portrait

« Cette première expérience qui aurait pu n’être qu’un jeu entre copines a abouti à de jolies commandes. »

Passionnées de mode et amies depuis l’adolescence, Anne-Fleur et Roxane commencent leur carrière chacune de leur côté. Désireuses de monter leur marque, elles plaquent leur travail respectif pour fonder Roseanna. Leur première collection de maillots de bain les a emmenée bien plus loin qu’à la plage…

Comment vous êtes-vous rencontrées ?

Roxane : C’est drôle parce qu’on a grandi toutes les deux dans le Nord de la France où on aurait pu se croiser 1000 fois, mais on s’est rencontrées dans le Sud pendant les vacances ! On avait 16 ans. On est devenues copines par la suite et on s’est retrouvées à Paris pour nos études.

J’adorais habiller mes Barbies, j’aimais les vêtements, les défilés… Ça désespérait ma mère qui voulait que je m’intéresse à des choses « moins futiles ».

Vous partagiez déjà le même goût pour la mode ?

R : Oui. Moi je faisais de la couture depuis toute petite avec ma mère et ma grand-mère, j’adorais ça.

Anne-Fleur : J’étais passionnée de mode. J’achetais tous les magazines, j’adorais habiller mes Barbies, j’aimais les vêtements, les défilés… Ça désespérait ma mère qui voulait que je m’intéresse à des choses « moins futiles ».

Roseanna

Pourquoi ? Quel métier faisaient tes parents ?

AF : Toute ma famille travaille dans le textile ! Mais plutôt dans le tissage, le linge de lit, la filature, le tricotage. À ses yeux, il y avait un côté superflu dans la consommation des magazines de mode et c’était aussi la période des top models. Mais quand j’ai dit à mes parents que je voulais étudier la mode, ils m’ont vraiment encouragée.

On savait qu’on serait capables d’être sur tous les fronts et qu’on avait une capacité à assumer des journées très denses.

Quels ont été vos parcours avant de créer Roseanna ?

R : J’ai étudié à l’ESMOD en stylisme-modélisme, puis j’ai participé à la création de la marque Ba&Sh avec Barbara et Sharon, chez qui je suis restée 5 ans.

AF : J’ai fait l’ISEM du groupe ESMOD, pour apprendre le management de la mode. Ensuite j’ai fait un passage chez Alberta Ferretti où j’ai adoré travailler. Cette marque me faisait rêver depuis toute jeune. Au bout de 4 ans, j’ai tout de même commencé à tourner en rond et je pense que Roxanne et moi, on a une force de travail plus importante que ce qu’on nous donnait à faire, c’est aussi ce qui nous a poussées à créer notre marque. On savait qu’on serait capables d’être sur tous les fronts et qu’on avait une capacité à assumer des journées très denses.

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A quel moment avez-vous commencé à parler de ce projet ?

AF : C’est venu d’une conversation de 2h30 tout à fait informelle, dans une voiture. Je savais que j’allais quitter ma boîte et on a évoqué l’idée de travailler ensemble. Le lendemain, après réflexion, Roxane m’a dit : « Ok, go on y va ». On a commencé à organiser nos petites réunions de travail le soir après nos journées pour lancer une première collection beachwear et maillots de bain. Notre objectif était de faire le salon du Tranoi.

C’est pas le tout d’avoir des idées et de beaux tissus, il faut aussi trouver de vrais partenaires.

Comment vous avez abordé cette première collection ?

AF : On a tout de suite abordé la création à deux et on s’est rendu compte qu’on était très complémentaires, d’autant plus qu’on a des styles et des goûts bien différents. On a conçu la collection et ensuite ce qui a été le plus compliqué, c’était de trouver des fabricants. C’est pas le tout d’avoir des idées et de beaux tissus, il faut aussi trouver de vrais partenaires. On a finalement réussi à trouver deux super prestataires qui ont bien voulu nous faire confiance. Ça nous a permis de présenter la première collection au salon en temps et en heure.

Roseanna

Comment s’est passé le salon ?

AF : Quand on les a sollicités, on était complètement hors timing mais en voyant la collection, ils ont tout fait pour nous trouver une place. Finalement, cette première expérience qui aurait pu n’être qu’un jeu entre copines a abouti à de jolies commandes. Les retombées ont donc été très rapides.

On a vraiment commencé avec des bouts de ficelle, le système D.

Vous aviez un financement de départ ?

AF : On est parties avec un capital de 4 000 euros, c’est-à-dire pas grand chose. On a vraiment commencé avec des bouts de ficelle, le système D. Le mannequin du premier shooting était la fille des copains de mes parents, le photographe était un ami d’ami qui a bien voulu nous aider. Puis quand ça a commencé à prendre, on a trouvé des bureaux dans les anciens locaux de la marque Kitsuné qui nous ont porté chance comme ils nous l’avaient présagé. Et rapidement tout s’est enchaîné.

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Au départ, si vous avez commencé par créer des maillots de bain, l’idée était déjà d’ouvrir la marque à un vestiaire plus complet ?

AF : Pas vraiment parce qu’au départ, on ne pouvait pas se permettre de l’imaginer. Tout ça s’est fait progressivement et c’est aussi ce qui a fait une partie de notre succès. On n’est pas passées de 40 pièces à 180, on a enrichi chaque saison de nouveaux modèles. Tout s’est fait étape par étape, en maîtrisant les coupes, en faisant attention à la qualité, en restant attaché au « made in France ».

Il y a eu des moments compliqués mais on ne s’est jamais apitoyées sur notre sort, on a toujours réagi.

Comment avez-vous vécu ces premières années ?

AF : Plutôt bien ! Au début, le plus dur a été d’apprendre à travailler entre copines et de se dire qu’on devenait associées. L’aspect financier et administratif a pu nous faire peur parfois, même si apprendre à tout gérer est très formateur. Au départ on a tout fait nous-mêmes jusqu’au jour où on a pu déléguer mais en ayant déjà maîtrisé chacun des postes.

Finalement, le vrai challenge était de réussir à appréhender le stress ! On est devenues beaucoup plus philosophes. Il y a eu des moments compliqués mais on ne s’est jamais apitoyées sur notre sort, on a toujours réagi.

Le fait d’être ensemble nous a beaucoup aidées. On vit les moments cools comme les moments difficiles à deux, et ça change beaucoup de choses.

Quelles sont vos inspirations ? Comment définiriez-vous la femme que vous habillez aujourd’hui ?

AF : Elle a grandi avec nous… Pour nous le processus de création a souvent été lié à des voyages. C’est vraiment la fusion de nos envies à toutes les deux qui crée un tout. La femme qu’on habille a toujours été un peu nous et nos copines. On se fait plaisir en premier lieu, on crée tout ce qu’on rêverait d’avoir. On fantasme une fille Roseanna parce que c’est plus amusant de l’habiller comme une poupée imaginaire. Cette fille a toujours ce petit côté français, jamais très sophistiqué, et des twists qui font qu’elle est très parisienne.

Vous vous inspirez de personnes en particulier ?

AF : Pour ma part, j’ai toujours été fascinée par ma grand-mère qui était chic en toute situation, même par 40 degrés devant les pyramides d’Égypte. Cette idée d’élégance en toute occasion me vient d’elle.

On ne veut surtout pas s’endormir sur nos lauriers et continuer à vivre des moments d’excitation.

Quel recul as-tu sur cette expérience ?

AF : On a maintenant des salariés et c’est une vraie responsabilité. Le but étant de continuellement faire évoluer Roseanna. On ne veut surtout pas s’endormir sur nos lauriers et continuer à vivre des moments d’excitation sur pleins de sujets – tant sur le projet d’ouverture de boutiques que sur des milliards de petites choses qui font notre quotidien. Le but est d’évoluer indéfiniment.

www.roseanna.fr

Anne-Fleur & Roxane © Beaucrew

Interview & Photos : Marie Ouvrard