Le Sept Cinq

 « On essaie d’être super accueillantes et de raconter une histoire plutôt que de vendre un produit. »

Audrey et Lorna ont 26 ans. En novembre 2012, elles ont ouvert Sept-Cinq, le concept-store de leurs rêves. Cette boutique-salon de thé « made in Paris », elles l’ont imaginé ensemble à l’école. Six mois après avoir obtenu leur diplôme, elles trouvaient leur local dans le quartier de Pigalle et se lançaient dans l’aventure. Aujourd’hui, elles s’apprêtent à ouvrir leur deuxième boutique au nouveau Forum des Halles à Paris.

Audrey et Lorna, comment vous vous êtes rencontrées ?

On est toutes les deux parisiennes mais on a fait la même école de commerce à Rouen. On s’est rencontrées en première année en 2008, on était dans la même classe. On est devenues amies puis colocataires pendant 1 an et demi.

Qu’est-ce qui vous a amenées à faire une école de commerce ?

A : Moi, j’ai toujours eu envie de monter mon entreprise, même si j’ai fait une école de commerce un peu par hasard… Mon idée c’était d’ouvrir une librairie.

L : Pour ma part, j’ai toujours voulu travailler dans la mode. J’ai fait plusieurs stages dès que j’en ai eu l’occasion pendant mes études à l’IUT Tech de Co puis en école de commerce. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à penser à ouvrir une boutique de créateurs.

Et si on créait un endroit où il y aurait des pâtisseries, où tu pourrais prendre un thé, acheter un bijou, un livre…

Comment vous est venue cette idée de Concept Store ?

A : En fait on était toutes les deux en stage à Paris et on réfléchissait à la spécialisation que l’on devait choisir en dernière année (entreprenariat, marketing, finance, contrôle de gestion…). Et de fil en aiguille, on a commencé à partir dans un délire du genre « Et si on créait un endroit où il y aurait des pâtisseries, où tu pourrais prendre un thé, acheter un bijou, un livre… ». Ça nous est vraiment resté dans la tête. Et il se trouve qu’à ce moment-là, il y avait un concours d’entrepreneurs organisé à l’école donc on s’est dit qu’on allait tenter notre chance. On a travaillé sur le projet le soir pendant nos stages et on l’a présenté un peu naïvement devant une dizaine de financiers qui ne savaient pas ce qu’était un concept store. Et il se trouve qu’on a gagné ! Du coup on s’est inscrites en majeure « entreprenariat » et on a travaillé sur notre business plan pendant 4 mois.

Sept-Cinq @ Encore Magazine

A quoi ressemblait ce premier dossier ?

L : Au départ, c’était un peu un fourre-tout d’activités au même endroit ! Donc on s’est dit qu’il nous fallait un fil rouge, c’est comme ça qu’on a développé le concept « Paris ». On est parisiennes et on sait qu’ici il y a beaucoup de créateurs talentueux qui font des trucs super, donc on s’est dit qu’on allait en profiter. Et on voulait aussi travailler avec des gens qu’on pouvait voir régulièrement, pour installer une vraie relation humaine.

Vous avez tout de suite pris le projet très au sérieux ?

A : Oui, à partir du moment où on a eu cette idée, on n’a pas arrêté d’en parler.

L : En fait on ne s’est même pas posé la question, c’était évident qu’on allait le faire.

C’était le bon timing, on pouvait travailler là-dessus à l’école et se lancer.

Faire ça toutes les deux, c’était une évidence ?

A : Oui, on a les mêmes projets de vie et on a envie de la même chose. C’est une chance, parce que quand tu montes une boîte, c’est primordial d’avoir quelqu’un sur qui compter.

Comment a réagi votre entourage à l’idée que vous vous lanciez aussi jeunes ?

A : Tout le monde était à fond. Certaines personnes pensaient bien que c’était un peu compliqué de se lancer dans le commerce à ce moment-là, « parce que c’est la crise, ça coûte cher… », mais nos parents et nos amis nous ont vraiment soutenues dès le début.

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Après un peu de vacances, vous vous êtes lancées en février 2012. Par quoi avez-vous commencé ?

L : On a commencé par chercher des financements, on avait besoin de 150 000 euros. Du coup on a fait la tournée des banques et on s’est pris pas mal de claques ! On a aussi intégré l’incubateur Paris Pionnières qui nous a bien aidées à concrétiser le projet. Les responsables étaient en relation avec des comptables ou des avocats, et pouvaient répondre à pas mal de questions qu’on se posait. Finalement, on a rencontré une banquière qui nous a fait confiance et on a aussi eu des prêts à taux zéro. Tout s’est décanté en juin.

Tant que tu n’as pas de local, ils ne te font pas de prêt et en même temps si tu n’as pas de prêt, c’est compliqué de bloquer un local.

Vous aviez déjà trouvé un local ?

A : On a commencé à chercher un local au même moment que les financements. Mais en fait, tant que tu n’as pas de local, ils ne te font pas de prêt et en même temps si tu n’as pas de prêt, c’est compliqué de bloquer un local. C’est un peu le serpent qui se mord la queue… Donc on a signé une promesse de bail avant d’être sûres d’avoir notre prêt et heureusement la banque a suivi.

Sept-Cinq @ Encore Magazine

Comment vous avez trouvé ce local si bien situé ?

L : On a parcouru les rues de Paris, on a fait les petites annonces… Et un jour on a visité cet endroit. C’était un bazar tunisien qu’un homme tenait depuis 20 ans. Au départ, il fallait vraiment faire un effort d’imagination, mais on a senti qu’il y avait du potentiel donc on leur a dit qu’on le voulait. C’était le bon quartier, la bonne surface, mais il y avait quelqu’un d’autre sur le coup ! Pendant quelques jours, ça a été les montagnes russes émotionnelles ! En plus, à ce moment-là on n’avait pas de revenus, donc il fallait que les choses avancent. Le jour où ils nous ont appelées pour nous dire que c’était bon, c’était la fête !

J’ai été hôtesse à la BNP, Audrey vendait des rideaux chez Maduras…

Comment vous gagniez vos vies à ce moment-là ?

L : on a fait des missions d’intérim le soir, des trucs pourris… J’ai été hôtesse à la BNP, Audrey vendait des rideaux chez Maduras…

A : Moi, je vivais chez mes parents donc on avait envie que ça se concrétise vite…

Une fois que vous avez eu les clés, comment ça s’est passé ?

L : On a eu les clés à la mi-juillet, ce qui nous a donné le temps d’organiser la partie travaux.

A : En plus on a eu une franchise de loyer de 6 mois pendant lesquels on ne payait pas de loyer. Du coup, on n’avait pas le couteau sous la gorge mais on voulait ouvrir avant Noël. C’était super cool cette période, on a vraiment travaillé tous ensemble…

L : Ma mère est architecte d’intérieur donc on a travaillé avec elle sur l’aménagement de l’espace et le père d’Audrey travaille sur des chantiers donc il nous a aidées sur la partie plus technique. On a fait la soirée d’inauguration le 14 novembre et on a ouvert le 17.

On essaie d’être super accueillantes et de raconter une histoire plutôt que de vendre un produit.

Comment aviez-vous sélectionné les créateurs ?

L : A partir du mois de Mars, on a commencé à faire des salons de créateurs. On est allées au Who’s Next et on en a trouvé certains sur internet. Souvent, ils étaient partants.

Aujourd’hui, il y a de plus en plus de Concept Stores qui ouvrent à droite à gauche. Pour vous, comment faut-il se démarquer ?

F : Je pense qu’on se démarque grâce à notre sélection de créateurs qu’on ne trouve pas partout. Il y a la partie café-salon de thé qui fait aussi que les gens passent un bon moment. On essaie d’être super accueillantes et de raconter une histoire plutôt que de vendre un produit. Pour nous, la dimension humaine est hyper importante.

Sept-Cinq @ Encore Magazine

Comment vous gérez la partie Salon de thé ? C’est une contrainte supplémentaire…

L : En fait c’est assez simple. On fait des boissons chaudes et on se fait livrer les pâtisseries. C’est juste un peu chaud quand c’est plein le week-end et qu’on doit gérer la boutique en même temps. Ce n’est pas la partie la plus importante de l’activité mais on essaie vraiment de la développer.

Aujourd’hui, quel est votre quotidien ?

A : On fait des grosses journées… En général, on se retrouve ici vers 9h et on ouvre à 11h. En semaine, l’une est en boutique et l’autre travaille de chez elle sur la communication et le développement. Le week-end, on est là toutes les deux et le dimanche on alterne une semaine sur deux, une qui travaille et une qui se repose. De manière générale, on court un peu dans tous les sens entre la poste, la banque, les rendez-vous créateurs…

On prévoit d’ouvrir une deuxième boutique en décembre 2015 au Forum des Halles à Paris.

Depuis l’ouverture en 2012, comment Sept-Cinq a évolué ?

A : Ici, on s’est vraiment installées dans le quartier, on devient une adresse qui s’échange. Au bout d’un an, on a aussi lancé un E-Shop qui a été une grosse évolution parce que les gens peuvent voir les produits avant de venir en boutique. Ça plaît au public et nous, ça nous permet d’avoir d’autres clients à l’étranger et en province. Et là, on prévoit d’ouvrir une deuxième boutique en décembre 2015 au Forum des Halles à Paris, dans un espace dédié où il y aura d’autres boutiques, un restaurant Alain Ducasse… En ce moment on cherche de nouveaux investisseurs pour ce projet.

C’est une proposition de la ville de Paris ?

A : Oui, c’est la ville de Paris qui construit et c’est Unibail qui va louer les locaux. Ils nous ont contactées pour faire partie du projet. On a dû monter un dossier à présenter et on a été prises ! Maintenant, il faut qu’on trouve une équipe qui cartonne, avec qui on s’entende bien, de nouveaux créateurs, et ensuite qu’on conçoive une nouvelle boutique… C’est génial ! On a refait un nouveau business plan…

Sept-Cinq @ Encore Magazine

Qu’est-ce vous avez appris depuis le premier business plan ?

L : Les prévisions financières n’ont rien à voir avec celles de départ, même si elles sont plutôt à notre avantage. Cette fois, on s’est vraiment attardées sur le concept et la stratégie de l’entreprise. Aujourd’hui, on sait qu’on veut exporter le concept et s’installer à l’étranger. On a aussi appris à présenter le projet, parce qu’expliquer le concept en 3 minutes devant 10 personnes, c’était pas évident au départ ! Et maintenant, on va devoir embaucher plusieurs personnes, donc c’est une petite révolution !

Pendant un an, un mentor va nous suivre et nous aider.

Vous êtes aidées dans ces démarches ?

L : Oui. Là on vient d’intégrer le MoovJee, une association d’entrepreneurs avec un programme de mentorat. Pendant un an, un mentor va nous suivre et nous aider. La nôtre est une femme qui a monté plusieurs boutiques et qui a tout revendu. C’est super parce qu’elle a traversé ça et qu’elle peut répondre à pas mal de questions. Ça fait du bien de se re-challenger.

Comment vous vivez cette remise en question permanente ?

A : Très bien, même si là on sort des fêtes et on est un peu fatiguées. Parfois, c’est un peu dur de trouver l’équilibre entre l’opérationnel et le développement.

L : A terme, l’idée est de ne plus être en boutique et d’avoir une bonne équipe de vente. Parce que la boutique c’est super intéressant, mais c’est dur de tout faire…

Sept-Cinq @ Encore Magazine

Vous êtes rentables aujourd’hui ? Vous vivez toutes les deux de la boutique ?

L : On est rentables mais on n’a pas pu se verser vraiment de bons salaires jusqu’à maintenant. On voulait vraiment privilégier le fait d’avoir un compte de résultat largement positif à présenter aux investisseurs. Maintenant, on va pouvoir se payer un peu plus.

Il faut bien s’entourer et ne jamais lâcher.

Quel conseil vous donneriez à quelqu’un qui voudrait développer un business ?

L : Quand tu as une idée, si tu y mets tout ton cœur et que c’est ton truc, ça doit bien se passer. Il ne faut pas écouter tout le monde sinon tu ne t’en sors pas…

A : Il faut bien s’entourer et ne jamais lâcher.

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54 rue Notre Dame de Lorette
Paris 9

 

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