Carole Pinto

« Pour moi, réussir, c’est faire les choses bien et viser haut »

Adolescente, comme toutes les filles, Carole a découvert la pince à épiler. Sauf qu’elle, elle ne l’a plus jamais lâchée… C’est devenu son accessoire fétiche et les sourcils, sa passion. Ses copines, ses parents, ses collègues, tout le monde y est passé. Alors, il y a deux ans, elle a lancé le concept de « sourcils party », des soirées à domicile consacrées à l’épilation et au maquillage des sourcils. Au bout de quelques semaines, son carnet de rendez-vous explose ! Bouche-à-oreille, réseaux sociaux et grosse motivation, aujourd’hui, à 28 ans, Carole est devenue la « brow artist » que tout le monde s’arrache. 

Carole, il paraît qu’il faut 2 mois pour décrocher un rendez-vous avec toi, c’est vrai ?

Oui, c’est vrai ! Au début je culpabilisais… Aujourdhui ça va mieux même si je reconnais que cest encore difficile pour tout le monde davoir un rendez-vous. Le planning en ligne m’a bien aidé, mais je refuse de prendre plus de 8 rendez-vous dans la même journée. C’est important pour moi de bien traiter les gens, de bloquer des créneaux d’une heure, de rester qui je suis et de ne pas devenir une sorte d’institut avec des clients à la chaîne.

C’est important pour moi de bien traiter les gens, de bloquer des créneaux d’une heure, de rester qui je suis et de ne pas devenir une sorte d’institut avec des clientes à la chaîne.

Et il faut dire que l’endroit où tu reçois est très sympa…

Oui, je suis super fière d’être ici. Déjà parce que je suis dans un showroom avec une équipe géniale et en plus le quartier est prestigieux. Pour moi qui viens de la région parisienne, ça fait peut-être cliché, mais c’est vraiment génial d’être près d’un lieu aussi magnifique que la Place Vendôme.

Pourquoi ? Tu viens de quel coin de la région parisienne ?

J’ai grandi dans le 94, près de Créteil. Et aujourd’hui, j’habite dans le 91.

Que faisaient tes parents ?

Mon père était peintre en bâtiment et ma mère travaillait pour le Conseil Général. Aujourd’hui, ils sont retraités.

Carole Pinto Carole Pinto

Tu te souviens quel métier tu avais envie de faire petite ?

Pas vraiment, une petite préférence pour le social…

Et à l’école, tu étais bonne élève ?

Moyenne mais sérieuse quand même Disons que j’ai obtenu tous mes diplômes du premier coup mais en flirtant avec la moyenne. Enfin le principal c’était de les avoir.

Au collège, j’ai commencé à faire « une fixette » sur les sourcils.

Et c’est au collège, quand on arrive à l’âge ingrat, que tu as découvert ta passion pour les sourcils…

C’est ça ! Au collège, j’ai commencé à faire « une fixette » sur les sourcils. Je me suis rendu compte à quel point ça pouvait changer une personne. Le jour où ma sœur m’a épilé les sourcils, ceux du milieu, ça a été une révélation. Et à partir de ce jour-là, j’ai tout essayé, sur moi, sur mes copines, en colonie, après les cours, sur mon entourage, tout le monde y passait ! Je prenais exemple sur les pochettes de CD-2 titres : genre Mariah Carey et J-Lo (aujourd’hui ça peut paraître has-been mais à l’époque, on voulait toutes leur ressembler) et j’essayais de refaire pareil. Je dis bien que j’essayais… Et ça ne s’est jamais arrêté.

Ça devait être un peu pénible pour ton entourage, non ?

Mais oui, j’étais vraiment la relou des sourcils. Je dégainais ma pince à épiler à la moindre occasion. Et je testais tout et n’importe quoi… J’ai d’ailleurs quelques très beaux ratés à mon actif ! La preuve est sur mon Instagram. J’ai mis toute mon évolution dans ma « brow-graphie » !

Carole Pinto

Et alors comment passe-t-on de « la relou des sourcils » à la brow artist surbookée ?

Ça n’a pas été simple ! Même si je suis  jeune, j’ai l’impression que la route a été longue… J’ai fait pas mal de virages. Déjà, en troisième, après mon brevet, j’ai eu une dérogation pour faire une seconde avec option histoire de l’art, à Créteil, parce que j’adorais dessiner. Finalement j’ai bifurqué vers un BTS esthétique parce que que jaimais aussi tout ce qui se rapportait aux soins de la peau et à la cosmétologie. C’était surtout, après le bac, une possibilité de poursuivre de plus longues études.

J’ai travaillé en institut mais j’ai vite senti que ce n’était pas fait pour moi.

Et tu l’as eu ce BTS ?

Oui ! Une fois mon diplôme en poche, je me suis retrouvée sur le terrain et là j’ai un peu déchanté. J’ai travaillé en institut mais j’ai vite senti que ce n’était pas fait pour moi : c’était  trop codifié. Il fallait se présenter de telle manière devant les clientes, tenir tel discours, bref, je trouvais que ça manquait de spontanéité. Et puis, il y avait un côté mercantile, à la chaîne qui vraiment ne me plaisait pas. Donc j’ai décidé de reprendre une licence pro dans la vente, l’animation et la formation en parfumerie, soins de luxe et bien-être. Je me suis retrouvée en alternance chez Pierre Fabre, en tant que formatrice-animatrice. J’avais un contrat d’itinérante France, toute une expérience… Me retrouver souvent seule dans des villes que je ne connaissais pas à passer mes nuits à l’hôtel, ça m’a vraiment forgée. Mais une fois l’alternance terminée, je suis rentrée en région parisienne. C’est là que j’ai lancé les sourcils party, chez mes copines.

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Comment tu as eu l’idée de faire ça ?

Tout est allé assez vite. Il se trouve que pendant une soirée Tupperware j’ai fait les sourcils d’une copine, ce qui nous a donné l’idée d’organiser une soirée sur le thème « sourcils et maquillage » puis des « sourcils party ». Jai acheté une petite lampe frontale chez Décathlon, japportais ma pince à épiler et mon maquillage, jachetais plein de bonbons, japprenais aux filles à se maquiller et on passait une bonne soiréeÇa a plu tout de suite et au bout de deux ou trois soirées, j’avais déjà des demandes de rendez-vous personnalisés. C’est comme ça que j’ai commencé à me faire payer et à me professionnaliser.

Ça a plu tout de suite et au bout de deux ou trois soirées, j’avais déjà des demandes de rendez-vous personnalisés.

Donc, très vite, tu t’es lancée à ton compte ?

Oui, enfin par la force des choses, en fait. Avant ces soirées, jamais je ne m’étais dit qu’un jour je me lancerais à mon compte. Je n’avais pas l’audace ou le cran pour ça. Mais grâce à mes amies, à leurs amies, à leurs familles, à leurs collègues, sans m’en rendre compte, j’ai commencé à me constituer une grosse communauté sur facebook. Donc au bout de deux mois, j’ai déposé mon statut d’auto-entrepreneur pour que les choses soient bien carrées. C’est là que j’ai commencé à prendre des rendez-vous à domicile.

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Tu as fait ça combien de temps, les rendez-vous à domicile ?

J’ai fait ça pendant quelques mois. Bon en fait, c’était une grosse galère… Je perdais un temps fou dans les transports, il y avait des annulations de dernière minute, parfois je me faisais 1 heure et demi de RER et la cliente n’était pas chez elle, ou j’avais celles qui à la fin du rendez-vous avaient un « problème de carte bancaire », n’avaient pas prévu de quoi régler la prestation… Bref, j’ai eu droit à tout ! Il y avait des jours où j’avais envie de tout arrêter mais avec du soutien et une belle rencontre, les choses ont commencé à changer.

Je perdais un temps fou dans les transports, il y avait des annulations de dernière minute, parfois je me faisais 1 heure et demi de RER et la fille n’était pas chez elle…

Ah… C’est quoi cette histoire de rencontre ?

J’avais fait un rendez-vous avec une fille qui était serveuse sur Paris et l’une de ses clientes au restaurant lui a demandé où elle avait fait ses sourcils. La fille a donné mon numéro et la cliente m’a appelée. Je suis allée chez elle faire ses sourcils et en fait c’était une journaliste : Katell Pouliquen. À l’époque, elle travaillait pour le magazine Be. Elle a adoré ses nouveaux sourcils et trouvé mon parcours marrant, et elle a fait un article sur moi. Pour la photo j’ai été shootée avec Lili (Nails artist) qui travaille au showroom Glazed. J’y suis allée  pour lui faire les sourcils, Elle sapprêtait à partir en vacances et ma proposé de prendre sa place au showroom. Ce qui m’a permis de sympathiser avec les gens sur place et à son retour, ils ont fait en sorte que je reste. Et c’est comme ça que j’ai eu mon lieu et que ma vie a changé !

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Avoir une adresse, à Paris, vraiment, ça a tout changé ?

Mais oui ! C’est central, je suis devenue plus accessible pour tout le monde. Ça m’a aussi apporté une certaine crédibilité.  Avant ça, je n’avais pas de lieu, je n’avais qu’une petite page internet, on me prenait moins au sérieux.

Je suis devenue plus accessible pour tout le monde. Ça m’a aussi apporté une certaine crédibilité.

Quand tu faisais tes rendez-vous à domicile, tu as dit que tu avais eu envie de tout arrêter. Qu’est-ce qui t’a fait tenir ?

C’est vraiment un plaisir pour moi de faire les sourcils, donc en faire mon métier c’était inespéré.  Alors même quand je galérais dans les bouchons pendant des heures, que je tuais mon plein d’essence pour un rendez-vous à 20 euros, je continuais à me dire, c’est pas grave, au moins tu as la chance de faire ce que tu aimes. Et si tu continues à faire du bon boulot comme ça, un jour ça va payer, je voulais y croire, vraiment ! Et j’ai bien fait de m’accrocher… Et puis ma famille croyait en moi, mon fiancé aussi. On venait d’acheter notre appartement et c’est lui qui a tout assumé pour que je puisse tenter l’aventure. Cest aussi pour lui que j’ai persévéré. 

Carole Pinto

Hormis l’adresse parisienne, qu’est-ce qui fait selon toi que ton carnet de rendez-vous a explosé ?

Je pense que les réseaux sociaux y sont pour beaucoup. Quand j’ai fait ma première interview, on m’a demandé quel était mon réseau social préféré : j’ai répondu Instagram parce qu’on m’avait dit que ça faisait plus actuel que facebook et du coup dans la foulée j’ai ouvert mon compte et commencé à poster tous mes avant/après. Ça m’a ouvert à toute une nouvelle communauté. C’est vraiment impressionnant. C’est grâce à ça que des blogueuses m’ont découverte. Que j’ai eu d’autres articles dans la presse. Ça m’a fait une belle publicité. Et aujourd’hui c’est fou, j’ai plus de 16 000 followers !

Quand j’ai remis un message pour dire que je reprenais les rendez-vous, j’ai eu 156 appels en absence en une heure !

Ce succès, comment tu le vis ?

D’un côté, je suis super fière. Fière de m’être construite seule et d’avoir réussi à me faire une réputation sans connaître personne au départ. Et d’un autre côté, parfois, ça me donne le vertige quand même. L’an dernier, j’ai arrêté les rendez-vous pour partir en vacances et à mon retour quand j’ai remis un message pour dire que je reprenais les rendez-vous, j’ai eu 156 appels en absence en une heure ! Ce jour-là le standard a saturé, on a halluciné ! Depuis, j’ai créé un agenda en ligne pour la prise de rendez-vous, c’est beaucoup plus simple.

Carole Pinto

Ça y est, tu te dis que tu as réussi ou tu as encore d’autres rêves ?

Pour moi, réussir, c’est faire les choses bien et viser haut. Ça ne veut pas dire que je veux monter un empire et devenir riche. Ça veut juste dire que je veux continuer à vivre de ma passion tout en continuant à me fixer des objectifs pour toujours évoluer. Je rêve par exemple de monter mon école ou de travailler dans l’univers de la mode. Faire des créations pour des défilés ou des shootings. Mais je ne veux pas aller trop vite. Je veux continuer à être irréprochable au niveau de la qualité de service. J’ai l’impression, à tort ou raison, que je n’aurai pas de deuxième chance. Il y a un artiste que j’écoute beaucoup, Kery James, et dans l’une de ses chansons il dit : « Faut primer la qualité sur la quantité.» C’est ce que je me dis tout le temps quand je travaille. Je veux faire les choses bien, étape par étape.

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Une devise : Tout est possible
Un conseil : Rester humble, continuer à s’améliorer.
Un modèle : Victoria Beckham, je trouve son parcours incroyablement inspirant.
Un allié : Marine, qui travaille au showroom et qui me soutient toute la journée et mon chéri qui prend le relais tous les soirs à la maison.
Une soupape de décompression : Me retrouver avec mes proches.

www.caroleandbrows.fr

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Interview : Elodie Auguin

Photos : Lucile Cubin-Pliestik

Illustration : Beaucrew