Brocante Lab © Encore MagazineÀ 27 et 28 ans, Charlotte Cadé et Maxime Brousse sont les fondateurs de Brocante Lab, une market place de mobilier vintage. Originaires de Bordeaux, ces deux amoureux, passionnés de décoration, ont plaqué leur job respectif pour lancer le site en septembre 2014. Après une levée de fonds de 500 000 euros et quelques prix prestigieux, Brocante Lab est déjà considérée comme l’une des start-up françaises les plus prometteuses du moment…

Charlotte, à quoi ressemblait ta vie avant Brocante Lab ?

Charlotte : On a grandi à Bordeaux. J’ai fait une école de commerce en me disant : « Je veux faire du marketing, je trouve ça super cool de vendre des produits en essayant de les rendre sexy.» Mon objectif était de rentrer chez L’Oréal, mais quand j’ai décroché un poste là-bas, j’ai vite déchanté. Je me suis rendu compte que démarrer dans un grand groupe et faire carrière dans le marketing ne me correspondait pas du tout. Dans ces grosses structures, c’est difficile de sentir l’impact que tu as sur le business. J’y suis restée quelques mois, puis j’ai intégré une petite agence où je faisais de la gestion de projets de A à Z : la création de comptes, le management des équipes, la partie commerciale, la direction artistique… Ça se rapprochait plus de ce que je voulais faire mais ce n’était pas encore ça, il manquait la dernière étape. Maintenant, on y est, les deux pieds dans le plat !

Maintenant, on y est, les deux pieds dans le plat !

Et toi Maxime, tu avais déjà une âme d’entrepreneur ?

Maxime : Oui, j’ai toujours voulu entreprendre parce que j’ai toujours baigné là-dedans par ma famille. J’ai d’ailleurs fait un master en entrepreneuriat. Puis, je suis parti faire un stage en Chine et j’ai enchaîné avec une expérience dans la finance à Paris, expérience qui ne m’a pas plu du tout. J’ai ensuite travaillé pendant trois ans pour un réseau qui accompagnait les start-up. C’est ce qui m’a vraiment convaincu de monter mon business. J’ai donc quitté mon job pour commencer à travailler sur différentes idées. Mais je n’avais rien de très précis en tête…

Qu’est-ce qui vous a inspiré Brocante Lab ?

C : En échangeant avec mon entourage, je me suis rendu compte que beaucoup de gens – et moi la première – en avaient marre du total look Ikea mais qu’ils n’avaient pas le courage de faire défiler les 5000 pages du Bon Coin pour trouver des pièces uniques. Donc l’idée était de créer un site spécialisé sur le mobilier et la décoration d’occasion, et qui propose une vraie sélection.

M : En creusant le sujet, on s’est aussi rendu compte qu’il fallait qu’on travaille avec les brocanteurs car ce marché là n’était pas du tout digitalisé et qu’il restait très traditionnel. Il n’existait pas encore d’expérience de brocante sur Internet avec des produits sélectionnés, des commentaires sous les articles et des avis clients.

C : En résumé, on a voulu créer un mix entre un vide dressing de la déco et une brocante digitale.

On a voulu créer un mix entre un vide dressing de la déco et une brocante digitale.

A quel moment avez-vous pris la décision de vous associer dans ce projet ?

M : Au départ, Charlotte cherchait un associé. Elle a rencontré beaucoup de gens mais finalement ça n’a pas marché. Et de fil en aiguille, on a commencé à se dire : « C’est quand même con, on est hyper complémentaires, ça fonctionne bien…» Il y avait juste cette alerte sur le fait qu’on soit un couple, ce qui engendrait quand même un risque. Finalement, on s’est bien entourés en rencontrant beaucoup d’entrepreneurs en couple qui nous ont alertés sur certains points.

Lesquels ?

C : Le point principal, c’est que ça demande une vraie rigueur. Quand tu lances une start-up, tu as tendance à y passer 7j/7 24h/24. Il faut vraiment réussir à s’octroyer du temps et à séparer les deux univers : la boîte et la vie personnelle.

M : C’est difficile de couper et de ne pas parler du projet en rentrant le soir alors que toute la journée tu es à bloc. Il faut réussir à trouver le bon équilibre, sinon tu ne fais que ça…

Comment avez-vous lancé le projet ?

C : J’ai commencé à réfléchir à ce projet alors que j’étais encore en poste en agence. Pendant plusieurs mois, j’ai travaillé là-dessus les soirs et les week-ends et dès que j’ai senti que j’étais dans la bonne direction, j’ai quitté mon job pour me lancer. Maxime m’a rejointe à ce moment là et on s’est installés dans un petit bureau que louaient des potes dans un local en fond de cour, rue du Faubourg Saint-Denis. On est restés là-bas pendant quelques mois, c’était un peu le garage de début de start-up sans fenêtre, ni chauffage…

M : Ensuite on a réalisé une étude de marché et dès qu’elle a été validée, Charlotte a travaillé sur la conception du site pour créer une première version.

C : On voulait rapidement sortir un site, même imparfait, juste pour tester l’idée et savoir si elle avait un sens ou pas. Parce que tant que tu ne l’as pas sorti, tu as beau réfléchir et tourner le truc dans tous les sens, si ta proposition n’est pas validée par le marché, ça ne sert à rien !

M : Dans le même temps, on a postulé au concours « 101 projets » organisé par Xavier Niel, Marc Simoncini et Jacques-Antoine Granjon. Ça nous a donné un bon coup de boost ! Pour ce concours, tu dois pitcher ton projet en une minute devant des personnalités de l’entreprenariat et environ 60 projets se voient attribuer 25 000 euros. Charlotte a gagné alors que le site n’était même pas encore en ligne…

On voulait rapidement sortir un site, même imparfait, juste pour tester l’idée et savoir si elle avait un sens ou pas.

Hormis ces 25 000 euros, comment avez-vous financé le lancement ?

C : On avait nos économies personnelles (20 000 euros chacun) et on a réussi à réunir la somme de 100 000 euros. On a eu différentes aides de La FrenchTech, un prêt à taux zéro de PIE (Paris Initiative Entreprise) et un petit prêt bancaire du Crédit Mutuel qui nous a fait confiance.
Pour lancer une start-up, ce n’était pas énorme, mais on a vraiment limité les frais. On a d’ailleurs pu éditer une première version du site pour 10 000 euros, en sous-traitant un maximum de postes.

Comment avez-vous réussi à convaincre les brocanteurs de venir vendre en ligne ?

C : Au lieu de les démarcher en leur promettant un chiffre d’affaires de dingue, on leur a proposé de participer à une aventure entrepreneuriale et ils ont été plutôt réceptifs.
On a lancé le site avec 150 produits – c’est-à-dire pas grand chose ! – et aujourd’hui, on a plus de 15 000 pièces uniques à vendre sur le site.

M : Pour les brocanteurs, c’est une valeur ajoutée d’être pris par la main pour ouvrir une boutique sur internet. On les aide à gérer cette nouvelle forme de commerce et à communiquer pour atteindre une nouvelle clientèle, à la fois en France mais aussi à l’étranger.

On a lancé le site avec 150 produits – c’est-à-dire pas grand chose ! – et aujourd’hui, on a plus de 15 000 pièces uniques à vendre sur le site.

Pour le moment, ce ne sont que des vendeurs professionnels ?

C : On accepte quelques particuliers mais ils représentent à peine 10% des vendeurs du site. On veut d’abord tester la profondeur du marché avec les brocanteurs et voir jusqu’où on peut aller. Ensuite, on pourra peut-être ouvrir Brocante Lab aux particuliers.

Comment l’entreprise a-t-elle évolué ces derniers mois ?

C : On fait 30% de croissance par mois et plus de 150 000 euros de ventes par mois. On a fait une levée de fonds de 500 000 euros auprès d’entrepreneurs du web en avril. Ça nous permet de nous développer plus rapidement, de recruter des gens, d’investir sur la partie technique pour avoir un site beaucoup plus robuste.

Aujourd’hui, c’est une activité rentable ?

C : Non, pour le moment on touche encore le chômage et tout l’argent gagné est réinjecté dans le projet. C’est un business de volume qui fait que la rentabilité est difficile à atteindre à court terme. On vise une rentabilité à 3 ans.

Cette période demande beaucoup de sacrifices, comment vous gérez ça ?

M : On doit faire attention. Pour le moment, on limite les week-ends et les vacances… Mais on savait ce qui nous attendait.

C : Il n’y a pas vraiment de frustration parce qu’on vit pour le projet, on voit que ça avance et que ça va dans le bon sens. Et surtout, on apprend énormément et on s’éclate. Quand je vois mes potes qui me disent « demain on est lundi, c’est l’enfer », moi je me dis : « Cool, la semaine commence ! ».

Il n’y a pas de frustration parce qu’on vit pour le projet, on voit que ça avance et que ça va dans le bon sens. Et surtout, le matin je me lève et je m’éclate.

A 27 et 28 ans, c’est un vrai choix de vie que de monter une boîte plutôt que de faire un enfant, par exemple ?

C : Oui, c’est un vrai choix car il serait difficile de cumuler les deux aujourd’hui et de répartir son énergie entre les deux. On aurait sans doute l’impression de faire les choses à moitié et ce n’est pas trop dans nos tempéraments…

M : Quoi qu’il arrive, on sait qu’on pourra toujours rebondir et le risque est quand même mesuré.

Depuis le début vous êtes soutenus ou conseillés par d’autres entrepreneurs ?

C : Oui, énormément ! Dès le début nous avons été accompagnés par Renaud Guillerm, le fondateur de Vide Dressing. C’est un très bon mentor, qui a une bonne expérience des marketplaces car il est passé par toutes les étapes que nous traversons aujourd’hui.

M : C’est très important de pouvoir s’appuyer sur un bon réseau et d’être bien entouré dans cet écosystème, c’est le choix que nous avons fait au moment de la levée de fonds. Nous avons choisi de nous entourer d’entrepreneurs susceptibles de nous aider sur les différents sujets de la startup.

Aujourd’hui, comment vous vous sentez dans la mise en oeuvre de ce projet ?

M : Tout va tellement vite dans la vie d’une start-up ! On enchaîne les bonnes et les mauvaises nouvelles au quotidien, c’est un peu les montagnes russes émotionnelles. Il ne faut surtout pas paniquer et garder le cap. C’est ce qu’on essaie de faire tous les jours.

 

www.brocantelab.com

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Interview & Photos : Marie Ouvrard