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« La nuit tombée, tout le monde est au même niveau peu importe d’où les gens viennent ou ce qu’ils font dans la vie »

Fêtard et passionné de musique, à 19 ans Aurélien Delaeter réunissait 700 personnes pour sa première soirée parisienne. Ce jour-là, il comprenait que la nuit serait son terrain de jeu. Barman, physio, RP, organisateur d’événements puis directeur de club, Aurélien a pratiqué la nuit avant d’ouvrir le Panic Room et le Badaboum. Une belle réussite dans un milieu en crise il y a encore quelques années…  

Quand on est patron de club c’est tous les jours la fête ?

C’est tous les jours la fête, oui. Ou plutôt toutes les nuits ! la journée, on la fabrique.

Quand tu étais jeune, où sortais-tu ?

Je suis parisien, je sortais dans les clubs, j’allais à des festivals et dans tous ces endroits un peu hybrides comme des hangars ou des entrepôts où des gens organisaient des fêtes, la Piscine Molitor… Parfois, tu pouvais te retrouver dans un club de jazz et une heure plus tard dans une soirée étudiante et finir dans un spot bling bling. J’aimais l’idée qu’on puisse se balader et faire ces grands écarts là.

Je suis tombé dans le piège de la fête très tôt, ça m’a rapidement suffi et comblé.

Tu écoutais quel style de musique ?

Ado j’écoutais exclusivement du hip-hop et à la fin des années 90 l’électro est tombée dans mes oreilles et n’en est plus sortie. Des artistes comme Dj Mehdi ont assuré la transition.

Le Badaboum @ Encore Magazine

Quelles études as-tu suivies ?

J’ai fait très peu d’études, je suis tombé dans le piège de la fête très vite et ça m’a rapidement suffi et comblé. J’ai un BTS en commerce mais ça s’est arrêté là.

Quelles ont été tes premières expériences professionnelles dans le monde de la nuit ?

Ça c’est fait naturellement au fur et à mesure des rencontres. J’ai commencé par être physio puis RP, j’ai aussi travaillé à droite à gauche pour une soirée qui s’appelait Disco Blue puis sur des bateaux comme Le Club, le Concorde Atlantique et le River’s King… Toutes ces expériences m’ont permis de me faire un réseau et de commencer à organiser des soirées.

Peu importe la base de travail, tu peux toujours rendre le truc sympa et fabriquer une belle histoire.

Tu te souviens de la première soirée que tu as organisée ?

Oui, c’était sur un bateau à Saint Cloud qui s’appelait Le Club. Le lieu était un peu à la ramasse et le patron m’a dit un jour : « Ecoute tu fréquentes pas mal les événements, tu connais du monde, fais une fête ici pour voir ». Au final, cette soirée a réuni presque 700 personnes et je me suis rendu compte que tous ces gens que je connaissais pouvaient être réunis le temps d’une soirée. Le fait de les faire se rencontrer alors qu’ils n’avaient aucun lien au départ m’a vraiment plu. J’ai eu le déclic et ça ne m’a plus jamais lâché. J’avais 19 ans.

Le Badaboum @ Encore Magazine

A quel moment tout ça est devenu vraiment sérieux ?

Ça a dû se faire naturellement, il fallait bien qu’on se professionnalise pour payer nos loyers. Donc j’ai structuré un peu tout ça et j’ai commencé à produire d’autres types d’événements pour des entreprises, des écoles… Ça pouvait paraître moins excitant au départ mais finalement c’est devenu super marrant et je l’ai vu comme un vrai challenge. Peu importe la base de travail, tu peux toujours rendre le truc sympa et fabriquer une belle histoire.

Puis j’ai travaillé pas mal de temps avec l’équipe du Concorde Atlantique et par la suite sur le River’s King, jusqu’au jour où ils m’en ont donné la direction (pendant 5 ans). D’un coup il y a eu un agenda, des dates à remplir, un chiffre d’affaire à réaliser, tout est devenu très institutionnel et les choses ont bien évolué. De toute façon, je n’ai jamais été très pressé et je n’ai jamais voulu être calife à la place du calife. Ça m’a plutôt bien servi au final.

Certains viennent pour la musique, d’autres pour le spot ou le côté glamour, d’autres encore pour l’aspect social…

Pour toi qu’est-ce qui fait une bonne fête ?

Moi j’ai toujours fonctionné en pensant qu’une fête c’est plusieurs axes et qu’aucun n’axe ne se suffit à lui-même, tout est important. Certains viennent pour la musique, d’autres pour le spot ou le côté glamour, d’autres encore pour l’aspect social… Il faut qu’une fois qu’ils sont réunis, ils ne sachent plus pourquoi ils sont venus. Comme quand un mec vient pour la drague et qu’il repart en se disant : « Putain, j’ai découvert une musique géniale ».

Toi, qu’est-ce qui te plaît là-dedans ?

La nuit tombée, tout le monde est au même niveau peu importe d’où les gens viennent ou ce qu’ils font dans la vie. Quand le DJ pousse le bouton, ils vont tous lever les bras en même temps et ça devient les mêmes personnes.

On est arrivés au bon moment. Il y a 5 ans, on se serait cassé les dents à tous points de vue.

En 2012, tu as ouvert ton premier bar-club le Panic Room. C’est facile de monter un club à Paris ?

Non ! Déjà être entrepreneur en France n’est pas simple mais en plus quand il s’agit de lieux de fête on te met énormément de freins, même si ces freins sont pour la plupart justifiés. Tu as notamment une responsabilité dès que tu vends de l’alcool. Mais une fois que tu as dépassé tous ces trucs-là, tu te rends compte que ce ne sont que des étapes à franchir et pas des murs, il n’y a pas de mur. Il faut aussi dire qu’aujourd’hui Paris est une ville super dynamique et qu’on est arrivés au bon moment. Il y a 5 ans, on se serait cassé les dents à tous points de vue.

Quand tu dis « on », tu parles de plusieurs associés ?

Oui, nous sommes 3 : Benoît Chaldoreille, Aurélien Antonini et moi. Avec Benoît on est devenus copains parce qu’on faisait le même travail et que l’on partageait la même philosophie dans cet univers où les gens n’avaient pas forcément la même que la nôtre. Beaucoup veulent s’enrichir vite alors que pour nous l’enrichissement doit d’abord être intellectuel puis financier dans un second temps. C’est comme la chanson de Talking Heads « Never for money, always for love » et le reste vient après. D’ailleurs si on avait fait ça pour l’argent, on aurait fait un autre genre de club où on aurait mis notre cerveau à profit sur d’autres choses.

Aurélien est notre chef d’orchestre, c’est lui qui tire les chevaux en disant : « Stop les gars vous allez trop loin » ou au contraire pas assez.

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Quelle était votre idée en ouvrant le Panic Room ?

Le Panic Room était un brouillon du Badaboum puisqu’on voulait les mêmes choses qu’ici. On voulait que les gens viennent boire un coup, écouter de la musique, un endroit un peu roots… Quand on a ouvert ça a fonctionné tout de suite, et un an plus tard on a monté le Badaboum.

On a financé les lieux sur nos deniers personnels mis de côté pendant nos 10 années de travail.

Comment avez-vous trouvé et financé ces lieux ?

On a trouvé le Panic Room assez simplement et le Badaboum était un lieu en vente depuis quelques années qui ne trouvait pas preneur car il était trop cher, jusqu’au jour où on a réussi à négocier. On a financé les lieux sur nos deniers personnels mis de côté pendant nos 10 années de travail. On était tous les trois des petites fourmis et des banques ou des investisseurs nous ont aidés. On a aussi trouvé un vendeur qui vendait au bon prix.

Le Badaboum @ Encore Magazine

Vous ressentez une concurrence voire une animosité avec d’autres clubs ?

Bizarrement non, on se connaît tous, on s’apprécie quasiment tous. On est invités un peu partout et on invite, il y a vraiment une bonne vibe. Bien sûr comme aujourd’hui à Paris tout fonctionne c’est normal que tout le monde s’entende bien, on verra le jour où ce sera plus difficile.

Aujourd’hui si tu veux sortir à Paris, écouter les meilleurs Djs du monde dans des endroits au look incroyable, c’est possible !

Qu’est-ce qui fait que le milieu de la nuit ait repris des couleurs ?

Je pense qu’il y a un alignement des étoiles politiques d’abord, une volonté de refaire vivre la culture à Paris et autre chose que dans le cadre des musées… Les pouvoirs publics ont bien compris que le tourisme à Paris était aussi un tourisme de nuit et qu’il fallait aussi que notre ville rayonne à l’international par ce biais.

Il y a aussi des organisateurs qui ont de l’énergie, de l’intelligence et du courage pour tenter des choses. Je pense vraiment que c’est une espèce de concordance des temps, que tout n’est pas explicable, mais je crois aussi beaucoup à l’allure politique des choses. Le résultat c’est qu’aujourd’hui si tu veux sortir à Paris, écouter les meilleurs Djs du monde dans des endroits au look incroyable, c’est possible !

Aujourd’hui, quel est ton quotidien ?

Tous les jours on bosse comme des acharnés dans nos bureaux. C’est moins drôle que ce que l’on pensait trouver en faisant ce métier quand on était plus jeunes ! Pour fabriquer l’histoire qui se vit à partir de 19h, il faut réussir à faire travailler beaucoup de gens ensemble : des communicants, des attachés de presse, des directeurs artistiques, des programmateurs et tout le personnel. Puis arrive le soir, le meilleur moment, quand je prends un verre au bar devant un concert.

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J’imagine que toutes ces années passées dans le monde de la nuit ont été faites de beaucoup de tentations…

La vie c’est des tentations cachées ou pas, il y a du vice partout sauf que nous, ils sont un peu plus glamour et qu’on a toujours aimé se coucher tard…

J’ai eu la chance de rencontrer une femme qui me tire vers le haut et qui parfois m’attache à une chaise pour ne pas que j’aille me balader n’importe où.

Maintenant tu as une hygiène de vie particulière ?

Oui parce que j’ai eu la chance de rencontrer une femme qui me tire vers le haut et qui parfois m’attache à une chaise pour ne pas que j’aille me balader n’importe où. Aujourd’hui mon hygiène de vie est très bonne et celle de mes associés aussi. Aussi bizarre que cela puisse paraître on fait du sport, on a des vies de famille à différents niveaux, on sait couper quand il faut couper et on sait faire la fête quand il faut aussi. Puis on a la chance grâce à notre métier de rencontrer plein de gens et de vivre une vie parisienne culturelle super dense.

Quel conseil donnerais-tu à un jeune qui voudrait se lancer dans un projet de nuit (ou de jour d’ailleurs) ?

Le premier est de faire de l’empathie et se mettre à la place de l’autre pour comprendre ce qu’il veut. Et si tu essaies de faire progresser tout ça à ton petit niveau, tu vas peut-être y arriver ou peut-être pas d’ailleurs, mais peu importe. Le deuxième conseil c’est d’apprendre à rebondir, rebondir et rebondir. Ça ne s’applique pas qu’au milieu de la nuit. Il faut être obstiné et têtu et encore une fois le faire pour de bonnes raisons.

www.badaboum.paris

2 bis Rue des Taillandiers
75011 Paris

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