Lancé en 2010 par Kevin Systrom et Mike Krieger, puis racheté en 2012 par Facebook, Instagram c’est aujourd’hui plus de 600 millions d’utilisateurs actifs par mois qui likent tous les jours plus de 4 milliards des 40 milliards de photos et de vidéos postées sur le réseau depuis sa création.

Au delà des photos de vacances, de chats, de bouffe et des selfies, Instagram est devenu en quelques années une vitrine très utile pour les TPE – PME et pour tous ceux qui lancent un nouveau business dans des domaines aussi variés que la mode, la beauté, la gastronomie, les arts graphiques et plastiques, l’artisanat, la photographie et la vidéo mais aussi la promotion de soi et son humour.

Instantanéité, proximité, (re)présentation très esthétique de soi et de son univers : les individus aux commandes de ces nouveaux business ont compris qu’Instagram était le réseau idéal pour identifier et rencontrer leur communauté et donc leurs clients.

Tour d’horizon de quelques français qui ont su prendre la vague Insta’ pour transformer leur passion en business.

 

Charles a toujours voyagé. De sa Vendée natale, il a parcouru le monde avec ses parents puis en solo, toujours à la recherche de nouvelles expériences et sensations. Après avoir vagabondé à la recherche de sa voie dans l’univers musical, Charles se tourne finalement vers la photographie et rejoint Instagram à la naissance du réseau : “En tant que photographe, j’aimais bien le concept d’un réseau social entièrement dédié à la photographie.”
Au départ, il avait pour unique ambition de faire de son compte une sorte de carnet de voyage pour partager ses aventures avec ses potes et son entourage mais : “Il y a environ un an, après avoir été sponsorisé par une marque d’outdoor, lors d’une expédition en Colombie Britannique, j’ai créé le compte @vagabondiary. Ce n’est que très récemment que j’ai démarché et été démarché par des marques pour bosser sur divers projets. La plupart de mes contrats sur Instagram sont faits avec des marques qui me rémunèrent en produits contre des photos.”
Charles a créé son avatar il y a un an seulement et cumule les casquettes pour gagner sa vie : “Je bosse un peu dans la société familiale, ainsi que dans l’organisation d’événements musicaux.”

Instagram est pour lui une belle carte de visite – “une vitrine que je renouvelle sans cesse. Car le fait d’avoir une communauté qui suit mon travail chaque jour me pousse à renouveler ma créativité mais aussi à me remettre en question. Cela me permet de faire évoluer mon travail d’une façon positive.” – et un véritable vivier artistique pour rencontrer d’autres photographes : « Ce réseau est génial car il me permet de me connecter avec des personnes du monde entier, d’avoir leurs avis sur mon travail, d’échanger et même régulièrement de se rencontrer. Par exemple, Les Others ont créé récemment le Fresh Air Club composé de douze photographes, presque tous trouvés sur Instagram, et c’est une famille dont je fais partie ! »

Aurélie travaillait dans le marketing industriel pharmaceutique et vivait dans un studio un peu sombre. Déprimée par l’absence de créativité et de couleur dans sa vie, elle a décidé de créer, soirs et week-ends, un univers coloré en papier. Elle est alors devenue Designer Papier et fait du paper art (des créations 3D en papier).
Plus pour le plaisir et l’évasion que pour en faire un business, Aurélie a d’abord continué sa vie dans le marketing. “Je n’avais pas pour idée de me professionnaliser mais les encouragements de mes premiers abonnés, la mise en avant d’Instagram comme “compte influent”, et l’intérêt des médias pour mon travail ont agrandi ma visibilité et donc ma communauté. Ça m’a encouragée à persévérer et à abandonner mon ancienne vie pour me consacrer à 100% à mes créations et à mes nouveaux clients.”
Aujourd’hui, Instagram est pour Aurélie une sorte de portfolio qui lui permet d’exposer ses photos et ses créations, et notamment à tout un réseau d’autres créatifs. “Il y a une atmosphère bienveillante et fair play entre créatifs, chacun ayant son identité. J’adore rentrer en contact avec d’autres pour parler de nos différentes pratiques.”
Grâce à ce réseau, les collaborations sponsorisées représentent entre 10 et 15 % de son activité : “Je les choisies toujours minutieusement, lorsque le brief me permet d’explorer de nouvelles pistes créatives et lorsque l’identité de la marque me correspond et me plaît. Je le vois comme de nouvelles opportunités de travailler pour des marques auxquelles je n’aurais pas eu accès en création libre.”
Au delà de cette petite rémunération sur le réseau, Aurélie gagne principalement sa vie en créant des visuels pour des marques afin de réaliser des vitrines, des décors et de la scénographie. Dans le monde réel, donc.

“Instagram a changé ma vie. Parce que mon travail a plu, je me suis faite confiance. Jamais je n’aurais osé sans les encouragements obtenus sur le réseau.”

Youssouf et Mamadou sont frères et vivent dans le quartier de Château Rouge dans le 18e arrondissement de Paris. Un jour de 2015, ils ont l’idée de créer une marque de vêtements pour financer leur association, les Oiseaux Migrateurs. Youssouf travaillait dans le webmarketing dans le secteur bancaire et Mamadou était ingénieur qualité. Très loin de la mode donc. Au départ, et sans autre objectif que de récolter des fonds pour leur asso’, ils  ont lancé Maison Château Rouge sur Instagram. Ils n’avaient alors ni site ni atelier, et n’avaient même pas encore déposé le nom, mais ils ont fait travailler les couturiers du 18e pour créer 100 pièces qu’ils ont ensuite présentées sur le réseau. “On s’est d’abord lancés sur Instagram car c’était pour nous une façon de tester la marque, de ne prendre aucun risque et de voir si ça prenait ou non. On a tout de suite reçu plein de messages car les gens voulaient acheter les pièces. Ça nous a beaucoup rassuré et on a alors ouvert le site, confiants sur le potentiel de la marque.”

Aujourd’hui, Mamadou travaille toujours en tant qu’ingénieur tandis que Youssouf se consacre à 100% à la marque. Tous les bénéfices générés sont réinjectés dans la boîte ou reversés à leur asso’. “On a essayé de faire un peu de business sur Instagram mais on est pas très bons à ce jeu là ! C’est surtout pour nous une belle vitrine et une porte d’entrée vers le site et le e-shop.” Ce qu’ils gagnent sur Instagram c’est une communauté. “On ne vient pas de l’univers de la mode et Instagram nous a permis de nous faire un beau réseau dans le milieu. Depuis le début de l’aventure, ça a été un bon moyen de se faire repérer pour participer à des événements comme le Who’s next ? ou par des boutiques comme Merci. C’est un cercle vertueux : lorsque quelqu’un s’intéresse à nous, ça attire aussi l’intérêt des autres.” C’est ce qu’on appelle l’effet boule de neige.

Crédit : Pierre Bn

Illustratrice et styliste freelance, Charlotte a rejoint le réseau en 2013. Suite à un cancer des ovaires, diagnostiqué à 27 ans et vaincu deux ans plus tard, elle a décidé d’écrire son histoire sur un blog pour la partager avec les femmes menant le même combat contre la maladie. Suite au succès du blog, elle lance en 2015 une box beauté – le Fighting Kit – dédiée à ces femmes, pour rendre la beauté forte et digne. C’est à ce moment là que Charlotte a créé le compte @Misterkfightingkit. “Initialement je n’avais pas vraiment de vision, ni d’ambition sur Instagram. J’ai mis du temps à m’y mettre mais, dès la fin de ma campagne KissKissBankBank en janvier 2015, Instagram est devenu le prolongement de mon blog et le meilleur vecteur pour incarner mon histoire et mon projet en tissant du lien virtuel mais sincère.”
Côté business, Mister K est rentable mais tout l’argent gagné est réinvesti dans la start-up en pleine croissance. “Je ne me verse pas encore de salaire. Très exceptionnellement je fais de petites missions freelance et je me verse quelques dividendes, mais je manque cruellement de temps car j’ai presque arrêté toutes mes activités au profit de Mister K qui me demande une implication de 14h par jour. Mais dès septembre je vais devoir trouver un autre équilibre car Pôle Emploi va s’arrêter !”

Enfin, et surtout, le compte est, comme l’était le blog avant lui, un lieu de partage d’une communauté fidèle et engagée : “J’ai la chance d’avoir une communauté avec qui j’échange en toute transparence, c’est elle qui fait évoluer Mister K en me donnant des idées, en faisant vivre jour après jour le projet.”

Benoit a rejoint Instagram en février 2012 en publiant une photo du livre Max et les maximonstres. Un début sur le réseau plutôt original pour illustrer l’arrivée de sa fille et d’Instagram dans sa vie. Trois ans plus tard, il ouvre le compte de Monopole et l’inaugure avec une photo d’une bouteille de La Tache 1963.
Passionné de vins et collectionneur de bonnes bouteilles, Benoit lancera en septembre son site dédié à sa passion : le vin, la terre et les hommes qui la travaillent. “J’ai rejoint Instagram pour officialiser l’existence de Monopole avant même que le site ne soit en ligne pour tester mon idée et mon positionnement, essayer d’identifier et de fidéliser des passionnés de vin à travers le monde, et voir ce que faisait la concurrence. C’était aussi une manière de faire un peu de teasing et de dire : « Coucou les gars, préparez vos yeux, il y a un nouveau truc canon qui se prépare ! ». »
Instagram n’est donc pas une fin en soi pour Benoit, mais plutôt un outil pour préparer la mise en ligne de Monopole et accompagner la croissance du site.

Côté business, Instagram lui permet d’établir des connexions, notamment avec des agences de communication, qui peuvent mener à de nouvelles opportunités business et accroître son réseau pour rencontrer des photographes, des journalistes et recruter : “Je reçois notamment des demandes de la part d’autres photographes d’autres continents – où « la culture » Instagram est beaucoup plus avancée qu’en France – et aussi de plus en plus d’invitations pour assister et participer à des événements en rapport avec le vin et la gastronomie. Nous avons pu aussi établir des connexions avec des sommeliers et amateurs de vin qui, une fois en France, sont venus nous rencontrer en vrai autour d’une bonne quille. Cela créé une véritable communauté.”

Marion est née et a grandi dans le sud de la France mais se serait bien vue passer sa vie sous les palmiers de Californie. Elle n’a que 27 ans, tout est donc encore possible. Etablie à Paris depuis quelques années, elle y a étudié et travaillé dans le marketing de la mode. Passée par différentes maisons, elle a décidé d’ouvrir son blog en 2011 et de s’y consacrer pleinement en 2016 en se lançant dans l’aventure entrepreneuriale.
Elle s’est inscrite sur Instagram presque à la naissance du réseau social et a créé le compte @fringeandfrange, comme une extension de son blog. Marion n’a qu’un compte car sa marque, c’est elle. Elle y poste son quotidien, son travail, ses inspirations. “Au début, Instagram était surtout un support supplémentaire pour partager des instants de vie de façon créative. Peu à peu le réseau à pris de l’ampleur dans mon activité, devenant une réelle vitrine du contenu que je produis sur mon blog. Mais en créant mon compte, jamais je ne me suis dit qu’un jour j’en vivrais !”  Aujourd’hui, Marion en vit : “Je gagne ma vie avec mon blog et mes réseaux sociaux, mais aussi grâce aux contrats d’image et de création de contenu que je signe avec certaines marques. Je pense qu’Instagram représente 45% de ma rémunération. J’intègre la création de contenu sur ce support dans un pack digital qui comprend posts de blog et posts Instagram. Je fais aussi quelques posts sponsorisés, mais je priorise les opérations 360° pour lesquelles je crée une véritable histoire et que je relaie ensuite dans son intégralité sur le blog, et sur les réseaux de façon plus concise. »

En parallèle de ses activités de blogueuse et d’instagrameuse, Marion écrit des livres, confectionne des chapeaux et développe tout un univers dont Instagram est la vitrine. “Sur Instagram, on façonne sa marque de façon plus impactante aux yeux d’un public ultra réceptif. En un coup d’oeil, on sait si on a envie de rentrer dans l’univers de la personne et d’explorer son contenu plus en détail, en visitant son blog ou son e-shop par exemple. »

Alexandre Daillance, alias Millinsky, est un jeune français parti aux Etats-Unis pour étudier l’histoire russe. Sur les bancs du lycée, il a créé avec quelques potes NasaSeasons, une marque de casquettes à messages : “I came to break hearts” ou encore “Love is a beautiful lie”. Rien de nouveau dans le parti pris esthétique, les vêtements à punchlines ont le vent en poupe.
Dès le lancement de la marque, Alexandre ne s’est pas éparpillé. La marque n’est présente sur aucun réseau social si ce n’est sur Instagram, outil marketing gratuit et puissant. “Le réseau m’offre un moyen d’être connecté avec beaucoup de gens de l’industrie : des photographes, des mannequins, etc… Mon compte Instagram est un peu comme ma carte de visite. Il permet aux gens de comprendre facilement mon univers et de rentrer en contact avec moi, pour faire des collab’ par exemple.” Et depuis le début de l’aventure NasaSeasons, il y en a eu quelques belles car le vrai atout du petit créateur français, c’est le culot. En 2015, et depuis la messagerie Instagram, il a contacté Rihanna pour que cette dernière porte une de ses créations. La chanteuse a accepté, a posté une photo d’elle sur le réseau et a tagué la marque. Evidemment, les ventes ont décollé. Joli coup de com’. Depuis, quelques stars américaines portent les créations d’Alexandre, ce qui produit à chaque fois le même effet sur les ventes.
“Instagram aide beaucoup mon business. Dès que je poste une photo sur mon compte @millinsky ou @nasaseasons, je peux voir qu’il y a une augmentation des ventes de plus de +30%. Aussi, beaucoup de gens postent des photos avec mes produits et taguent la marque, ce qui a un effet très positif sur le trafic du site et sur les ventes.”

Encore étudiant, Alexandre est sponsorisé par ses parents et gagne avec NasaSeasons suffisamment d’argent pour être à l’aise financièrement et préparer la suite : lancer d’autres collections et conquérir le monde. To be continued.

Camille Lellouche touche à tout : le cinéma, le stand-up et même la chanson. Mais ce qui lui donne sa place dans cet article est l’utilisation assez particulière et très originale qu’elle fait d’Instagram. Elle y poste des souvenirs de tournées, certes, mais surtout des vidéos de moins d’une minute qui lui permettent de se mettre en scène et d’être vue potentiellement par 517 000 personnes et d’atteindre en moyenne 300 000 vues pour chaque vidéo postée. On ne sait pas si ces vidéos encouragent ou non les gens à aller la découvrir sur scène mais cela s’inscrit clairement dans une tendance plus globale qui pousse les humoristes à se produire directement sur les réseaux de manière informelle et détendue, dans un univers souvent privé. La proximité et la familiarité, les clés de l’humour 2.0.
A titre de comparaison, la belge Nawell Madani a, elle aussi, créé un format vidéo spécialement pour Instagram appelé les “Instawell”, contraction du nom du réseau et du sien. Malin et moins ringard que la bonne vieille vidéo Youtube.

Chef japonais formé chez Alain Ducasse et Hélène Darroze, Taku Sekine est à la tête du restaurant Dersou à Paris.
Arrivé sur le réseau social en janvier 2014, il n’a pas souhaité se “professionnaliser” car sa cuisine c’est lui, pas besoin d’alimenter deux comptes distincts. “J’aime beaucoup prendre de jolies photos et regarder celles des autres. C’est vraiment une technologie très inspirante et très stimulante.”
Aujourd’hui, son compte aux 18 200 followers, lui sert de vitrine pour montrer ses plats et ses créations. “Mais ce que j’aime vraiment avec Instagram c’est que, depuis Paris, on peut voir une photo qui a été prise deux secondes plus tôt au Brésil, par exemple. Donc, en échange, je montre moi aussi au monde ce que je fais. Cela permet beaucoup d’échanges, de rencontres…et d’opportunités business !” Si le chef n’a pas souhaité rentrer dans les détails, le réseau lui permet notamment d’être sollicité pour participer à des pop-up, des événements ou des salons.
Et si Taku se défend de ne pas être sur le réseau social pour le business mais pour le plaisir de partager ses inspirations, il ajoute néanmoins : “Il y a surement des cas où les gens ont connu ma cuisine et mon restaurant grâce à Instagram et qui viendront grâce à ce biais là.”

Et de conclure sur une réflexion un peu philosophique qui interroge notre rapport au réseau et l’utilisation que pourrait en faire tout un chacun pour lancer un business : “Instagram n’est pas un média mais plutôt un outil. Chacun de nous est un média sur Instagram et est porteur de sa propre parole.” A bon entendeur.

Credit : Erwin Kuhn | @lefrenchfood

 

*chiffres retenus en date du 31 Août 2017.