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« Si jamais ça ne marche pas, au moins on aura bien rigolé ! »

Il y a 5 ans, Céline a « l’idée du siècle » en organisant un week-end d’intégration : créer une cagnotte en ligne ! Quelques mois plus tard, à 25 ans, elle lançait Leetchi.com, une petite start-up pour un grand rêve. Aujourd’hui, Leetchi compte 30 salariés et 1 500 000 d’utilisateurs. Céline, elle, est devenue l’un des plus beaux exemples de réussite française et partage son expérience en toute simplicité. Vraiment.

D’où viens-tu ?

Je suis née à Toulouse. J’y ai passé 18 ans avant d’arriver à Paris où j’ai fait mes études.

Qu’est-ce que tu voulais faire plus jeune ?

Dès l’âge de 14-15 ans, je voulais absolument travailler dans le web. Mes parents avaient installé internet assez tôt car mon père était un peu geek. Ça me plaisait beaucoup donc je voulais absolument travailler dans ce secteur, ce qui signifiait pour mes parents, devenir informaticien… 

Quel métier faisaient-ils ?

Ils sont médecins tous les deux.

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Quelles études as-tu faites ?

J’ai fait maths sup/maths spé à EPITA. Mais après deux ans de prépa, je me suis rendu compte que c’était très technique et que j’étais plus attirée par la gestion de projet. Donc, j’ai fait une passerelle à la Fac en deuxième année et un DESS Internet et gestion des médias.

En parallèle, je cumulais pas mal de petits boulots en graphisme, développement de projet ou communication… J’ai travaillé pour plein de boîtes, je prenais tout ce que je trouvais qui était plus rémunérateur que du baby-sitting !

J’ai travaillé pour France Telecom ou ING Direct, la banque en ligne. C’était en 2005 et ils avaient déjà une super stratégie et une très bonne communication… Ça m’a ouvert au secteur bancaire.

Ensuite j’ai travaillé pendant 6 mois pour Eyeka, une start-up montée par Gilles Babinet. J’ai commencé par un stage puis un CDD. C’est à ce moment-là que j’ai vraiment découvert l’univers d’une start-up.

Puis, en parallèle, j’ai intégré un troisième cycle à HEC en e-business.

Sans être très carriériste, je trouvais bien de développer un carnet d’adresses professionnel petit à petit, sans trop me poser de questions.

Tu menais de front une vie professionnelle et tes études, il faut être un peu hyperactive ?

Ça fait un peu prétentieux de dire ça mais l’école, c’était assez facile… Le niveau de prépa était dur mais le marketing, c’est assez évident. J’aimais bien remplir mes journées et surtout le fait d’être indépendante. Je me suis vite rendue compte que gagner de l’argent me le permettait. Et sans être très carriériste, je trouvais bien de développer un carnet d’adresses professionnel petit à petit, sans trop me poser de questions.

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On t’a inculqué la valeur du travail ?

Oui complètement. Mes parents étaient médecins mais ma mère avait des magasins Benetton à Toulouse donc j’ai commencé à traîner là-bas dès l’âge de 6 ans et j’y ai passé pas mal de samedis ! J’ai aussi travaillé à la mairie, j’ai gardé tous les enfants du quartier… On n’était pas vraiment dans le besoin mais la valeur travail était très forte.

Je lui ai dit «j’ai eu l’idée du siècle, il faut monter un truc comme ça, ça n’existe pas !».

Comment t’es venue cette idée de cagnotte ?

Quand j’étais à HEC, j’ai décidé d’organiser un week-end d’intégration. Je suis partie avec une enveloppe et un fichier Exel pour récolter l’argent auprès de chacun et ça a été très compliqué ! C’est comme ça que j’ai eu l’idée de la cagnotte en ligne.

Je me souviens très bien, j’étais au bar le Funambule avec mon copain Nicolas, et je lui ai dit «j’ai eu l’idée du siècle, il faut monter un truc comme ça, ça n’existe pas !».

Je n’avais pas encore une vision précise du projet mais je savais que l’enterrement de vie de jeune fille de l’une de mes amies avait été un enfer à organiser parce qu’on était tous aux 4 coins de la France. Pour l’anniversaire de mon petit frère, ma cousine ne m’avait jamais remboursé… Le cadeau commun, c’était vraiment le problème auquel tout le monde avait déjà été confronté.

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C’était ta première « vraie idée » ou tu avais déjà développé d’autres projets ?

A une période, j’avais eu en tête de monter une agence pour facturer des prestations, mais à chaque fois que je voyais ma mère elle me disait « tu vas payer de l’URSAFF, tu vas payer de l’URSAFF, tu vas payer de l’URSAFF ! ». Donc je m’étais un peu résignée… J’étais plus motivée par l’idée d’un projet que par la création d’entreprise.

Je me disais que si cette « expérience client » correspondait aux besoins de mes camarades de promo, je me lancerais.

Comment as-tu commencé à mettre ton projet en forme ?

J’ai vraiment passé les mois suivants à réfléchir au projet tout en poursuivant mon Master. On avait pas mal d’ateliers communs et les profs nous faisaient travailler à partir de nos idées. On a donc réfléchi tous ensemble au projet, de la baseline au potentiel client. Ça s’est fait de manière un peu naïve.

Pour trouver le nom, on a fait des listes de noms de fleurs, d’animaux, de dieux… Un pote m’a dit « il y a Orange, pourquoi pas Leetchi ? ». C’est parti comme ça.

Comment as-tu trouvé ton financement de départ ?

A ce moment-là, il existait une « Aide Jeunes » pour l’étude de la faisabilité d’un projet. J’ai déposé un dossier et un mois et demi plus tard, j’avais 20 000 euros. Ça m’a permis de financer une étude juridique et graphique et de mettre en place un prototype. Je me disais que si cette « expérience client » correspondait aux besoins de mes camarades de promo, je me lancerais.

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Le test a donc été concluant ?

Oui, ça l’a été ! J’ai fait tester le site à mes amis de promo pendant trois mois et il se trouve que l’un d’eux a fait passer ses codes à un Business Angel qui a rapidement été intéressé. C’est comme ça que j’ai rencontré Oleg qui m’a proposé de mettre 100 000 euros. (Quelques mois plus tard, Céline réunira la somme de 450 000 euros au total).

Dans quoi as-tu investi cet argent ?

J’ai monté la structure, Oleg m’a proposé de rejoindre les locaux de Bahu et j’ai trouvé un développeur, Eric, qui travaillait beaucoup la nuit ! On commençait à 17h et on travaillait jusqu’à 3h du matin, pour ensuite me lever à 9h… Puis, j’ai recruté une amie d’enfance, Stéphanie, pour écrire les dossiers de presse parce qu’il fallait créer le besoin et mettre le paquet sur la communication.

C’était l’accouchement ! Il s’était passé 18 mois entre la fin de mes études et le lancement. Deux grossesses…

Quand avez-vous lancé le site ?

J’ai ouvert la version beta du site le 19/11/09. J’étais avec Stéphanie, on s’est mises à pleurer et on est allées manger ! C’était l’accouchement ! Il s’était passé 18 mois entre la fin de mes études et le lancement. Deux grossesses…

Les deux premières cagnottes étaient celles des anniversaires de mes deux meilleurs amis d’enfance. Je m’étais dis « Super, il va y avoir plein de gens que je ne connais pas qui vont voir la cagnotte ! ». J’étais en pleine phase de prosélytisme, je prêchais Leetchi !

Comment avez-vous communiqué ?

On essayait tout et n’importe quoi pour faire connaître le site avec des idées et très peu de budget ! Par exemple, on avait organisé une campagne sur Facebook. On avait réalisé un Photo Booth avec un cadeau que l’on avait fabriqué nous-mêmes. On demandait aux gens de mettre cette photo en photo de profil. Il y en a eu presque 1000 ! On mettait la pression à tout le monde…

Ça te plaisait cette vie-là ?

Honnêtement, c’était vraiment drôle comme période. J’avais recruté Matthieu et Laure qui sont encore là. C’était l’aventure ! On faisait des fêtes et le lendemain, on travaillait au milieu des bouteilles. On fumait dans les bureaux… Tous les jours il se passait un truc. On n’avait pas d’heures de travail, on dormait dans les bureaux, c’était n’importe quoi… Je disais toujours « si jamais ça ne marche pas, au moins on aura bien rigolé ! ».

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Au fil des années ça s’est un peu cadré ?

Oui, heureusement ! Aujourd’hui, c’est de moins en moins une start-up et de plus en plus une entreprise, même si l’esprit est toujours là. Ça s’est juste un peu embourgeoisé et rationalisé. On a beaucoup travaillé et on a aussi eu certainement beaucoup de chance.

Aujourd’hui comment évolue Leetchi ?

Il y a de plus en plus de cagnottes liées à des projets associatifs ou à la solidarité. C’est vraiment bien de voir que ça peut aider des gens. En ce moment, par exemple, il y a une cagnotte pour aider un enfant malade à se faire soigner…

On est presque 30 en comptant le Luxembourg, où ils sont 6.

Combien êtes-vous de salariés ?

En ce moment, on est presque 30 en comptant le Luxembourg, où ils sont 6.

Quel est ton quotidien ?

J’ai deux rôles dans l’entreprise. Le premier c’est la communication. En interne, j’ai le rôle de capitaine de navire et en externe je communique auprès du public ou des investisseurs. En parallèle, je travaille sur tous les projets de développement. C’est un travail de chef d’orchestre, j’essaie vraiment d’observer et de comprendre ce que les gens veulent.

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Aujourd’hui, Leetchi compte plus de 300 000 utilisateurs. Tu t’attendais à ce succès ?

C’est à la fois ce que j’espérais et en même temps quelque chose que je n’imaginais pas. C’est une super expérience, c’est très positif. C’est vrai que ça n’est pas facile tous les jours. Sans parler de l’amplitude horaire de travail, je suis toujours les doigts dans la prise, je ne déconnecte jamais. Même si j’adore ça !

Par exemple, je me suis fiancée en avril et on est resté coincés dans les bouchons pendant cinq heures avec mon fiancé. J’ai passé cinq heures au téléphone avec l’ordinateur sur les genoux… Heureusement qu’il est patient !

Une fois, une journaliste allemande m’a demandé quels étaient mes hobbies. Je lui ai répondu « J’en ai pas, c’est ma boîte ! ». C’est peut-être triste mais en même temps c’est ce qui me fait le plus marrer…

www.Leetchi.com

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