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« On a juste eu une idée, un concept que personne n’avait jamais exploité. »

Arnaud a étudié la finance et travaillé en salle de marché avant de devenir créateur de bijoux, presque du jour au lendemain. C’est après une soirée à plier des bouts de papier avec son amoureuse qu’ils décident de lancer leur marque de bijoux inspirés des pliages japonais. Six ans plus tard, leurs créations sont distribuées dans le monde entier, Arnaud est à la tête de la boutique Thanks à Paris et développe de nouvelles créations mobilier et lifestyle. 

Arnaud, quel est ton parcours ? À 37 ans, on dirait que tu as déjà eu pas mal de vies…

Je suis né et j’ai grandi à Chelles, près de Paris. À l’époque, mes parents me disent : « tu ne réussiras jamais dans les métiers d’art… Fais du commerce, comme ça tu es sûr de trouver du boulot ». Pour moi les études de commerce, c’était une orientation comme une autre. Bêtement, je les ai écoutés… Enfin, bêtement, pas forcément car je ne regrette pas du tout mes années passées dans la finance. Ça a été hyper formateur et aujourd’hui encore, ça me sert pour la gestion de ma boutique.

Tu ne réussiras jamais dans les métiers d’art… Fais du commerce, comme ça tu es sûr de trouver du boulot.

Après ton diplôme tu te diriges donc dans la finance ?

Oui, au bout de deux ans, j’ai intégré une salle de marché en tant que junior et j’ai adoré. J’y suis resté pendant cinq ans jusqu’à ce que la boîte dépose le bilan après une histoire de détournement de fonds aux USA. À ce moment-là, au lieu de refaire un CV et de chercher du boulot, je pars cinq mois me balader, en voyage, en Europe et aux États-Unis.

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Qu’est-ce que tu retiens de ce road-trip ?

Une rencontre surtout. Avec un photographe français, vivant en Californie. Il me dit qu’il a besoin d’un agent en France. Parfait ! Je lui dis : « Ça tombe bien, j’habite à Paris et je ne fais rien en ce moment ». En rentrant, j’ai pris le job. J’étais parti avec de bonnes indemnités, je n’avais pas de problème d’argent et je n’avais pas vraiment d’attache. J’ai travaillé un an pour lui. Et un jour, avec Claire mon associée (et compagne à l’époque), on a eu l’idée de faire des bijoux en forme d’origami.

Tu me disais que cette histoire de bijoux était partie d’un délire. Tu peux nous raconter ?

En fait, on avait un ami japonais qui vivait à Londres. Et pendant une soirée passée là-bas avec lui à boire des bières, il nous apprend à faire une grue en origami, il nous parle d’origami toute la soirée, de comment cet art est vraiment intégré à leur culture contrairement à nous où le seul truc qu’on fait quand on est gosse c’est une cocotte en papier… Et au fur et à mesure de la soirée, on s’amuse à plier le modèle grue de plus en plus petit. Lui, il nous en fait une minuscule, on le regarde et je dis : « Ce serait génial ça en boucles d’oreilles » ! Bon, finalement, on découvre que deux modèles existent déjà en papier mais pas en métal ! C’est comme ça que ça a commencé.

On a juste eu une idée, un concept que personne n’avait jamais exploité : faire des bijoux en forme d’origami en argent et plaqué or.

Vous aviez quelques connaissances dans ce domaine ?

Non on n’avait jamais fait de bijoux de notre vie avant de créer cette marque. On a juste eu une idée, un concept que personne n’avait jamais exploité : faire des bijoux en forme d’origami en argent et plaqué or. C’est parti d’un délire et c’est devenu un métier. Pour y arriver, on a fait quand même trois ans de cours du soir aux Beaux-Arts de Paris, on s’est beaucoup documenté, on est allé au Japon, on a appris l’art du pliage et de l’origami. Puis on a trouvé un fabricant qui a conçu nos premiers modèles et c’était parti.

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Une fois les premiers modèles fabriqués, comment avez-vous réussi à vous faire connaître ?

On a fait porter nos premiers modèles à des copines et au travail, dans les boutiques, dans la rue, des gens les arrêtaient pour demander qui faisait ça. C’est là qu’on a commencé à faire le truc sérieusement.

« Faire le truc sérieusement », ça passe par quoi ?

D’abord par réfléchir aux matériaux. On s’est vite rendu compte par exemple qu’avec le laiton on aurait des problèmes de qualité. On a donc décidé de faire d’autres prototypes en argent cette fois-ci. On a fait une mini collection avec sept modèles et on s’est inscrit au Salon Who’s Next – Première classe, à Paris. Et c’est là, sur ce salon, notre tout premier, qu’on s’est fait repérer par le Bon Marché. Ils nous ont proposé d’exposer, gratuitement, notre collection et autorisé à les vendre à la boutique de Noël ! Une énorme visibilité !

Vous étiez prêts à ce moment là ?

Pas du tout ! Mais on a fait avec les moyens du bord et il se trouve qu’on a très très bien vendu. Du coup, un mois plus tard, on a refait un salon et on a trouvé un premier point de vente à l’étranger. Je crois qu’on a surpris les gens. C’était nouveau, original. Ça sortait des papillons, des petits cœurs, des têtes de morts et des plumes et ça a marché. Ça fait maintenant huit ans et on continue chaque année à être présents sur les salons et à montrer nos nouvelles collections.

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Comment vous faites au départ pour produire ? Vous investissez vos propres économies ?

Oui, c’est ça. Au départ, on commence avec 20 000 euros de capital, à deux. C’est très peu pour monter une boîte parce qu’il faut payer la présence sur les salons, le packaging, un peu de com… Mais on y arrive.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?

Franchement, ça s’est vraiment très bien passé, très vite, alors qu’on n’avait pas du tout de réseau dans ce milieu. Et puis, notre atout était d’être très complémentaires. Avec mon associée, on est à 50/50 au niveau de la création. Après, elle, elle a fait des études de journalisme donc elle a des aptitudes à écrire les textes de présentation, à relayer sur les réseaux sociaux, à gérer les liens avec la presse et moi ma particularité et ma force, ça a été de communiquer avec les boutiques. On sait très bien répartir les tâches.

Ça s’est vraiment très bien passé, très vite, alors qu’on n’avait pas du tout de réseau dans ce milieu.

Ensuite, comment avez-vous envisagé le développement de cette activité ?

Nous, on a fait le choix d’ouvrir des boutiques et de donner l’opportunité à d’autres marques de se développer dans nos boutiques. On a monté une première boutique il y a 4 ou 5 ans vers la place des Vosges puis rue de Turenne et au bout de 3 ans on s’est dit que l’on allait ouvrir chacun nos propres boutiques. Claire a ses boutiques et j’ai ouvert Thanks dans le 9e arrondissement. Ça me permet de faire ma propre sélection.

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Pourquoi avoir choisi ce quartier où il y a encore quelques mois, il ne se passait rien ?

En fait je voulais absolument être là parce que je connais ce quartier comme ma poche depuis tout gosse. Ma mère a eu un commerce, à quelques numéros d’ici, rue Condorcet pendant 35 ans. Elle était patronne d’un salon de coiffure. Et j’ai trouvé ce local par l’intermédiaire d’une amie qui avait un atelier de confection. À deux pas donc de l’endroit où ma mère a bossé toute sa vie. Ca a été marrant de le lui annoncer… Quand je me suis installé, il n’y avait pas grand chose et depuis, ça se développe à mort donc c’est plutôt bien finalement !

Ma mère a eu un commerce, à quelques numéros d’ici, rue Condorcet pendant 35 ans.

Et à quoi ça ressemble ?

C’est une boutique concept où je vends des bijoux, des meubles et des magazines. L’idée c’est de revendre des bijoux de petits créateurs qui nous plaisent. Des magazines, un peu de papeterie et des meubles vintage. Il n’y a rien en boutique au dessus de 200 euros et tout fonctionne au coup de cœur.

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Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ton activité ?

Le sourcing. La recherche de nouveaux créateurs, clairement. J’ai envie de trouver des nouveaux créateurs qui vont plaire aux clients.

Quelle a été la réaction de ton entourage quand tu as dit que tu allais changer de vie pour devenir entrepreneur ?

Mon entourage l’a très bien pris mais globalement il y a quand même une réaction bizarre des gens qui se disent : « euh, un mec qui ouvre une boutique de bjoux ?!? ». J’ai senti que ça interpellait.

J’assume complètement et je ne cherche pas à me justifier.

Et toi, tu assumes complètement ?

Ah mais oui, j’assume complètement et je ne cherche pas à me justifier. C’est comme ça.

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Tu as d’autres projets ?

Oui, j’ai commencé à créer une nouvelle gamme de bijoux mais pour hommes cette fois-ci. Ça s’appelle We Are Wild. C’est vendu en ligne pour le moment. Quand j’ai le temps, j’essaie de développer ça. Je commence par faire ça comme un loisir et si ça marche, c’est cool. Je le fais sans pression. La prochaine étape serait de m’agrandir et de créer une boutique-coffee shop Thanks, dans le quartier. Et le grand projet du moment c’est le développement de la collection « home » d’Origami. C’est une collection de miroirs, de bougies, de papeterie, carnets et cartes que l’on vient de présenter au Salon Maison & Objet.

C’est important de se renouveler et ça fait du bien de créer surtout ! C’est cool d’ouvrir des boutiques ou de faire de la vente mais au bout d’un moment tu as envie de créer.

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Une devise ? On n’a qu’une vie !
Un conseil ? Créez des marques pour hommes, il y a de la place sur le marché.
Un allié ? L’insouciance
Une connerie à ne pas refaire ? Regarder derrière soi

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www.thanks.paris

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Interview : Elodie Auguin
Photos : Marie Ouvrard
Illustration : Beaucrew

Arnaud Soulignac / Thanks by Beaucrew