CLARISSE MIZRAHI – WANTED GINA

« Je n’arrive pas à comprendre comment j’ai pu galérer à faire autre chose pendant 10 ans. »

Elle était administratrice d’une compagnie de spectacle quand elle a décidé de quitter son job pour réaliser son rêve : créer sa marque de vêtements Wanted Gina. Pendant un an, Clarisse s’est enfermée pour apprendre, dessiner, coudre et confectionner sa première collection. 2 ans plus tard, elle est présente dans plusieurs villes de France et à l’étranger et pense déjà à l’été 2016.

Où as-tu grandi ?

J’ai grandi en banlieue parisienne où j’ai fait mes études. Ma mère est bolivienne et mon père est gréco-français, donc ma famille est un peu éparpillée dans le monde. J’ai beaucoup voyagé avec mes parents. C’est d’ailleurs en repartant en Bolivie que j’ai pris la décision de me lancer dans la mode.

J’allais bientôt avoir 30 ans, c’était le bon moment pour enfin monter ma marque de vêtements.

C’est une envie que tu avais depuis toute petite ?

Oui. A 10 ans, mes parents m’ont offert une machine à coudre et ma grand-mère m’a appris à l’utiliser. Quand j’étais ado au lycée, je me faisais plein de vêtements, c’était plutôt marrant. D’ailleurs en terminale, j’ai vraiment hésité à faire une école de mode mais j’ai eu peur de ne pas y arriver, de ne pas tenir la route financièrement… Finalement, j’ai fait 5 ans d’études en droit et histoire de l’art, puis j’ai travaillé comme administratrice de production pour des compagnies de théâtre. La plus importante s’appelait Les Grandes Personnes. Je recherchais des financements, des dates, je les aidais à monter des spectacles, j’étais souvent dans les ateliers, ça me donnait l’impression d’avoir un pied dans un univers créatif.

Ça m’a amenée à beaucoup voyager en Amérique du Sud et je suis restée un moment en Bolivie. Et un jour – c’est hyper cliché mais c’est vrai – j’étais dans un bus dans les montagnes, et je me voyais dans mon bureau avec ma vie normale qui ne me satisfaisait pas complètement ; j’avais aussi à l’esprit cette idée de mode qui me trottait dans la tête depuis toute petite. Je me suis dit : « C’est débile, pourquoi je le fais pas ? ». J’allais bientôt avoir 30 ans, c’était le bon moment pour enfin monter ma marque de vêtements.

Wanted Gina - Encore Magazine

Comment les choses se sont-elles mises en place ?

Assez naturellement. Je suis revenue en France et j’ai annoncé à mon directeur que j’avais envie de démissionner. Ça a pris environ 6 mois, le temps pour eux de retrouver quelqu’un d’impliqué. Dès que j’ai arrêté, je me suis mise à fond dans mon projet. Pendant 9 mois, de janvier à septembre, je suis restée enfermée ici tous les jours. Je me réveillais à 8h et je me couchais à 1h. Je ne voyais plus mes amis ! J’avais l’impression d’avoir accumulé 10 ans de frustration et j’étais trop contente de couper et dessiner toute la journée.

J’ai lu des bouquins… J’achetais des petits bouts de tissus et j’essayais

Tu t’es formée seule au modélisme ?

Je n’avais pas envie de reprendre des études donc j’ai pris quelques cours particuliers pour travailler sur des trucs précis, mais c’est à force de tester que j’ai fini par comprendre. J’ai lu des bouquins… J’achetais des petits bouts de tissus et j’essayais. Fin janvier, j’avais fait 25 vêtements.

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Comment comptais-tu les vendre ?

Je m’étais dit que j’allais travailler par série et qu’à chaque fois, j’inviterais des gens. La première fois, j’ai invité tous mes contacts et j’ai à peu près tout vendu ! Au mois de mars, même chose avec 35-40 vêtements. Je n’avais même pas de nom ! Je ne savais pas comment ça marchait, je ne connaissais personne, je n’avais pas d’ami photographe donc j’ai fait une première série photo avec des traits de scotchs, un truc assez graphique plutôt marrant. Puis j’ai réalisé un site internet avec les moyens du bord, j’ai créé une page Facebook et j’ai commencé les ventes de créateurs.

J’ai demandé de l’aide à la Boutique Ephémère et elle m’a dit oui ! J’ai fait une vente en juillet et la collection est partie comme des petits pains. Il faut dire que je ne vendais pas très cher puisque c’est moi qui cousais tout, mais il ne me restait que 10 fringues sur le portant à la fin des 3 jours, j’étais super contente. Je me suis dit : « OK, c’est le mois de juillet, je vais me poser, je vais réfléchir et faire en sorte qu’à la rentrée ce soit un peu plus professionnel ».

J’ai réalisé un site internet avec les moyens du bord, j’ai créé une page Facebook et j’ai commencé les ventes de créateurs.

Comment s’est passée cette transition ?

J’ai commencé à lister les salons, à chercher de bons photographes et des mannequins et à dessiner une collection pour l’hiver. En septembre, j’ai cousu les modèles et j’ai organisé une séance photo avec une amie d’amie photographe et un mannequin canonissime (la fille était prête à poser pour pas très cher). C’est quand j’ai posté les photos sur Facebook que ça a commencé à prendre. J’avais même été contacté par Elle Magazine pour 2 pièces qu’ils avaient sélectionnées pour un shooting Made in Paris. Malheureusement, c’est tombé à l’eau à la dernière minute. Malgré tout, à partir de ce moment, tout s’est enchaîné rapidement. Des boutiques m’ont contactée, Paulette Magazine a relayé les shootings et c’était parfait car je venais de lancer mon e-shop.

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A ce moment-là, tu cousais toujours les pièces toi-même ?

Non, l’hiver dernier je m’étais rendu compte que je ne pouvais plus continuer à coudre à la chaîne. J’avais des salons de prévu et j’ai dû trouver un couturier rapidement, c’est là que j’ai commencé à me faire aider.

Financièrement, tes ventes te suffisaient pour ces nouveaux investissements ?

Non, j’ai dû emprunter de l’argent à des structures de la ville de Paris qui aident les jeunes créateurs. Car vient un moment plus compliqué où tu dois investir de l’argent en espérant gagner un peu plus.

J’ai constitué une équipe pour produire et moi je fais tous les patrons et les tailles.

Comment as-tu trouvé tes fournisseurs et prestataires ?

Par le bouche à oreille. J’ai trouvé des façonniers et un coupeur qui développe son activité en parallèle avec la mienne. J’adore ce milieu, je suis toujours contente d’aller les voir, même juste pour boire un café.

Maintenant, j’ai constitué une équipe pour produire et moi je fais tous les patrons et les tailles. On appelle ça la gradation, c’est-à-dire que je fais un vêtement S pour la mannequin et je dessine du XS au L. Ça fait beaucoup de patrons mais ça me permet d’avoir les mains dedans, c’est important.

CLARISSE MIZRAHI – WANTED GINA
Qu’est-ce qui t’inspire dans la création ?

Entre deux collections, je me laisse toujours deux mois vacants. Ça me permet de faire des papiers administratifs, de gérer les productions et la communication, et de prendre le temps de réfléchir à ce que je veux faire. Je me prends systématiquement un moment pour penser à ma nouvelle collection et la dessiner. Je me balade dans la rue, je vais au musée, je commence à imaginer des choses et trouver des idées. Puis pendant une semaine, je me pose et je regarde des images, j’écoute de la musique qui peut m’inspirer pour la collection et je me fais 4 grandes planches d’inspiration. C’est ma base pour commencer à dessiner.

De manière générale, je ne regarde pas trop ce que font les autres mais je m’inspire beaucoup de la photo. Par exemple pour la collection été, j’étais super curieuse des années 70 et de ce qui se faisait en photo, en mode ou dans l’art. Ça a dérivé sur les couleurs pastel, sur une gamme de rose…

L’hiver prochain, je vais avoir pas mal de nouvelles boutiques à Paris et en province.

Aujourd’hui, où vends-tu tes collections ?

Je vends beaucoup sur l’e-shop qui marche bien. Je suis présente sur les Petits Frenchies et je vais aussi être sur la plateforme The French Talents pendant un an. Jusqu’à maintenant, j’étais dans deux boutiques à Paris, mais à partir de l’été, je vais être chez Virginie Mahé. Je suis à Lyon, Périgueux et Bilbao. L’hiver prochain, je vais avoir pas mal de nouvelles boutiques à Paris et en province.

Wanted Gina - Encore Magazine
Il y a une entraide avec les créateurs ?

Totalement. Je ne sais pas si c’est moi qui suis bien tombée mais je pense vraiment que oui. Je ne connaissais personne dans le milieu et j’ai rencontré beaucoup de monde sur les salons. Tu passes des journées à attendre que des gens passent sur ton stand, du coup tu discutes. Je pense que c’est hyper important.

J’aime bien avoir mon activité à moi et la développer, je suis plus à l’aise.

Comment tu te sens aujourd’hui ?

Je vis de mon activité depuis octobre (un an et demi après ma première collection), c’est assez rapide ! Je suis trop contente, je n’arrive pas à comprendre comment j’ai pu galérer à faire autre chose pendant 10 ans. Et je me rends compte que j’aime bien avoir mon activité à moi et la développer, je suis plus à l’aise.

www.wanted-gina.fr

Wanted Gina © Beaucrew