FM Laeti © Encore Magazine

« C’est un bel exercice de trouver de nouvelles choses »

Née en Guadeloupe dans une famille mélomane et musicienne, Laetitia est devenue costumière avant de revenir à ses premières amours. Son arrivée à Paris et sa rencontre avec François-Marie au micro de Radio Nova, l’ont convaincue. 4 ans plus tard, ils sortent leur deuxième album « For The Music ».

Où as-tu grandi ?

Je suis née en Guadeloupe où j’ai vécu jusqu’à l’âge de 9 ans, puis nous sommes partis vivre en Amérique du Nord. J’y suis restée jusqu’à 22 ans.

Ce sont tes parents qui t’ont transmis le goût de la musique ?

Oui, très tôt ils ont commencé à m’amener en concert. Ils travaillaient tous les deux dans une école de musique, mon père a été le premier batteur du groupe Kassav’. Ensuite il a joué pendant 20 ans avec le groupe Dissonance. Mes parents avaient une bibliothèque de disques et de vinyles hallucinante, on écoutait aussi beaucoup la radio. J’ai baigné dans la musique depuis l’enfance.

Je me suis surtout attachée au chant et au spectacle en jouant dans des comédies musicales, car j’adorais la danse.

Tu jouais d’un instrument ?

J’ai pris quelques cours de piano et ensuite j’ai voulu faire de la batterie comme mon père. J’ai aussi fait trois ans de violon vers 9-10 ans et plus tard, au collège, j’ai fait un ou deux ans de flûte traversière. Mais je me suis surtout attachée au chant et au spectacle en jouant dans des comédies musicales, car j’adorais la danse. Je voulais être danseuse étoile ou travailler dans la mode, comme styliste.

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Tu as joué dans des comédies musicales ?

Oui, au lycée. Je vivais à Brandon au Canada où il y avait trois lycées et une grosse compétition pour savoir qui allait sortir la meilleure comédie musicale. Les décors étaient dingues, tous les profs et organisateurs étaient un peu frustrés de ne pas avoir fait de longues carrières mais ils avaient tous beaucoup d’expérience. Ils faisaient venir un faux train sur scène, créaient des ambiances de folie. Parfois, ils oubliaient qu’on était des lycéens normaux et pas des professionnels donc il y avait un côté dramatique là-dedans, mais ce sont de super souvenirs.

En faisant un peu de théâtre, je suis tombée sur un atelier des costumes et j’en suis tombée amoureuse.

Finalement, pourquoi avoir choisi la mode ?

Après le lycée, je suis partie à Chicago faire des études d’art. C’est là-bas que je me suis spécialisée dans le costume. En faisant un peu de théâtre, je suis tombée sur un atelier des costumes et j’en suis tombée amoureuse. J’ai terminé mes études et comme j’avais toujours été attirée par Paris, j’ai fait mes valises et je suis partie.

J’ai trouvé quelques premiers jobs en attendant d’avoir des contacts puis j’ai intégré un atelier de costume qui travaillait en renfort sur de belles pièces de mode. J’ai pu travailler sur des pièces créées pour Givenchy ou Dior… Une fois que j’ai eu ça sur mon CV, j’ai pu commencer à vraiment évoluer dans la mode et à travailler en tant que costumière.

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Comment la musique a-t-elle « réapparu » dans ta vie ?

En fait, elle ne m’a jamais quittée. Mais c’est vraiment à Paris, en croisant des musiciens de jazz en autres, que j’ai eu envie d’improviser et d’écrire. J’ai aussi travaillé des standards et ça m’a vraiment aidée. C’est une bonne école pour commencer à se livrer, accepter sa voix et chanter seule. Puis, j’ai rencontré plusieurs personnes dont des amis d’amis qui faisaient de la musique. On a commencé à se fréquenter, à manger ensemble et à enregistrer des petites maquettes sans trop se prendre au sérieux.

Puis, au fur et à mesure, on a monté un quartet de jazz avec des garçons que je n’arrêtais pas de croiser. On se voyait 1 à 2 fois par semaine et on essayait de trouver des petits plans pour jouer. Après quelques concerts, on nous a proposé d’animer une jam de jazz dans le 9ème et on l’a fait pendant 2 ans ! Il y avait une super bonne ambiance, des gens qui passaient juste par curiosité mais aussi des personnes qui venaient chaque semaine. Ça m’a vraiment permis de grandir et d’aller plus loin dans l’improvisation et dans l’interprétation.

Je chantais jusqu’à 4h du matin, je rentrais prendre une douche et je me levais quelques heures plus tard pour ma journée de travail.

A ce moment-là, c’était simplement pour le plaisir ou tu avais d’autres ambitions ?

Ça me faisait du bien, j’apprenais, je grandissais. Je le faisais seulement par plaisir, et en parallèle je continuais à travailler dans la mode. Je chantais jusqu’à 4h du matin, je rentrais prendre une douche et je me levais quelques heures plus tard pour ma journée de travail.

FM Laeti

Ta rencontre avec François-Marie a été un vrai déclencheur ?

C’est vrai qu’en 2009 j’ai rencontré FM et ça a été une sorte d’étincelle entre nous. On était très complémentaires, on s’est totalement compris musicalement, dès le début.

C’était sur une émission radio appelée « Tout foutre en l’air », sur Radio Nova. Cinq artistes en auto-production – dont moi – étaient invités pour présenter leur musique. Ils voulaient qu’à la fin, on se rejoigne tous pour une ou deux reprises. C’est à ce moment-là qu’on a joué ensemble pour la première fois et c’était super cool. On s’est dit : « On se voit la semaine prochaine » et voilà, c’est parti comme ça. Un an plus tard on était en studio pour enregistrer l’album et un an après on faisait notre premier Taratata.

On était très complémentaires, on s’est totalement compris musicalement, dès le début.

Comment vous vous êtes lancés dans cet album ?

Après l’émission, on a commencé à tester nos compositions et à chanter dans des petits bars. Et c’est finalement le frère de Pierre-Marie, qui est producteur, qui est venu nous voir à la fin d’un concert en nous disant : « J’ai envie de vous signer, ce serait cool d’enregistrer un album et ensuite de trouver un distributeur ». Donc on s’est retrouvés comme 3 mousquetaires, puis des gens super se sont joints à nous, des musiciens vraiment cools qui ont participé au premier et au deuxième album.

A quel moment as-tu décidé de vraiment mettre la mode de côté pour la musique ?

On a enregistré le premier album, puis j’ai choisi de travailler pendant une courte période pour pouvoir anticiper la suite. J’ai trouvé un contrat chez Maison Michel, une très vieille chapellerie de chez Chanel, où je suis restée quelques mois jusqu’à la sortie de l’album et aux premières dates de concert. Ça a été le temps des « premières fois » : première télé, première interview… Puis la pression des chiffres et des enjeux.

Comment as-tu vécu ce moment où tout se professionnalise et se monétise ?

Ça prend du temps, parfois, la monétisation ! A la sortie du premier album, une petite fille m’avait demandé : « Depuis combien de temps vis-tu de ta musique ? » et je lui avait répondu : « Peut-être en juillet prochain ! ». Il faut aimer ce qu’on fait, c’est le moteur premier.

La première fois que je suis allée chanter aux Antilles, c’était super émouvant.

Tu as pu aller faire quelques concerts aux Antilles ?

Oui, la première fois que je suis allée chanter aux Antilles, c’était super émouvant. Il y avait de la famille, mon père était là… Et pour la première fois, je chantais Coco (une chanson en créole) et les 3000 personnes devant moi comprenaient ce que je disais et savaient de quoi je parlais – du fait de naître à un endroit et de garder cette culture dans son cœur, même si on est loin.

FM Laeti © Encore Magazine

Comment as-tu vécu le fait d’être de partir sur la route ?

J’ai adoré, c’est super d’être sur la route et de pouvoir partager sa musique. Et puis j’ai vraiment une super bande, je peux avoir passé la pire des journées, quand je les retrouve sur le quai de la gare, c’est tout de suite cool.

Tu as des idoles, des artistes qui t’inspirent ?

Lauryn Hill, Nina Simone et récemment Maya Angelou, dont je dévore tous les bouquins. J’avais beaucoup entendu parler d’elle pendant mes études à Chicago et là je la découvre. Je la trouve moderne, inspirante et pleine de créativité.

Je peux avoir passé la pire des journées, quand je les retrouve sur le quai de la gare, c’est tout de suite cool.

J’ai lu que pour ce deuxième album, vous étiez partis vous isoler un peu à la campagne ?

Après le premier album, j’étais un peu bloquée, j’avais du mal à me lancer avec l’appréhension du deuxième projet. On avait vraiment besoin de se retrouver et juste de s’amuser. On est partis dans le Sud, loin du stress de la ville et on a beaucoup improvisé, on a enregistré des tonnes d’idées qui ont pris forme…

FM-LAETI---For-The-Music-(Cover-Album-BD)

Vous avez vraiment pris une direction plus pop sur cet album…

C’est vrai qu’il est totalement différent du premier, mais c’est bien de changer un peu et d’aller vers autre chose. Le premier album était influencé par les années 50-60, cette fois on est plus fin 70’s – années 2000. En studio, c’était la caverne d’Ali Baba, il y avait plein d’instruments, je crois qu’on a dû tester tous les claviers.

Tu travailles régulièrement ta voix ?

Je pourrais travailler plus mais je connais assez bien ma voix donc je ne me laisse pas aller complètement. J’ai mes petits rituels, mes petits exercices, même si je ne les fais pas tous les jours, pour être honnête. Mais je fais attention ! De temps en temps, je prends aussi des cours de chants pour découvrir de nouveaux exercices et tester ma voix.

Qu’est-ce qui te nourrit au quotidien ?

D’être bien entourée, d’avoir une super équipe et des amis qui me comprennent. Puis il y aussi le challenge, le fait de se surpasser. On se pose de nouvelles questions : comment faire plus de radio ? Comment s’exporter ? C’est un bel exercice de trouver de nouvelles choses, de voir ce que l’on n’a pas encore fait sur les albums précédents et de réussir à le proposer.

Se trouver un travail en parallèle, ça enlève beaucoup de stress.

Quel conseil aurais-tu envie de donner à quelqu’un qui souhaiterait se lancer dans la musique ?

Se trouver un travail en parallèle, ça enlève beaucoup de stress. Aller à la rencontre d’autres musiciens, aller écouter des concerts et se lancer en essayant de s’accrocher. Bien sûr, il faut être aussi un peu têtu, et surtout rester fidèle à soi-même.

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