Atelier Bingo © Virgile Guinard

Atelier Bingo, c’est d’abord l’histoire d’une rencontre. Celle d’Adèle et de Maxime, des passionnés de graphisme et d’illustration qui ont fait le choix, il y a trois ans, de partir vivre à la campagne pour monter leur studio de création. Depuis leur atelier vendéen, à quatre mains, ils pratiquent la sérigraphie, le design textile, l’illustration d’affiches et exportent leurs créations dans le monde entier. Leur style est vif, frais et pétillant. À l’image de leur duo…

Petits, est-ce que vous vous destiniez à une vie d’artiste ?

Adèle : Pas vraiment ! Moi, j’ai grandi à Cholet dans le Maine-et-Loire. Mon papa est médecin et ma maman infirmière… Donc loin du milieu artistique.
Maxime : Même chose pour moi. Je suis né à Nantes mais j’ai grandi à l’île de la Réunion, dans un univers très éloigné du monde de la création. J’avais un père artisan plombier et ma maman était mère au foyer. Enfant, j’ai le souvenir d’avoir voulu être moniteur d’auto-école…

Vous vous souvenez de votre première “œuvre d’art” ?

Adèle : J’ai le souvenir de ma grand-mère qui aimait beaucoup le dessin et quand elle me gardait pendant les vacances, elle me mettait une corbeille de fruits en plastique et me demandait de les dessiner. Ça ce sont mes premiers souvenirs de dessins en tant que petite fille.
Maxime : Moi, je ne dessinais pas beaucoup enfant mais à l’adolescence, je suis devenu fan de magazines. Je collectionnais les magazines de skate, de musique… Inconsciemment, j’adorais regarder les mises en page, les couleurs, les typos… C’est d’ailleurs comme ça que j’ai compris ce que je voulais faire vers 14/15 ans. Comme j’étais très mauvais élève et très dissipé, je suis parti faire un bac pro en communication visuelle à partir de la troisième. C’est ma sœur qui m’a conseillé ça. C’est elle qui m’a appris que je pourrais peut-être un jour transformer cette passion en un métier.

Je ne dessinais pas beaucoup enfant mais à l’adolescence, je suis devenu fan de magazines. Je collectionnais les magazines de skate, de musique…

Adèle, toi le déclic, il vient comment ?

Adèle : Ado, j’avais très envie d’être styliste, je faisais des dessins de vêtements. Et donc après mon bac, j’ai tenté des concours d’écoles d’arts appliqués, à Paris : Duperré, Estienne, Olivier de Serres… J’ai été recalée partout sauf aux Beaux-Arts d’Angers et à l’ECV Nantes. C’est comme ça, un peu par dépit, que je me suis retrouvée dans cette formation à Nantes, que j’ai rencontré Maxime et me suis découverte une passion pour l’art graphique.

Atelier Bingo © Virgile Guinard

Et vous deux, alors, c’est le coup de foudre ?

Adèle : En fait dès le début de la première année, on est devenus super potes.
Maxime : À tel point qu’on a fait une colocation ensemble, avec une autre amie, la deuxième année. Les choses se sont faites petit à petit, ce n’est qu’au bout de 3 ou 4 ans…
Adèle : Qu’on est tombés amoureux.

Et il vous arrive pendant cette période de bosser ensemble sur des projets ? Est-ce qu’il y a déjà une sorte d’embryon de votre futur duo ?

Maxime : Oui, ça nous arrive assez souvent de travailler en binôme. Mais au départ, sans vraiment formuler cette histoire de duo. Juste parce qu’on habite sous le même toit et que c’est pratique.

Je fais plein de belles rencontres mais j’enchaîne quand même les missions pas très bien rémunérées et je commence un peu à être découragée.

À la fin de vos études, vous montez à Paris. Est-ce que vous trouvez du travail facilement ?

Maxime : Moi, pendant un an, je suis freelance, puis je signe un CDI dans une agence : « Les bons faiseurs ». Je travaille essentiellement pour la marque Petit Bateau. Je m’occupe de tout leur print, les catalogues, ce genre de choses. Mais je prends très vite conscience que je n’ai pas envie d’évoluer dans cette branche. Je m’ennuyais terriblement, je brassais du vent !
Adèle : Moi, je continue à enchaîner les stages… Ces années-là, c’est un peu la galère. On vivait toujours avec notre sac à dos, on passait de sous-locations à des squats chez des potes. Je m’aperçois que les petites structures que je rêve d’intégrer sont souvent des boîtes qui ont été créées par des amis donc quand tu n’es pas dans le réseau, c’est compliqué. Et finalement, je me lance en freelance. Je fais des missions pour les éditions Marabout, pour Paulette Magazine où j’étais agent d’illustrateurs. Je fais plein de belles rencontres mais j’enchaîne quand même les missions pas très bien rémunérées et je commence un peu à être découragée.

Atelier Bingo © Virgile Guinard

Et pendant cette période, vous commencez à faire vos premières créations, plus personnelles ?

Adèle : Non, pas du tout. C’est ça le piège de la vie à Paris. C’est qu’on a le temps de rien. On a trop de contraintes et finalement assez peu de temps pour penser à nos propres créations.
Maxime : Et puis quand tu squattes à droite à gauche, tu n’es pas dans un environnement vraiment propice à créer des projets personnels !

Et c’est à partir de ce constat que vous décidez de partir vivre à la campagne ?

Maxime : Oui et non. Nous, l’exil à la campagne, c’est arrivé un peu par hasard. Vas-y Adèle, raconte.
Adèle : On était en Vendée, à Saint-Laurent-sur-Sèvre pour être précis, chez mon oncle. C’était lors d’un repas de famille. Et cet oncle nous raconte qu’il vient juste d’acheter l’usine qui est à côté de sa maison pour en faire des ateliers logements. Il nous propose d’aller visiter le premier atelier qu’il a commencé à rénover et là moi j’ai un énorme coup de cœur.
Maxime : C’est hyper lumineux, on dirait une sorte de loft avec un grand atelier…
Adèle : Moi je me dis direct : j’aimerais trop vivre ici ! Le problème au départ, c’est Maxime, qui n’est pas très très chaud à l’idée de venir vivre à Saint-Laurent…
Maxime : Disons que j’émets quelques réserves… Passer de Paris à un village en Vendée, bon…

C’est ça le piège de la vie à Paris. C’est qu’on a le temps de rien. On a trop de contraintes et finalement assez peu de temps pour penser à nos propres créations.

Et Adèle, tu vas mettre près d’un an à le convaincre…

Adèle : Oui, quasiment. C’est le temps aussi d’attendre que le projet se mette en place avec mon oncle, que la rénovation soit terminée et que Maxime quitte son job.
Maxime : Mais ce qui est drôle surtout, c’est qu’à la base, on avait un coup de cœur pour le lieu mais sans vraiment savoir ce qu’on allait en faire, à part y vivre bien sûr. On avait vaguement l’idée de se lancer dans la sérigraphie, mais c’est tout. On peut vraiment dire qu’on partait à l’aventure…

Atelier Bingo © Virgile Guinard

L’aventure d’Atelier Bingo ! Comment naît votre projet ?

Adèle : Au début, on s’était juste dit qu’on allait ouvrir une agence à la campagne, tous les deux. Dans nos plans, on allait faire l’affiche de la fête du boudin locale mais en proposant quelque chose d’un peu plus fun que ce qui existe.
Maxime : Faire du graphisme à la campagne. Essayer de moderniser un peu la com du coin. C’était ça au départ Atelier Bingo.

C’est à partir de nombreuses contraintes qu’on a créé notre écriture. C’est beaucoup de système D dans l’atelier. (…) On aime bien le côté très artisanal de notre production.

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La suite de l’interview dans le numéro 3 de Encore disponible sur clubencore.fr !

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Photos de Virgile Guinard pour Encore.

Atelier Bingo © Virgile Guinard

La première année, franchement, Atelier Bingo, c’est zéro euro.

Atelier Bingo © Virgile Guinard

On a vraiment fait le choix de se laisser du temps pour créer notre projet. De ne pas tout accepter juste pour gagner de l’argent.

Atelier Bingo © Virgile Guinard

Adèle a monté un shop en ligne. Et ensuite, les marques ont commencé à nous contacter.

Atelier Bingo © Virgile Guinard

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Finalement, ce n’est pas spécialement le fait d’être entrepreneurs, d’avoir notre business qui nous plaît. Moi, demain tu m’offres un CDI et je peux continuer à faire ce que j’aime à côté, je prends ! On aime surtout notre liberté, à tout point de vue.

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