Feu! Chatterton

« On s’organise pour que ce soit plus simple et laisser le plus de place possible à la musique. »

Leur premier EP est sorti en septembre, ils viennent d’être sacrés Prix du public et Prix du Jury du concours les InrocksLab 2014 et ils partent déjà en tournée. Pourtant, il y a quelques mois, Les Feu! Chatterton répétaient dans une cave sans vraiment imaginer devenir si rapidement « l’événement rock de la rentrée »…

Vous venez de remporter le Tremplin Inrocks Lab, qu’est-ce que ça représente pour vous ?

Sébastien : Je pense que c’est la fin d’une étape. C’est un tremplin qui dure plusieurs mois, avec plusieurs dates programmées, et pendant toute cette période on a fait plein de trucs : on a sorti notre premier EP, on a commencé à faire des salles un peu plus grosses, les premières parties de Fauve. On a vraiment commencé à exister musicalement pour le public. On n’imaginait pas que ces 6 mois seraient si denses.

Arthur : C’est vrai que cet événement draine beaucoup de monde, c’est aussi l’avantage de jouer avec d’autres artistes. En plus on a fait de super rencontres comme Radio Elvis par exemple. Quand on a joué à la Bellevilloise, on était en compétition mais on s’est tellement bien entendus qu’on les a invités en première partie de notre release party.

J’étais en CM2, je ne savais pas ce qu’était le rock et ça m’a mis une claque telle qu’après ça je me suis dit que je voulais faire de la musique.

Quels sont vos premiers souvenirs de musique ?

Antoine : Moi, il y a un concert qui m’a marqué, c’est Rage Against the Machine au Zénith. J’étais en CM2, je ne savais pas ce qu’était le rock et ça m’a mis une claque telle qu’après ça je me suis dit que je voulais faire de la musique.

Clément : Pour moi c’est les disques de mes parents le dimanche, avec le café. Le Unpluggled de Clapton, le best of de Cat Stevens ou les disques de Francis Cabrel. Ce sont mes premières sensations avec la musique. Plus tard avec Seb, on est devenus assez fans de Radiohead. C’est le premier concert que j’ai vu dans les arènes de Nîmes, j’avais 15 ans.

Sébastien : Moi aussi, ça a été le premier gros concert qui m’a mis une claque : Radiohead à Bercy.

Arthur : J’ai le souvenir de la musique dans la voiture, quand j’étais petit. Parfois on allait en Espagne avec mes parents, on écoutait aussi bien Charles Trenet que Neil Young.

Comment vous vous êtes tous rencontrés ?

Sébastien : Tous les trois, on s’est rencontrés au lycée. À l’époque on était fans de Radiohead. Avec Clément on composait de la musique un peu influencée par ça, et Arthur écrivait. Au fil des années on a monté un projet ensemble car Arthur écrivait beaucoup de textes et on avait envie de faire de la musique. C’était une sorte de jazz fusion, avec Arthur qui déclamait ses textes. Au départ, on avait envie de faire un truc autour des mots, avec un fond un peu plus improvisé, mais au bout d’un moment on en a eu un peu marre. Arthur voulait chanter et nous, aller vers une musique plus rock. On a rencontré Antoine qui est devenu notre bassiste et on a lancé Feu! Chatterton.

Ça va tellement vite que parfois on ne se rend pas compte de tout ce qu’on a fait !

(A Clément) Attends, tu es en train de faire un selfie ?

Clément : Non, je ne fais jamais de selfie mais je prends beaucoup de photos ! Depuis les débuts de l’aventure jusqu’à maintenant, j’en prends tout le temps, pour les souvenirs. J’ai des photos de tous les concerts, toutes les répètes… Ça va tellement vite que parfois on ne se rend pas compte de tout ce qu’on a fait ! Sauf quand je regarde les photos d’un concert prises dans un petit bar, il y a 6 mois… Et là, on est juste en interview mais c’est quand même assez exceptionnel de faire ça. On en fait pas mal donc on peut avoir l’impression que c’est normal, mais ce n’est pas normal ! À l’instant, je me suis dit que je n’étais sur aucune photo (puisque c’est moi qui les prends toutes), donc je me suis reculé pour être dessus !

C’est pour le public ou c’est juste pour vous ?

Antoine : Non, c’est pour nous ! On n’a pas de compte Instagram, on ne met pas les photos de notre déjeuner sur Facebook, on n’est pas du tout comme ça.

Arthur : On est prêts à partager plein de choses avec les gens, mais on n’aime pas trop ce mélange de voyeurisme et de starification.

Sébastien : Moi je ne pense pas que ça intéresse spécialement le public, c’est un truc que beaucoup d’artistes font mais je ne suis pas sûr que ça marche… On est peut-être un peu vieux jeu dans cette approche…

Arthur : Je pense que c’est pour ça que la plupart de nos idoles soit se taisent, soit sont mortes ! C’est leur musique qui compte, pas la manière dont ces artistes parlent ou encore leur façon de s’habiller.

Feu! chaterton
© Elise Schipman / Dancingfeet.fr
Comment a démarré le projet Feu! Chatterton ?

Sébastien : Au début, on a commencé en se voyant tous les week-ends pour répéter parce qu’on bossait – les études et le boulot, c’était alimentaire.

Arthur : On répétait dans les salles d’université des uns ou des autres parce qu’à Paris c’est très cher de louer une salle de répétition. Donc on se démerdait pour trouver des lieux gratuits où on pouvait laisser notre matériel.

Sébastien : Après on a vraiment commencé dans ma cave. On l’avait un peu arrangée, mais il faisait hyper froid et humide. Malgré tout, on avait ce qui nous fallait pour commencer à monter les morceaux et à répéter. C’était en 2011 et on a mis à peu près trois ans à monter le projet dans sa forme actuelle.

Si on le fait, on le fait à fond.

Dès le départ, vous aviez pour ambition de sortir un album, faire des concerts… ?

Sébastien : A la fin du premier projet Slam/jazz fusion, on était un peu déçus, on avait envie de passer à autre chose, tout ça ne nous ressemblait pas forcément… Donc dès le début, quand on a décidé de monter un groupe plus rock, on s’est dit : « Si on le fait, on le fait à fond ». Pas forcément dans l’idée de réussir, mais surtout de faire de la bonne musique.

Arthur : C’était vraiment une passion et tu te dis que tu n’as pas envie que ce soit circulaire, donc soit ça reste une activité du dimanche, ce qui est bien aussi, soit tu veux en faire plus. Et comme on ne pouvait pas s’en passer, on s’est dit qu’il ne fallait pas avoir honte de ce qu’on avait envie de faire.

Sébastien : Et quand tu travailles deux heures par semaine, forcément tes chansons sont moins intéressantes que si tu travailles pendant 20 heures. Musicalement, on voulait être au top.

Arthur : C’est aussi une question d’état d’esprit. Il y a le plaisir de jouer pour jouer et celui de construire quelque chose. Ça n’est pas qu’une question de temps mais plus de disposition.

Feu! chaterton
© Elise Schipman / Dancingfeet.fr
Pourquoi avoir choisi  « La mort dans la pinède » comme premier titre à mettre en avant ?

Clément : C’est un concours de circonstances… On est allés chez un pote ingé son qui nous avait contacté sur internet en 2012. On a enregistré 4 titres chez lui et finalement un seul sonnait, c’était « La mort dans la pinède ». A priori, ce n’était pas le premier titre qu’on voulait sortir mais les autres ne fonctionnaient pas au niveau des enregistrements. Donc on a fait mixer ce titre et décidé d’en faire un clip. On est allés chez un pote qui avait une caméra et on a tourné toute une nuit. « Pas de scénario, pas d’idée précise, juste on y va avec ce qu’on a et on essaie de créer une image ». Un mois de montage plus tard, on a mis le clip en ligne.

Apparemment vous n’étiez pas très réseaux sociaux, comment vous êtes-vous fait connaître ?

Arthur : Pendant un an et demi, le clip est resté à 9000 vues !

Sébastien : Ça a commencé à être vraiment vu en novembre dernier… On est allés progressivement sur Facebook, et maintenant on commence à gérer le truc.

Arthur : On a mis du temps à trouver la manière de nous approprier ce média qui est devenu une nécessité dans la musique. Et comme c’est une nécessité, on le vivait assez mal.

Clément : Mais maintenant, on se rend compte que ça permet vraiment de communiquer avec les gens… Et puis aujourd’hui on a vraiment des trucs à dire, on a une actualité ; avant, on aurait brassé de l’air pour poster des trucs.

On s’organise pour que ce soit plus simple et pour laisser le plus de place possible à la musique.

Qui s’occupe de ça ? Vous avez chacun votre rôle ?

Clément : Oui, chacun a son rôle, les choses sont définies selon les affinités de chacun…

Sébastien : Antoine gère la partie technique, Clément s’occupe du web, Arthur s’occupe plus de ce qui est répétitions et réservations de salles, et moi je m’occupe de l’association et de la partie plus administrative.

Clément : On s’organise pour que ce soit plus simple et pour laisser le plus de place possible à la musique.

Feu! chaterton
© Elise Schipman / Dancingfeet.fr
Aujourd’hui, vous êtes indépendants, vous n’avez pas signé avec un label. Comment vous gérez ça ?

Antoine : Avoir remporté ces tremplins nous a permis d’être indépendants. On voulait vraiment faire la musique qu’on voulait, comme on le voulait. On a enregistré avec notre équipe, notre réalisateur, on a payé les studios, on est propriétaires des bandes… On a fait tout ce chemin par nous-mêmes, grâce à ça.

Arthur : C’est vrai que quand tu es signé en label, tu as moins de choses à gérer. En indépendant, tu fais ce sacrifice, ce travail-là qui n’est pas de la musique, car tu sais que ta récompense est ta totale liberté.

Sébastien : Après, on a eu des prix et on a eu la chance de pouvoir fonctionner comme ça. Je comprends tout à fait qu’un groupe signe avec un label pour sortir un EP parce que ça peut quand même coûter entre 5000 et 10 000 euros.

Arthur : Mais c’est peut-être un peu caricatural de dire qu’un label va te brimer artistiquement. La liberté artistique, tu peux la trouver partout, ça va surtout dépendre de toi. Être influencé par quelqu’un, ça peut être bien aussi !

L’EP est sorti en septembre, quels sont vos premiers retours ?

Arthur : On a été très bien reçus ! Là, on part en tournée, et on prévoit l’enregistrement d’un album.

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Merci à www.dancingfeet.fr pour les photos. // Photographe : Elise Schipman – www.eliseschipman.fr

Interview : Narjes Bahhar

Feu! Chatterton beaucrew