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« Je ne me vois pas faire autre chose, c’est super, c’est le plus beau métier du monde. »

Antonin a 26 ans. Il y a 3 ans, il a plaqué ses études de psycho, pour monter un business. Comme il a un bon feeling et pas vraiment peur du risque, il s’est lancé dans la vente de lunettes sur internet en proposant de jolies paires à 99 euros. Aujourd’hui sa marque Jimmy Fairly est devenue une référence sur le marché et Antonin inaugurera bientôt de nouvelles boutiques à Londres et Berlin.

D’où viens-tu ?

Je viens du Plessis-Robinson, en banlieue parisienne.

Quel métier font tes parents ?

Mon père est directeur commercial et ma mère travaille dans l’environnement.

Qu’est-ce que tu voulais faire quand tu étais enfant ?

Quand j’étais petit, je voulais être footballeur pour le Paris-Saint-Germain ! Je suis un grand fan, j’ai toujours aimé le foot mais je n’y ai jamais joué. Par contre, j’ai fait du volley à haut niveau, en suivant un cursus de sport études.

Comme tu n’es manifestement pas devenu volleyeur, qu’as-tu fait par la suite ?

J’ai fait une fac de psycho pendant 4 ans, dont 3 ans à Toulouse. J’ai arrêté au cours de ma 4è année en Master 1 pour monter Jimmy Fairly.

Je n’ai pas envie de devenir psychologue, j’arrête, je vais chercher une idée, et je vais monter une boîte cool.

Comment on passe de la fac de psycho à la création d’une boîte ?

La psycho, c’est cool, ça te permet de te construire une meilleure opinion sur les réactions des gens et ça te donne pas mal de réponses à plein de questions mais de là à en faire un métier, c’est différent. En revanche j’ai toujours voulu monter ma boîte. Donc, concrètement, je me suis dit : « Ça me fait chier, je n’ai pas envie de devenir psychologue, j’arrête, je vais chercher une idée, et je vais monter une boîte cool ».

Du jour au lendemain je ne suis plus allé en cours et j’ai monté une petite agence de web design pour gagner ma vie en attendant de trouver une idée vraiment bien. J’avais appris tout seul à me servir de différents logiciels et je faisais du design de sites internet pour plusieurs petites boîtes.

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Tu aurais pu développer ton agence ? Pourquoi être parti sur les lunettes ?

J’avais pour ambition de monter un grand truc, je voulais un projet explosif car le côté start-up m’attirait vraiment. Je passais mon temps sur les sites américains de startup comme TechCrunch. J’observais les boîtes qui cartonnaient, celles qui récoltaient des fonds…C’est vraiment ça qui me faisait rêver.

Je me suis rendu compte que ça fonctionnait par mode : les pneus en ligne, les box d’abonnements, les chaussures… Il faut arriver au bon moment avec le bon concept.

D’où t’est venue l’idée de vendre des lunettes ?

Quand j’ai commencé à réfléchir à un projet, je savais qu’il serait en lien avec le web et la vente en ligne. Je n’avais pas encore pensé aux lunettes, j’aurais d’ailleurs pu faire complètement autre chose.

En analysant un peu les marchés, je me suis rendu compte que ça fonctionnait par mode : les pneus en ligne, les box d’abonnements, les chaussures… Il faut arriver au bon moment avec le bon concept pour pouvoir lever des fonds, surtout quand tu n’en as pas.

Donc à ce moment là, en lisant des articles, j’ai vu que Bruxelles autorisait la vente de lunettes sur internet. Je me suis dit : «Il y a un truc à faire ». Les lunettes, c’est un marché de 6 milliards d’euros et les entreprises se font beaucoup de marge. Une paire de lunettes peut coûter environ 400 euros, c’est-à-dire le prix d’un Iphone, alors que c’est un produit de nécessité qui existe depuis longtemps et qui n’est pas technologique. Donc je me suis dit : « Go, il faut y aller ».

Il y a dix mecs comme moi qui ont eu cette idée. Sur les 10, 6 ont décidé de vendre des marques à prix discount, 3 ont décidé de créer des marques super discount (comme Lidl par exemple) et moi, je me suis positionné entre les deux créneaux.

L’idée était donc de créer une marque qui supprime tous ces intermédiaires et qui propose un prix jamais vu pour une qualité pareille : des lunettes fabriquées à la main en Italie et des verres made in France. C’est de la lunette de luxe à 99 euros.

Qu’est-ce qui te motivait vraiment ? L’argent ? Le challenge ?

Je n’étais pas attiré tant que ça par l’argent, même si au début on y pense toujours. Mais au final, si je l’avais fait pour ça, j’aurais pris d’autres décisions. J’aime l’idée de construire un truc et de créer. D’ailleurs, encore aujourd’hui, la phase qui me plaît le plus c’est le moment où on conçoit et on crée quelque chose. Une fois qu’il faut gérer tout le reste, ça me plaît moins.

Par quoi as-tu commencé ?

Une fois que j’ai eu cette idée, je l’ai présentée au « Startup Weekend » à Toulouse, un concours d’entrepreneurs. Là-bas tu présentes ton idée en une minute devant un parterre d’étudiants et sur environ 30 idées, 10 sont sélectionnées. Ensuite tu décris les profils dont tu as besoin comme un développeur, un designer, etc… Les étudiants qui le souhaitent peuvent venir travailler en équipe sur ton projet du vendredi au dimanche matin et tu présentes ton projet devant un jury. Il se trouve que j’ai gagné ce concours et trouvé un associé, Sasha.

On a obtenu un rendez-vous avec un investisseur à qui on a présenté un simple document Power Point. Il nous a dit « ok, je vois et je vous rappelle ». Deux jours plus tard, on obtenait une première levée de fonds.

Pourquoi as-tu proposé à Sasha de travailler avec toi ?

Après avoir gagné le Startup Week-end, je me suis retrouvé seul sur le projet. J’ai proposé à plusieurs étudiants de me suivre mais c’était compliqué pour eux car ils n’avaient pas encore terminé leurs études. Du coup, j’ai contacté Sasha qui avait organisé le concours, en lui proposant de devenir mon associé.  On était super complémentaires et le courant était bien passé. Il était chaud donc on s’est lancés. C’était peut-être un peu fou car on ne se connaissait pas mais je trouve que c’est beaucoup plus dur de faire quelque chose tout seul.

Comment avez-vous trouvé les financements pour vous lancer ?

Je n’avais aucun réseau quand je suis sorti de la fac de psycho mais on s’est débrouillé pour rencontrer les bonnes personnes. On a obtenu un rendez-vous avec un investisseur à qui on a présenté un simple document Power Point. Il nous a dit « ok, je vois et je vous rappelle ». Deux jours plus tard, on obtenait une première levée de fonds. En tout, on a mis 6 mois pour créer notre collection et développer le shop en ligne. On a pu lancer Jimmy Fairly en Mai 2011.

Au début, vous avez commencé par la vente en ligne uniquement ?

Oui, on a monté ça exclusivement online avec un petit showroom près de la Gare de Lyon, car pour vendre des lunettes de vue en France, il faut un lieu pour accueillir les clients même si tu fais de la vente en ligne. On avait donc nos locaux là-bas. C’était pas super sexy mais on avait pignon sur rue et pour commencer c’était plutôt cool.

On a bien cartonné sur la vente en ligne mais on se rendait compte que mine de rien le samedi, dans une rue peu passante comme celle-là, on avait quand même du monde qui venait en boutique. Les gens aimaient voir le produit en vrai et les lunettes, c’est toujours bien de les essayer.

Donc un an plus tard, on a décidé d’ouvrir une boutique bien placée dans Paris, dans le quartier du Marais.

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Comment avez-vous fait pour passer d’un showroom un peu perdu du côté de la gare de Lyon à une boutique en plein cœur du Marais ?

On a levé d’autres fonds auprès des mêmes personnes et on a investi tout ce qui nous restait.

C’était une direction différente par rapport au projet de départ, comment ça s’est passé ?

Quand on a ouvert, on se disait que ça nous ferait connaître et que ça nous permettrait développer notre image. Finalement, ça a cartonné ! On n’était pas du tout prêt à ça, on a fait un chiffre d’affaires 2 fois supérieur à notre espérance dès le premier mois, c’était incroyable. On a donc continué la vente en ligne en France, puis en Allemagne, tout en décidant de nous concentrer sur les boutiques physiques.

Aujourd’hui, on travaille en priorité sur le retail et les nouvelles boutiques. On en a déjà ouvert deux au mois de mars à Lyon et Toulouse, et on va en ouvrir quatre autres avant la fin de l’année.

Comment avez-vous été accueillis dans le milieu de l’optique ?

Certains adorent le concept et d’autres disent qu’il est impossible de vendre des lunettes à ce prix et qu’on tue le métier, ce qui est totalement faux. Les professionnels ont plutôt mal réagi, mais plus par peur et par crainte qu’avec de réels arguments. On vend juste des lunettes de qualité à 99 euros et on a des opticiens dans chaque boutique, donc pas grand chose à dire sinon qu’on est 3 fois moins cher que les autres.

Souvent on me demande : « Mais comment tu as fait au début ? ». Eh bien, au départ, j’ai rien fait de plus que toi, je suis allé sur Google, j’ai tapé : « fabricant de verre » et j’ai trouvé un fabricant de verre. Il faut juste se lancer.

Combien êtes-vous chez Jimmy Fairly aujourd’hui ?

Aujourd’hui, on a 10 opticiens qui s’occupent de la partie technique et nous, on gère la marque, les nouvelles collections… On est 17 employés en tout.<

Quel est ton quotidien ?

Celui d’un parisien de 25 ans. On travaille beaucoup, on sort, on s’amuse… Maintenant, je peux me prendre des week-ends off donc c’est cool.

Pour le moment, qu’est-ce que tu retiens de cette expérience ?

Je me dis que c’est ma vocation de faire ça. Je ne me vois pas faire autre chose, c’est super, c’est le plus beau métier du monde. Tu fais toujours plein de choses différentes, tu crées par toi-même, tu rencontres plein de gens… Souvent on me demande : « Mais comment tu as fait au début ? ». Eh bien, au départ, j’ai rien fait de plus que toi, je suis allé sur Google, j’ai tapé : « fabricant de verre » et j’ai trouvé un fabricant de verre. Il faut juste se lancer.

 

www.jimmyfairly.com

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