disons qu’au moment où j’ai compris que je ne serais pas footballeur, il a fallu que je trouve une voie. J’étais très fort en maths, donc tout le monde m’a fortement encouragé à faire Maths sup, Maths spé ou une école d’ingénieur. Finalement, c’est mon meilleur pote Erwan qui m’a convaincu d’aller avec lui en école de commerce où il y avait plus de filles qu’en école d’ingénieur. C’était le meilleur argument. Je suis parti à Strasbourg pendant deux ans et c’était génial.

© Corentin Fohlen/ Divergence. Paris, France. 27 mai 2016. Portrait de Franck Annese, journaliste et directeur du groupe So Press. En conference de redaction pour les journaux Society et So Foot

Tu avais déjà une idée de ce que tu voulais faire ?

Je voulais monter une maison de disques ou faire un truc dans la musique. Parce qu’en Première j’ai revendu tous mes jeux vidéo et mes consoles pour m’acheter une guitare et un ampli, et j’ai commencé à jouer à ce moment-là. N’étant pas sûr de mon talent de musicien, j’imaginais peu une carrière dans la musique mais au sein d’une maison de disques, oui.

Je voulais monter une maison de disques ou faire un truc dans la musique.

Tu jouais dans un groupe ?

Oui. En prépa, j’avais les clés de la salle de musique et on passait notre temps à jouer avec le groupe qu’on avait là-bas. Quand je suis entré à l’ESSEC, à Paris, j’ai même monté une association, Shamrock, pour organiser des festivals. On va fêter les vingt ans bientôt. On avait aussi monté une radio, Rêve FM, dans le Val d’Oise, et un fanzine du nom de l’association. C’est à partir de ce fanzine que l’on a créé le magazine Sofa.

Quelle était l’idée de départ en créant Sofa ?

En fait on voyait bien que les magazines culturels de l’époque (Les Inrocks, Magic…) connaissaient des difficultés économiques et en tant que lecteurs on trouvait parfois qu’il y avait une corrélation un peu trop forte entre les annonceurs et les critiques de disques. Ce qui n’était peut-être pas le cas, mais c’était l’impression qu’on avait. Et du coup on voulait faire nos propres critiques sans contingences économiques. L’idée était de faire un truc entre potes, sans se payer et en s’arrangeant pour le faire tourner.

Pendant sept ans, on a sorti des numéros tous les deux mois, financés par les ventes du numéro précédent. Il y avait aussi un peu de pub mais pas liée à l’éditorial. C’est d’ailleurs un principe que l’on a toujours gardé chez So Press.

L’idée était de faire un truc entre potes, sans se payer et en s’arrangeant pour le faire tourner.

Avec quel argent avez-vous financé le premier numéro ?

On n’avait pas de moyens mais il se trouve qu’un jour, en descendant les Champs-Élysées pour aller rejoindre ma petite amie de l’époque, ma voiture a « glissé » et je suis rentré dans la voiture devant. J’étais tellement pressé de la retrouver que j’ai pris la carte de visite du conducteur en lui disant que je le rappellerais et j’ai laissé ma voiture place de la Concorde. Le lendemain, l’assurance me proposait de la reprendre pour 10 000 francs, j’ai accepté, et c’est grâce à cet argent qu’on a pu lancer Sofa. C’est une belle histoire, une histoire d’amour.

La suite de l’interview dans le numéro 2 de Encore disponible sur clubencore.fr !

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Portfolio de Corentin Fohlen/ Divergence pour Encore.

© Corentin Fohlen/ Divergence. Paris, France. 27 mai 2016. Portrait de Franck Annese, journaliste et directeur du groupe So Press. En conference de redaction pour les journaux Society et So Foot
© Corentin Fohlen/ Divergence. Paris, France. 27 mai 2016. Portrait de Franck Annese, journaliste et directeur du groupe So Press. En conference de redaction pour les journaux Society et So Foot

© Corentin Fohlen/ Divergence. Paris, France. 2 juin 2016. Redactions des differents magazines du groupe So Press.

© Corentin Fohlen/ Divergence. Paris, France. 2 juin 2016. Redactions des differents magazines du groupe So Press.

Quand tu as un mec qui est payé et tous les autres pas, c’est pas une bonne façon de montrer l’exemple.

© Corentin Fohlen/ Divergence. Paris, France. 2 juin 2016. Redactions des differents magazines du groupe So Press.

© Corentin Fohlen/ Divergence. Paris, France. 2 juin 2016. Redactions des differents magazines du groupe So Press.

© Corentin Fohlen/ Divergence. Paris, France. 2 juin 2016. Redactions des differents magazines du groupe So Press.

Avant on se foutait d’avoir des cendres par terre, des canettes de bière partout et des gens qui vomissent dans un coin. Aujourd’hui si un mec vomit dans un coin, on lui dit d’aller vomir dehors.

© Corentin Fohlen/ Divergence. Paris, France. 27 mai 2016. Portrait de Franck Annese, journaliste et directeur du groupe So Press.

Pour un magazine généraliste grand public, où tous tes concurrents t’attendent avec un fusil et où il y a beaucoup d’enjeux économiques, tu ne peux pas arriver sans argent et dire « on verra bien ».

© Corentin Fohlen/ Divergence. Paris, France. 2 juin 2016. Redactions des differents magazines du groupe So Press.

© Corentin Fohlen/ Divergence. Paris, France. 2 juin 2016. Redactions des differents magazines du groupe So Press.

On préfère faire un magazine qui nous plaît et qui meurt qu’un magazine qui ne nous plaît pas et qui vit.

© Corentin Fohlen/ Divergence. Paris, France. 2 juin 2016. Redactions des differents magazines du groupe So Press.

© Corentin Fohlen/ Divergence. Paris, France. 2 juin 2016. Redactions des differents magazines du groupe So Press.

© Corentin Fohlen/ Divergence. Paris, France. 2 juin 2016. Redactions des differents magazines du groupe So Press.

 On a tous conscience qu’un jour tout ça va s’arrêter donc autant en profiter tant que ça dure.

© Corentin Fohlen/ Divergence. Paris, France. 27 mai 2016. Portrait de Franck Annese, journaliste et directeur du groupe So Press.

www.society-magazine.fr

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Interview : Marie Ouvrard
Photos : Corentin Fohlen / Divergence

www.corentinfohlen.com