Draft Atelier

« Moi, la morosité de la France, je ne la ressens pas ! »

Tous les deux salariés chez Vente-Privée, Anne et Quentin ont construit leur projet pendant leurs pauses café. En juin 2013, ils quittaient leurs jobs pour lancer DRAFT, un espace de fabrication collaboratif. Plus qu’un lieu de coworking, chez eux, on conçoit, on fabrique et on vend. 

Anne, quel a été ton parcours avant de lancer Draft ?

Anne : J’ai grandi à Saint-Cloud, en banlieue parisienne. J’ai suivi une scolarité plutôt classique mais j’avais une bande de potes avec qui on montait pas mal de projets. On avait créé une association de musique pour promouvoir les groupes locaux dans les années 90 ! On organisait des concerts, on sortait des albums, on montait des tournées… C’était génial et ça me plaisait beaucoup de développer des projets. Puis j’ai décidé de faire des études de droit…

On me disait : « Avec le droit, tu peux tout faire ». Tu fais tout, mais finalement tu ne fais rien.

Des études de droit ? Mais pourquoi donc ?

A : On me disait : « Avec le droit, tu peux tout faire ». Tu fais tout, mais finalement tu ne fais rien. Je n’y suis restée qu’un an puis j’ai intégré Sciences-Po. Ça m’a vraiment ouvert l’esprit et j’ai appris à réfléchir. C’est à ce moment-là que j’ai senti que ma place était ailleurs. J’ai demandé à des artistes avec qui j’avais déjà un peu travaillé si je pouvais les aider, ils m’ont engagée et je suis restée 10 ans ! J’étais agent d’artistes pour le collectif 9ème Concept. C’était une aventure incroyable, j’avais 25 ans, on a voyagé partout, j’ai rencontré des gens incroyables, j’ai vécu des années folles… Quand j’ai eu besoin de changement, je suis partie pour une mission d’un an au Centre Georges Pompidou puis j’ai intégré Vente-Privée en 2012 en tant que directrice de clientèle. J’avais besoin de trouver un boulot mieux payé et de me booster un peu plus. C’est là-bas que j’ai rencontré Quentin.

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Quentin, d’où venais-tu ?

Quentin : J’ai une formation d’ingénieur. J’ai fait un master spécialisé dans le management des nouvelles technologies à HEC. Là-bas, je me suis beaucoup rapproché de l’univers entrepreneurial, notamment des start-up du numérique. Comme je n’avais pas encore d’idée à développer, je me suis dit que j’avais besoin d’une expérience en entreprise. Je ne pensais pas qu’elle serait aussi courte… Je suis resté 10 mois chez Vente-Privée, où j’étais consultant en stratégie digitale et e-commerce. Ça m’a permis de me rendre compte que je n’étais pas fait pour être salarié et que j’avais envie de monter mon propre business.

 J’ai rencontré Quentin avec qui on a commencé à discuter pendant les pauses clopes. C’est là que le projet a vraiment pris forme.

Vous avez imaginé Draft ensemble ?

A : De mon côté, je savais que je n’allais pas rester là-bas longtemps puisque j’avais déjà l’idée de monter un projet, je voulais faire mon truc à moi. Au départ, je réfléchissais à un atelier de sérigraphie, un lieu créatif et collaboratif. Puis j’ai rencontré Quentin avec qui on a commencé à discuter pendant les pauses clopes. C’est là que le projet a vraiment pris forme. C’était le début des Fab Lab (ateliers partagés) et des espaces de coworking. On s’est dit que c’était vers là qu’il fallait aller : créer un espace où chacun pourrait avoir accès à des machines pour faire de la sérigraphie, de l’impression 3D, de la couture ou de la menuiserie, et travailler sur ses projets dans un lieu commun.

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A quel moment avez-vous vraiment décidé de vous lancer ?

A : Au départ, on avait monté un dossier pour proposer le projet à Vente-Privée. Le rendez-vous avait été plutôt encourageant même si on s’était rendu compte que l’on préférait monter le projet en toute indépendance. J’arrivais en fin de contrat, on s’est dit que c’était le moment de tenter le coup ! C’était en juin 2013.

Quentin avait 6 mois de chômage, moi tout juste un an, avec un enfant en bas âge. On n’avait pas le droit à l’erreur.

Par quoi avez-vous commencé ?

A : On avait un an pour montrer notre projet. Quentin avait 6 mois de chômage, moi tout juste un an, avec un enfant en bas âge. On n’avait pas le droit à l’erreur. On a été pris par la BGE (Boutique de Gestion), ce qui nous a permis de revoir tout le processus de la création d’une entreprise notamment sur l’étude de marché et le business plan. Ça a été 5 mois de travail très suivi, avec des personnes qui nous ont très bien renseignés. C’est grâce à ça qu’on a pu aller vite, même si on a dû faire pas mal de concessions sur le projet de départ. C’est la réalité du projet qui te rattrape.

Je ne connaissais personne et on venait de nulle part donc ça prouve que sur un beau dossier avec des gens qui se battent, ça marche.

Quelles concessions avez-vous dû faire ?

A : Idéalement, notre plan de financement devait faire 500 000 euros et on s’est retrouvés avec 100 000 euros. En regardant les contraintes en rapport avec nos envies, on a tout de suite oublié les 300 m2 dans le Marais ! C’est comme quand tu veux acheter un appartement, tu regardes ceux à 500 000 euros pour te faire plaisir, tu essayes de te dire que ça peut marcher si tu manges des pâtes, mais en manger tous les jours, c’est difficile… Finalement, on est tombés sur ce lieu et on s’est tout de suite dit : « OK, c’est là qu’il faut être ». On s’est beaucoup battus pour l’avoir car c’était un marché public, mais on l’a eu à la réglo. Je ne connaissais personne et on venait de nulle part donc ça prouve que sur un beau dossier avec des gens qui se battent, ça marche.

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Comment avez-vous financé le lieu et les machines ?

A : Avec nos économies et la participation de nos familles et amis, en petites parts. On eu aussi plusieurs prêts dont le PIE. Et on a complété la somme avec les 10 000 euros récoltés via notre campagne de crowdfunding.

Vous avez ouvert en juin 2014, comment s’est passé le lancement ?

A : On a ouvert au début de l’été, donc les gens étaient beaucoup plus détendus et nous aussi. Ça nous a permis de démarrer tranquillement, de préparer la rentrée et d’avoir une progression constante. On a pu tester les formations, les process…

On n’est pas là pour apprendre à coudre par exemple. On peut aider mais il faut que la personne vienne avec son idée et qu’elle soit autonome.

Concrètement, quelle est l’offre de départ ?

A : C’est un espace de co-working que l’on peut occuper à la demi-journée, à la journée et en résident (au mois). Ça coûte 8 euros la demi-journée et 15 euros la journée. À côté de ça, l’atelier permet de la même manière d’avoir accès à un espace de travail et des machines à l’heure, à la journée ou au mois. Ça comprend l’imprimante 3D, la découpe laser, l’espace électronique, la couture, et l’atelier menuiserie…

On a donc des profils très différents : des designers, des architectes, beaucoup de créateurs et d’étudiants qui viennent prototyper des projets avec leur école ou de manière indépendante. On n’est pas là pour apprendre à coudre par exemple. On peut aider mais il faut que la personne vienne avec son idée et qu’elle soit autonome.

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En quelques mois, beaucoup d’autres espaces de coworking ont ouvert partout en France. Qu’est-ce qui fait la différence ?

A : C’est vrai que c’est un peu comme la mode des food trucks. Il y a la première vague et tous ceux qui arrivent ensuite. Nous, on a la chance de faire partie de la première génération et d’avoir un temps d’avance. Ce qui fait notre différence, c’est notre e-shop et l’accompagnement qu’on propose au-delà de la fabrication, ce que l’on peut faire grâce à nos expériences précédentes. On propose donc de mettre en vente leurs prototypes. Si tu vends, tu fabriques, si tu ne vends pas, c’est un premier axe de réflexion. Pour nous, la partie conseil et accompagnement est primordiale. Car aujourd’hui, si tu as une machine à coudre, une chaise, le wifi et le café chez toi, sur le principe pourquoi tu viendrais dépenser 12 euros ?

La dimension de partage est aussi super importante. Partager, c’est une question de génération et de temporalité qui se développe dans la société.

C’est fou la fierté que tu peux avoir à monter un truc, à sortir quelque chose de nulle part qui génère une économie !

Draft a bientôt un an, comment vous vivez cette aventure ?

A : C’est fou la fierté que tu peux avoir à monter un truc, à sortir quelque chose de nulle part qui génère une économie ! Je trouve que c’est un peu comme un enfant, c’est plein d’émotions, même si ce n’est pas tout à fait la même chose. Quand tu lances ta page Facebook en disant : « Salut, c’est ouvert ! », c’est une vraie émotion, comme une naissance ! Et puis, tous les gens qui viennent ici sont positifs et contents de venir. Moi, la morosité de la France, je ne la ressens pas ! Je vois des gens hyper motivés qui me disent : « On monte une boîte et puis si ça marche pas, on en remontera une autre ». La France, elle est hyper motivée, courageuse et visionnaire…

J’ai travaillé dans des grandes entreprises donc je sais à quel point ça peut être difficile de ne pas forcément gagner sa vie tout de suite, de monter quelque chose et d’avoir des factures qui s’accumulent. Mais je n’ai jamais douté. On m’a dit :« Tu ne dormiras plus ». Je ne dors pas beaucoup, mais le peu que je dors, je dors bien !

Draft Atelier

Comment a évolué l’activité ?

On est sur une bonne progression, sur des niveaux de rentabilités qui sont encore un peu fragiles mais encourageants. Après, il faut bosser. Il ne faut pas hésiter à tester de nouvelles choses, des services, des façons de faire sans non plus remettre tout au placard au bout de 3 jours en se disant : « ça ne marche pas, donc on arrête ». Il faut savoir persévérer sur certaines activités. On est hyper confiants.

Quel est le meilleur conseil qu’on vous ait donné ?

A : « Ayez le service client au cœur de vos préoccupations », conseil donné par Ilan Benhaim, directeur de la stratégie et de l’innovation chez Vente-Privée. Il faut toujours avoir ça à l’esprit au quotidien et faire des choses pour que ce soit simple pour nous et pour eux.

www.ateliers-draft.com

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